Vers le lancement du processus de ratification du premier ministre désigné
Sur fond d’intenses tractations concernant le « partage du gâteau ministériel » et de grave controverse autour de la Constitution réellement en vigueur depuis le 13 mai
dimanche 29 mai 2011,
« Il est tout à fait normal que le chef de l’Etat, Michel Joseph Martelly, et le premier ministre désigné, Daniel Gérard Rouzier, discutent des objectifs et de la formation du prochain gouvernement avec les forces politiques représentées au parlement. Et l’on ne saurait parler de crise du simple fait qu’il y ait des tractations à ce sujet entre l’Exécutif et le bloc majoritaire au parlement », de l’avis de l’ancien sénateur Edgard Leblanc Fils, coordonnateur national de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), l’une des composantes de la plateforme politique Alternative.
Interrogé samedi par Radio Kiskeya, le dirigeant politique a toutefois estimé qu’il faut négocier avec toutes les tendances politiques représentées au parlement, la majorité revendiquée par certains ténors de INITE étant fictive.
Le président du comité exécutif de la plateforme politique Libération, l’ancien député Serge Jean-Louis, a évoqué la Constitution pour souligner la nécessité qu’un Exécutif ne disposant pas de la majorité au parlement, négocie avec les forces politiques qui y sont représentées. C’est l’unique voie devant aboutir à la ratification du premier ministre désigné, a-t-il soutenu.
Intervenant dans le débat, le président du mouvement socio-politique « Aimer Haiti », Me Camille Leblanc, a estimé normal qu’un parti disposant d’une certaine majorité au parlement décide de s’engager dans des négociations en vue d’être représenté au gouvernement. Il considère cependant que, pour diverses raisons, les parlementaires de INITE devraient se montrer moins intransigeants.
Le processus de ratification du premier ministre désigné devrait être véritablement lancé cette semaine avec la réunion des deux Chambres en Assemblée nationale. Mais, en raison de la publication dans Le Moniteur du 13 mai du texte d’un amendement non voté par le parlement, la question se pose de savoir sous le régime de quelle Constitution la ratification du premier ministre désigné va être effectuée.
Si c’est sous la Constitution amendée selon Le Moniteur du 13 mai, le premier ministre devra être ratifié par l’assemblée nationale. Si, comme le proposent plus d’uns, l’on revient à la Constitution de 1987 non amendée ou à cette même charte amendée selon le vote du 9 mai de la 49ème Législature, la ratification devra se faire en chambres séparées.
La question fait l’objet d’un intense débat dans divers secteurs de la vie nationale. Le bureau de l’assemblée nationale a transmis au chef de l’Exécutif le texte de l’amendement authentique pour qu’il soit publié en lieu et place de celui tiré d’on ne sait où.
A ce sujet, le directeur exécutif du Conseil National des Acteurs Non Etatiques (CONHANE), Edouard Paultre, a souhaité samedi sur les ondes de Radio Kiskeya que le président Martelly publie dans Le Moniteur, avant la ratification du premier ministre Rouzier, la version de l’amendement constitutionnel effectivement votée. « Si ceci n’est pas fait, le CONHANE se déclare déjà disposé à participer à tout mouvement citoyen visant à y parvenir. « Car, une constitution est un instrument d’une importance capitale dans le processus d’instauration de la démocratie dans le pays. Le président Martelly doit en être persuadé en traitant sérieusement la question de l’amendement et en tenant compte du fait que c’est un pays qu’il est appelé à gérer », a conclu M. Paultre.
Pour le professeur Rony Desroches, directeur exécutif de l’Initiative de la Société Civile (ISC), il importe également que l’amendement voté soit publié dans le meilleur délai dans le journal officiel de la République, en lieu et place du texte du 13 mai. Il souligne que la présente situation place la population dans la difficulté de savoir sous le régime de quelle constitution on est et sur la base de quelle charte fondamentale le processus de ratification du prochain premier ministre sera enclenché. [jmd/Radio Kiskeya]