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 Editorial Le Matin: Liberté de commerce et culture du "

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MessageSujet: Editorial Le Matin: Liberté de commerce et culture du "   Editorial Le Matin: Liberté de commerce et culture du " EmptyMer 2 Mai 2007 - 21:38

Liberté de commerce et culture du << pèpè >>

Par Sabine Manigat
[Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]


La vie chère est une réalité péremptoire en Haïti et il n’est un secret pour personne – mes amis économistes souriront avec moi que les performances macroéconomiques des pays en général, et celles d’Haïti en l’occurrence, ne se répercutent que très rarement dans le portefeuille du consommateur. En particulier, la baisse, voire le contrôle, de l’inflation observée par les spécialistes du domaine n’est guère perceptible à l’heure de se procurer les produits de base qui composent le panier de la ménagère. Alors, vous pensez bien qu’à l’heure de se procurer des biens de consommation un peu plus durables tels que des vêtements, des appareils électroménagers, une voiture, nombreux sont ceux qui se tournent vers les produits de deuxième main. Le marché de l’usager, comme beaucoup d’autres pratiques qui ont cours ici, n’a pas été inventé par les Haïtiens. Des gens très bien fréquentent les « friperies » dans les plus grandes capitales du monde et, dans les « marchés aux puces », on trouve parfois des affaires à ne pas manquer. Et tous ceux, qui connaissent un tant soit peu l’Amérique du Nord, sont familiers de ces « garage sale » que les voisins des organisateurs ne dédaignent pas par-delà leur situation économique, ou même leurs besoins véritables d’ailleurs. Mais le commerce d’usagers ne signifie pas commerce de rebut, d’où ma réaction à un article lu sur le Net.

Un journal bostonien publie, le samedi 28 avril, un reportage concernant les affaires montantes d’un Haïtien d‘origine. Le business du monsieur consiste à exporter vers Haïti des véhicules d’occasion. Le reporter relève que « certaines des voitures et certains camions qui attendent d’être embarqués pour Haïti montraient les signes d’une usure marquée (hard use). Beaucoup ont les défenses bosselées et des traces de rouille. » Notre compatriote de commenter : « Ici personne n’en veut (…) mais Haïti est encore un pays très pauvre. Ils vont les réparer et les peindre. Avec ça, ils vaudront beaucoup d’argent ». A noter encore que ces véhicules sont négociés de façon privée et que le rôle du monsieur consiste uniquement à organiser les envois par bateau. Et comme il manque rarement un petit détail savoureux dans ce genre d’anecdote, le bateau avec lequel fait affaire notre livreur fait le commerce du bois entre le Brésil et Boston ; il s’en retourne en passant par Haïti, histoire de ne pas repartir à vide. Intéressante triangulation.

Ce commerce se greffe évidemment sur des éléments favorables au niveau d’Haïti et, en particulier, la culture du pèpè. J’ai cru comprendre que chez nous les « kennedy », ancêtres du « pèpè » se sont imposés sur notre marché vers la fin des années cinquante, peut-être début soixante. Cette pratique concernait d’abord spécifiquement (ce qui ne veut pas dire exclusivement, loin de là !) les milieux à revenus modestes ou très bas ; d’où un dédain affiché par les consommateurs des classes moyennes pour ces produits souvent présentés du reste sans façon, à même le trottoir, sans considération d’hygiène . Par contre j’entendais aussi dire que grâce aux « kennedy » les haillons ont pratiquement disparu du quotidien des gens. Mais bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis. De la nécessité aux atavismes, un cercle vicieux semble s’être installé, qui va des besoins des démunis à leur exploitation sans états d’âme. D’où nos paysages urbains d’aujourd’hui avec leurs trottoirs encombrés des restes de la consommation compulsive du Nord, entassés pêle-mêle avec du neuf made in China et des produits de contrebande. De là à susciter l’appât du gain en tout bien tout honneur, il n’y avait qu’un pas qui a vite été franchi.

Aujourd’hui nous avons un fleurissant marché commerce de « pèpè » en tout genre et j’ai entendu dire par des gens sérieux que nous l’« exportons » dans toute la région. Mais nous subissons aussi un envahissement inquiétant de tous ces produits dans un espace de plus en plus désordonné, de moins en moins géré, de plus en plus pollué. Certes il est plus facile de pester contre le commerce des usagers que de mettre en place des remplacements efficaces, mais, en matière de respect des gens, il en va du pèpè comme du reste. Ce n’est pas en laissant faire la politique du « degaje pa peche », sous prétexte que des besoins sont ainsi couverts, que l’on va progresser dans l’éducation de la population à l’exigence du respect de ses droits. Les containers et autres transports de marchandises et de bétail ont bien envahi notre espace de transport de passagers, faute d’autobus convenables ; ils n’en sont pas plus tolérables pour autant. Et si l’on ajoute à cela les méritoires efforts actuellement en cours pour le nettoyage des rues, l’enlèvement de carcasses de voitures, il est urgent de penser en termes de remise en question de ce que Claude Moise qualifiait de misérabilisme, en matière de politique urbaine.

Quant aux pannes de « bogota » qui gênent la circulation partout sur les routes, et aux « Mack » avec leur triple fonction prédatrice, polluante et assassine, il est plus que temps que les différentes autorités compétentes se penchent en urgence sur leur dossier. La connexion avec d’autres dossiers très actuels de protection du consommateur et les efforts récents du MCI en la matière devraient servir d’inspiration.

mercredi 2 mai 2007
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