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 Entre éthique politique et mauvais tour de la communauté internationale

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MessageSujet: Entre éthique politique et mauvais tour de la communauté internationale   Mar 7 Déc 2010 - 16:16

Crise électorale en Haïti : Entre éthique politique et mauvais tour de la communauté internationale
Par Jean Claude Chérubin / Kolektif Solidarite Idantite ak Libète (KSIL)
vendredi 3 décembre 2010,
Radio Kiskeya

Le régime hybride mis en place par la communauté internationale pour imposer sa domination sur Haïti vient d’imploser. Après son insignifiance face au désastre du 12 Janvier et son implication présumée dans l’épidémie de choléra, il ne manquait que cette catastrophe électorale pour mettre à nu son échec dans le pays.
Des élections à minima pour pays sous tutelle

La MINUSTAH, prise au piège de son acoquinement avec René Préval, complètement discrédité aux yeux de l’opinion publique nationale, a visiblement trop misé sur les joutes du 28 novembre pour s’essuyer un tant soit peu la figure. Le brigandage généralisé de fraudes massives, d’inorganisation et de violences dévoile à la fois le crétinisme politique des décideurs internationaux et leur inaptitude à réaliser des élections minima, conformes à leur propre standard pour pays sous tutelle. Dépensant des milliards de dollars sans pouvoir porter assistance à un peuple en péril, ils viennent d’illustrer leur incapacité à assurer même une façade démocratique au régime qu’ils ont installé. A trop manipuler des ingrédients pernicieux et nocifs, le laboratoire a accouché d’un petit monstre, provoquant des catastrophes à répétition, plus insolites les unes que les autres.

La pièce se surpasse en burlesque à chaque scène et malheureusement en tragique aussi. Les apprentis sorciers de l’international n’arrivent décidément pas à se retrouver dans l’imbroglio politique haïtien. L’absence de conflits tribaux, de clivages religieux à instrumentaliser semble brouillée les repères des experts en conflits ethniques ou autres blessures coloniales qui se sont dépêchés au chevet d’Haïti. La confusion et la carence idéologique, affichées par une classe politique aussi stérile que versatile, n’arrangent pas l’affaire de ces spécialistes en révolution colorée de la « société civile internationale » en situation de sous emploi. Il ne restait plus qu’à aller puiser dans un fond sous culturel de la comédie musicale pour, en jouant sur l’émotion de la foule, propulser quelques pitres sur le devant de la scène politique. Le régime hybride déséquilibré en faveur de l’international a un besoin vital d’un populiste sans charisme, sans autorité ni velléité d’autonomie pour dresser la populace par procuration. Un tel organisme politiquement modifié ne peut sortir de la matrice d’un peuple mais d’un laboratoire politique avec tous les risques de dérapage que cela implique, par mutation incontrôlée. La tentative de le formater en diaspora ayant butté sur le fameux carnet du CEP, commandité par ce président « allié mais malheureusement têtu et caméléon », il a fallu vite passer au plan B.


Des élections qui prolongent l’occupation


A vouloir trop vider l’État haïtien de toute substance pour justifier sa présence dans le pays, la communauté internationale s’est retrouvée seule avec son ombre. Conséquence de la non résolution de la contradiction inhérente au colonialisme de troisième type, pris entre le besoin de se justifier pour cause de faillite d’État et la nécessité de se masquer derrière l’existence de cet État. La présence même de la MINUSTAH se fonde sur cette tension et donc participe de la reproduction des conditions de la débilité de l’État. En même temps, elle exige un minimum de résultats dans le sens du rafistolage d’un semblant État de droit.

La formule récurrente « Des progrès sont réalisés mais la situation reste fragile » pour obtenir le renouvellement répété du mandat de la MINUSTAH devenait de plus en plus lancinante. Autant que la situation qu’elle décrit, la formule elle-même est fragile. La MINUSTAH pourra toujours jouer avec l’insécurité pour témoigner à la fois des progrès réalisés et de la persistance de l’instabilité. Il suffit toute fois qu’un événement imprévu ou incontrôlable survienne pour que tout l’édifice de cette politique-spectacle s’écroule tel un château de cartes, d’autant plus que la mission onusienne n’a pas le monopole de ce jeu macabre dont un bout de ficelle est détenu par ses affidés locaux. Les catastrophes, au surplus instrumentalisées, du 12 Janvier, du cholera et du 28 novembre ont finalement fait sauter le laboratoire.

On a laissé passer la leçon du 12 Janvier pour sortir de l’impasse du modèle néocolonial post bipolaire, à l’essai en Haïti.
La communauté internationale a maintenant le choix : soit elle persiste à jouer à l’apprenti sorcier ; soit elle laisse les Haïtiens prendre en main leur destin ; soit elle continue à justifier sa présence dans le pays en entretenant la faillite de l’État, des institutions et des élites haïtiennes ; soit finalement elle se résout à accompagner les nationaux dans la reconstruction de leur pays et la refondation de leur nation. La solution adoptée pour surmonter la crise électorale renseignera sur la direction suivie.

