http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=88008&PubDate=2011-01-26
Haïti: L'avion de la Air France, s'apprêtant à atterrir, vient de surgir au-dessus de Port-au-Prince. Jean-Claude Duvalier, stupéfait, regarde par le hublot.
- C'est quoi cela ? demande-t-il à un fidèle qui l'accompagne, en montrant des milliers de belles habitations sur tout le flanc du morne l'Hôpital.
- En plus de vingt ans, beaucoup de choses ont changé, Excellence, répond son ami. Les bidonvilles sur le morne l'Hôpital ont disparu.
- C'est quoi cela ? interroge encore Jean-Claude en montrant de belles habitations au lieu qu'il avait connu comme étant le Fort-National.
- De grands complexes d'habitations, explique son ami. Il y a eu de pharaoniques projets de relogement de la population depuis 1986.
- C'est quoi cela ? interroge à nouveau Jean-Claude Duvalier en montrant ce qui avait été dans le temps Cité-Soleil.
- Les nouveaux gouvernements ont tout oeuvré pour que les bidonvilles disparaissent et pour que le peuple vive mieux.
- « C'est quoi cela ? repète Jean-Claude en montrant de grands édifices dans Port-au-Prince.
- De nouveaux complexes administratifs, Excellence. Il n'y a pas seulement l'ambassade américaine à en construire ici.»
Jean-Claude Duvalier est de plus en plus abasourdi.
« C'est quoi tous ces voiliers dans la baie ?
-Le tourisme a repris avec les efforts d'assainissement consentis par les gouvernements qui ont pris les rênes dupouvoir après votre départ.»
L'avion atterrit. Jean-Claude Duvalier, éberlué, voit un superbe aéroport moderne.
- « C'est quoi cela ? demande-t-il, en proie au vertige.
- Un nouvel aéroport. Le trafic aérien a tellement augmenté ces dernières années qu'il a fallu construire un autre ultramoderne.
Jean-Claude débarque. Il passe le contrôle avec ses amis. Il n'y a pas beaucoup de gens à venir l'accueillir. Le voici sur une superbe autoroute qui semble passer au-dessus de la plaine du Cul-de-Sac.
«C'est quoi cela ? questionne Jean-Claude, encore plus abasourdi.
-Une autoroute à quatre voies qui relie le nord de la ville à Pétion-Ville, explique son ami. Cette oeuvre fait la fierté des Haïtiens.
-Et toutes ces lumières alors qu'il ne fait pas encore totalement nuit ?
-Ils ont fait des progrès extraordinaires dans la question énergétique, répond son ami. On ne parle presque plus du rationnement électrique.
-Je n'arrive pas à y croire, balbutie Jean-Claude... Combien de morts encore après le tremblement de terre du 12 janvier ?
-Trois, quatre mille, je crois, répond son ami.
-Seigneur ! dit Jean-Claude. Si j'étais resté au pouvoir, avec tous les voyous qui m'entouraient, il y en aurait eu 300 000. Heureusement que nous étions partis le 7 février!
-Excellence ! Ne dites pas une chose pareille, déclare, outré, son ami.»
Jean-Claude sent une main qui le secoue. Il se réveille, l'esprit comme éclairé par un millier de torches. Il secoue la tête pour effacer les images du rêve qu'il vient de faire. L'avion tourne au-dessus de Port-au-Prince avant d'atterrir. Rien à voir avec le songe. Des bidonvilles crasseux sur les montagnes. Le Fort-National crasseux. Cité-Soleil crasseux. Une ville qui n'a même pas l'apparence d'une ville. Pas de lumières. Les ténèbres. Du ciel, on voit les tentes logeant les sinistrés du séisme du 12 janvier.
-C'est quoi cela ? fait Jean-Claude avec un haut-le-coeur.
-C'est Port-au-Prince, répond son ami.
-Ou kwè nou te ale vre 7 fevriye ? demande Jean-Claude.