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 Tant de pression pour rien

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MessageSujet: Tant de pression pour rien   Mer 25 Mai 2011 - 15:28


Nous sommes tous restés sur notre appétit, samedi soir, au Centre Bell. Dans l'ordre normal des choses, un boxeur de 28 ans, champion du monde de surcroît, aurait dû pousser vers la retraite un rival de 46 ans. Mais à la boxe, rien n'est à ce point prévisible.

Jean Pascal avait profité d'un coup de chance à Québec quand le verdict des juges lui avait permis de profiter d'un sursis comme champion du WBC. Il n'a pas su capitaliser sur cette chance. Il a livré une très bonne bataille face à Bernard Hopkins. Il a tout donné ce qu'il avait à donner. Même s'il a puisé au fond de lui-même dans l'espoir de dominer Hopkins, cette défaite cruelle lui a fait réaliser qu'il lui manque encore un brin d'expérience quand vient le temps de se mesurer à une légende.

Ce qui n'est pas une faiblesse en soi. Ils sont plusieurs à avoir subi le traitement particulier que le boxeur de Philadelphie inflige à ses adversaires.

De l'expérience, Pascal en possède suffisamment pour gagner des combats importants, mais pour triompher d'un Hopkins, c'est autre chose. D'ailleurs, il n'a pas invoqué beaucoup d'excuses pour expliquer ce résultat décevant, sauf peut-être cette vague histoire du pouce qu'il aurait reçu dans l'oeil et qui a laissé beaucoup de gens sceptiques. Il aurait été ennuyé pendant quatre rounds, rien de moins. Il aurait même perdu une bonne partie de son champ de vision durant un round.


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Il est le seul à savoir ce qui s'est vraiment passé quand il a subi une baisse de régime au milieu du combat. C'est difficile de mettre en doute ce qu'il raconte, mais curieusement, personne n'a été témoin de ce qu'il raconte. Durant le combat, il n'a jamais donné l'impression d'avoir été blessé à un oeil. Il ne s'est pas plaint à l'arbitre. Ses hommes de coin non plus. Et, en conférence de presse, jamais les membres de son équipe n'ont fait allusion à cet incident. Il me semble qu'ils avaient là une porte grande ouverte pour expliquer le ralentissement de leur homme. Autour du ring, des vieux routiers de la boxe n'ont rien remarqué de tout cela. On ne se souvient pas d'un seul round au cours duquel Pascal ne s'est pas porté à l'attaque, d'un seul round au cours duquel il n'a pas échangé rageusement des coups avec son adversaire.

Pascal est-il victime d'un trait de sa personnalité qui agace une certaine faction du public qui ne lui pardonne rien? Un public qui ne sera jamais tenté de lui accorder le moindre bénéfice du doute.

La semaine dernière, à l'Antichambre, je demandais si le cirque auquel Pascal et Hopkins se sont livrés au cours des semaines qui ont précédé ce combat était bien nécessaire? Je prétendais que les amateurs de boxe québécois n'avaient pas beaucoup d'intérêt pour ce verbiage qui, très souvent, sonne faux de toute façon.

Pascal n'était pas d'accord. Il se disait convaincu que le public est friand de ça. Curieusement, à la suite de la perte de son titre, le plus grand reproche qu'on lui adresse est celui de trop en mettre. Un blâme qui revient constamment, d'ailleurs. Il fait des promesses qu'il a du mal à tenir, répète-t-on.

Remarquez qu'il n'aurait pas fallu grand-chose pour qu'il gagne. Un round ou deux de plus en sa faveur et il aurait conservé sa ceinture. S'il avait retenu son championnat des mi-lourds du WBC, on le porterait aux nues en ce moment. On dirait que l'avenir lui appartient. Il a perdu et on lui reproche un style flamboyant qui ne lui vaudra jamais d'obtenir l'approbation générale des amateurs. Ça, c'est la boxe. Un boxeur qui gagne a plein de gens autour de lui pour lui donner des tapes dans le dos. Celui qui perd peut surtout compter sur la fidélité des membres de sa famille et de ses proches.

Pascal le dit souvent, il n'a pas l'intention de changer. Il est ainsi fait : confiant, exubérant, fort en gueule, sûr de lui. Ce sont tous des facteurs qui font de lui ce qu'il est devenu. On ne peut pas embarquer dans un ring face à un rival dangereux comme Hopkins en n'étant pas convaincu de gagner. Ce serait suicidaire de se laisser envahir par le doute.

Dans les circonstances, il lui faudra donc accepter que son style particulier lui vaille d'ajouter une pression dont il pourrait fort bien se passer, lui qui en a déjà beaucoup chaque fois qu'il se bat. Devenir champion du monde représente tout un exploit. Le rester constitue un véritable défi.

Samedi, avant d'entreprendre sa longue marche vers le ring, on l'a entendu répéter à l'écran la promesse qu'il avait faite d'écarter Hopkins de sa route. Hopkins, qui l'attendait dans l'arène, a été témoin de cette autre bravade. Or, c'était quoi l'idée de s'imposer cette pression additionnelle de dernière minute? La campagne promotionnelle était terminée. À 23h30, il n'y avait plus de billets à vendre. C'était le temps de passer aux choses sérieuses.

Pascal est tout un athlète, un boxeur intelligent, puissant et spectaculaire. La boxe montréalaise est chanceuse de pouvoir compter sur un spécimen dans son genre. Avec un peu plus d'humilité de sa part, il serait probablement l'un des athlètes les plus populaires en ville. Mais ce n'est pas la voie qu'il a choisie.

Je ne dis pas qu'il n'est pas aimé. Il l'est très certainement. Les foules qu'il attire en témoignent. C'est juste regrettable qu'un athlète de sa qualité ne puisse pas gagner ses dénigreurs à sa cause. Des dénigreurs qui, dans la défaite, sortent davantage la tête, évidemment.

Personnellement, j'aime Pascal, le boxeur. Il est agressif, explosif. Gagne ou perd, il nous garde constamment sur le bout de nos sièges parce qu'on tient à ce qu'il gagne. Montréal, la déprimante, a besoin de toutes les têtes d'affiche pouvant lui faire honneur.

Néanmoins, un détail a capté mon attention, samedi. Quand l'écran géant nous a montré Pascal dans les derniers moments de sa préparation au vestiaire, il a eu droit à des applaudissements polis. Quelques instants plus tard, quand la caméra a repéré Lucian Bute dans la foule, il a reçu une bruyante ovation.

Bute est le boxeur le plus populaire au Québec parce qu'il fait sa petite affaire sans jamais agresser verbalement ses adversaires, sans jamais leur manquer de respect. Il s'entraîne, trime dur et quand il monte dans le ring, il offre un spectacle sans bavure.

Ce qui nous ramène à la question du début. Tout le cirque auquel Pascal s'est soumis et qui a ajouté au stress qu'il ressent en se glissant entre les câbles était-il vraiment nécessaire?

Pascal est convaincu que le public apprécie ce genre de chose. Bute, lui, n'a jamais tenté de le vérifier.
http://www.rds.ca/boxe/chroniques/320222.html

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«En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses» Toussaint Louverture.
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