L’international à la recherche d’un « zandolit »

Le remplacement du régime MINUSTAH/INIKITE par une autre formule du genre COLON/CONZE semble se dessiner comme option politique de la communauté internationale. Cette alliance au sein d’un régime hybride est un jeu à somme nulle. Chaque partenaire mise sur l’affaiblissement de l’autre. L’international cherche une marionnette en déficit de légitimité et de crédibilité et celle-ci essaye par toutes les astuces à se procurer une certaine marge de manœuvre. Les formules rébarbatives des « observateurs de la mission OEA/CARICOM » (qui ont coûté aux contribuables des « pays amis » la bagatelle de 5 millions de dollars pour ce voyage, il est vrai risqué en pays de cholera) sont loin d’indiquer une prise de conscience de la gravité de la situation. Dans leur langage diplomatique de bois, les « grands amis » du nord et outre atlantique paraissent plus réservés sur la « validité » » de la mascarade du 28 Novembre. C’est dans ce cadre que se définit la formule du deuxième tour avec le couple Manigat/Martely, au passage préalablement discrédité pour ne pas faire de poids dans la balance de l’alliance Colon/Conze. Les deux souffraient déjà d’un déficit de crédibilité : l’un à cause de ses grivoiseries jugées indécentes par plus d’un dans son parcours artistique ; l’autre, malgré une période de grâce qu’on consentait presqu’unanimement à lui accorder, avait à faire oublier certaines lointaines percées ou quelques revirements plus récents qui ne sont pas tout à fait sortis de la mémoire collective. La formule de deuxième tour d’une élection qui n’a pas lieu est l’ultime mauvais tour que l’international s’apprête à jouer à la démocratie en Haïti, pour sortir de l’embarras. Par ce détour, il espère déjouer le piège à lui tendu par son encombrant allié, un président "têtu" au "caractère de caméléon".

De Manigat ou de Martelly qui sera l’anolis (zandolit) tant recherché pour parfaire ce régime d’occupation ? Sauf à en formater un depuis la diaspora, il semble que par instinct de conservation en pays caco depuis Péralte, l’espèce en question mute automatiquement en caméléon avant même de s’asseoir sur la chaise bourrée. Alors MINUSTAH et Népalais, place aux Amerlocs ! Ils s’y connaissent mieux en faune haïtienne et savent bien comment s’accommoder à la versatilité de l’animal politique local.

Des détours démocratiques qui débilitent l’État et les dirigeants politiques L’international affaibli par la crise du choléra, la multiplication des manifestations contre la présence dans le pays de la MINUSTAH et la dernière débâcle du 28 Novembre, a le dos au mur. Avec le coup du deuxième tour, il réagit en tentant d’atteindre mortellement l’élite politique haïtienne. Par cooptation avilissante du couple « transgénérationnel » Manigat/Martelly, il veut non seulement imposer un personnage totalement décrédibilisé à la tête de l’État mais en même temps ruiner toute confiance du peuple en ses dirigeants. À travers Madame Manigat, la génération qui s’en va sera définitivement discréditée et celle qui s’en vient, par Martelly et Wyclef. Ceux et celles qui s’engouffrent tête baissée dans ce labyrinthe perçoivent-ils l’ampleur de l’enjeu ? Se rendent-ils compte qu’ils foulent au pied le droit des électeurs, la dignité nationale et en même temps cautionnent le crime commis par le CEP, les autorités locales et internationales et tout individu impliqué à un titre ou à un autre dans les dommages causés à la population ? Dans leur ambition démesurée du pouvoir, ils ont oublié qu’il ne s’agissait pas seulement d’élections présidentielles, que les fraudes, les intimidations, les problèmes techniques réels ou montés de toute pièce et qu’ils ont eux-mêmes dénoncés, concernent l’ensemble du processus et affectent le droit de tous les candidats indistinctement, tant à la présidence qu’au législatif. Le génie politique de Préval a toujours consisté simplement en sa capacité à tenir compte, en toute circonstance, de cette soif insatiable de pouvoir de la faune politique locale et de la corruption des « commissaires civils » internationaux. Malheureusement, cette fois encore, on vient de lui donner raison, toutes générations confondues. Définitivement en matière d’éthique politique le temps ne fait rien à l’affaire. Gageons que le « têtu président » n’a pas encore dit son dernier mot et que la crise peut encore réserver bien de surprises à l’impudent anolis (mal ou femelle ) qui se voit déjà pavoiser dans le nid du caméléon.


La nation face à un nouveau défi historique


En opérant ce détour démocratique, la communauté internationale aura encore une fois trahi les principes qu’elle promeut. Les survivances du racisme empêchent les uns et les autres de concevoir autre chose pour Haïti qu’une formule de démocratie amoindrie pour État en faillite. Ce qu’un ambassadeur « de pays ami », dans un langage sibyllin, appelle « les conditions haïtiennes », ne suggère pas autre chose que le standard électoral au rabais qui nous est imposé. Comme nos ancêtres l’ont fait pour la déclaration des droits de l’homme, c’est à nous, semble-t-il, qu’il incombe de conférer un cachet vraiment universel au standard démocratique. Saurons-nous donc déjouer le mauvais tour de l’international, pour enfin trouver une formule nationale de sortie de crise digne de notre histoire ? Le peuple caco d’Haïti, lui non plus n’a pas encore dit son dernier mot.


Jean Claude Chérubin / Kolektif Solidarite Idantite ak Libète (KSIL) 2 décembre
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