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 Boat-people: L'etat ne peut rester les bras croises

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gwotoro
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MessageSujet: Boat-people: L'etat ne peut rester les bras croises   Mar 8 Mai 2007 - 0:22

Boat people haïtiens dévorés par les requins

L'ETAT HAITIEN NE PEUT RESTER LES BRAS CROISES


ANALYSE

PORT-AU-PRINCE, 7 Mai
- On vit ce week-end un terrible drame. Des compatriotes tentant d'entrer illégalement aux Etats-Unis coulent en mer et plus d'une trentaine sont déjà morts (36), rapportait-on samedi, la plupart dévorés par des requins. L'accident s'est produit au large de l'archipel Turks and Caicos, une dépendance britannique située à quelque 200 km au nord de la république d'Haïti.

Selon les gardes-côtes américains accourus sur les lieux pour participer aux opérations de sauvetage, une soixantaine de migrants ont pu être sauvés.

Les survivants affirment que le bateau transportait environ 150 personnes. Aussi s'attend-on que le bilan des morts continue de grimper.

L'accident s'est produit, croient les gardes-côtes américains, alors qu'un navire de la police des Turks and Caicos était en train de remorquer la petite embarcation de 7, 5 à 10 mètres de long, qui s'est alors renversée. C'était avant l'aube du vendredi 4 mai, vers 4h 30 du matin.

Les autorités de Turks and Caicos ont démenti cette version des faits, qui semblerait les mettre en cause.

Un journaliste de Associated Press a vu une dizaine de corps, certains amputés d'un membre ou plus dévorés par les requins qui infestent ces eaux de la Caraïbe.

Selon un survivant, le bateau avait quitté le Cap-Haïtien (nord d'Haïti) tôt mercredi dernier (2 mai). Puis il aurait été pris dans une violente tempête vendredi avant l'aube, à environ 1 kilomètre des côtes de Turks and Caicos.

Il y aurait des jeunes et des enfants parmi les passagers.

Une brutale remontée du mouvement boat people haïtien est observée depuis quelques semaines. Selon les statistiques américaines, plus de 900 ont été arraisonnés en mer depuis janvier.

Désormais les rapatriements aussi se font sur une base quasi quotidienne. Pour la seule semaine écoulée, près de 500 candidats malheureux à l'émigration illégale ont été ramenés en Haïti.

La directrice de l'ONM (Office national de la migration) se déclare totalement débordée.

Cependant on n'a encore aucune réaction de la part des officiels haïtiens.

Une mafia...

Depuis toujours, le pays est très peu sensible à cet aspect de la grande tragédie haïtienne. Comme quoi c'est la fatalité.

Or depuis longtemps le boat people n'est plus ce qu'il était. C'est devenu une affaire de gros sous. Une mafia bâtie à la fois sur la grande misère matérielle qui est notre lot en Haïti, ainsi que sur l'image de réussite et même d'opulence reflétée par nos compatriotes expatriés aux yeux de ceux du pays natal, tous gens venant parfois du même village.

Le premier migrant illégal haïtien fuyait certes les mauvaises conditions économiques et aussi politiques du pays.

Depuis le renversement de la dictature Duvalier en février 1986, l'argument politique a moins de poids (sauf de rares fois comme au lendemain du coup d'état sanguinaire du général Raoul Cédras en septembre 1991).

Mais l'économique semble être allé (et toujours aller) de mal en pis.

C'est encore vendredi qu'on a entendu des parlementaires du Nord-Ouest (Port-de-Paix) menacer le gouvernement (comme avant eux des collègues de la Grande Anse) de déclencher un mouvement de désobéissance civique si rien n'est fait pour soulager la misère des populations dans leurs circonscriptions respectives.

Mais pourquoi est-ce aujourd'hui exactement, en ce moment même, à cet instant précis que surviennent ces départs en masse ?

Jamais on n'avait enregistré autant de morts et de disparus en même temps...

Une de ces embarcations de fortune trouve le moyen de se faufiler en mars dernier jusqu'au pied des luxueux condominiums de Hallandale, plage située au nord de la ville de Miami (Floride).

Les 101 passagers clandestins (dont l'un est mort en chemin) sont toujours détenus aux Etats-Unis.

Face à un sentiment de compassion apparu dans les communautés religieuses américaines, le service américain de l'immigration hésite à les renvoyer immédiatement en Haïti comme c'est toujours le cas. Ce qui est déjà une grande première.

D'autre part, les naufragés de vendredi seraient partis du Cap-Haïtien (nord, deuxième ville du pays) et non de quelque coin perdu des zones les plus arides.

A bord, des parents avec leurs enfants.

Dans ces cas-là, on vend tous ses avoirs (propriétés, meubles, tous ses moyens d'existence) pour trouver place à bord.

Voilà en quelque sorte réunis tous les aspects à l'origine du drame que nous vivons à nouveau en ce moment. Mais jamais, de toute l'histoire du mouvement boat people haïtien, on n'avait enregistré autant de morts et de disparus en même temps. Le bilan de 36 morts reste encore provisoire.

Ils ont parfois pignon sur rue...

Il y a, certes, la misère repoussante et révoltante...

Il y a aussi les proches déjà en Floride, " pays béni, celui que le bon Dieu a fait des deux mains ", comme dit un proverbe local, et ceux-là ne refusent rien à leurs parents toujours en Haïti. En 2006, les transferts reçus de notre diaspora sont estimés par la Banque mondiale à plus de 1, 5 milliards de dollars, dépassant de loin l'assistance internationale à Haïti.

Aujourd'hui ce sont eux aussi qui paient les passeurs responsables des voyages clandestins.

Mais les passeurs, ce ne sont pas les armateurs et capitaines de ces petits voiliers surchargés qui ne peuvent pas tenir la mer.

Les vrais coupables voyagent quant à eux en avion et ils ont parfois pignon sur rue à Miami ou à Fort Lauderdale.

L'autre facteur en cause c'est paradoxalement l'espoir qu'une nouvelle loi américaine sur l'immigration pourrait venir à bénéficier aux haïtiens vivant illégalement aux Etats-Unis.

Alors que l'immigration américaine procède justement à des arrestations massives des sans papiers haïtiens et les expulse par dizaines chaque semaine (la directrice de l'ONM ne sait plus à quel saint se vouer), n'est-ce pas le plus mauvais moment pour les nôtres d'aller exposer ainsi leur vie en mer ?

Un amalgame bassement intéressé et trompeur...

En même temps, il y a l'effort des Eglises catholique et évangéliques en Floride pour obtenir un meilleur traitement pour nos illégaux...

Il y a une campagne de presse (à laquelle nous adhérons) pour essayer d'amener le président Bush à accorder une protection temporaire à ces derniers (le fameux TPS) avant qu'Haïti soit en mesure de les recevoir.

Eh bien, c'est de toutes ces informations que ceux que nous appelons les trafiquants de boat people s'emparent, qu'ils combinent en un amalgame bassement intéressé et trompeur, en un mot criminel, pour tourner la tête aux malheureux qu'ils envoient achever leur existence, hommes, femmes et enfants sous les dents des requins de la mer caraïbe.

Mais leur arme principale c'est d'abord le fait que l'haïtien ne croie pas à l'information proprement dite. En ce moment, par exemple, nous perdons notre temps ! Peuple de l'oraliture et du télédiol (téléphone arabe ou bouche à oreille), jusqu'en terre étrangère qu'il continue à être exploité par ceux-là qui font profession de bien connaître le peuple, et qu'on retrouve aussi bien dans la politique locale que dans toutes autres activités où il y a des fortunes mal acquises à faire.

Le gouvernement se doit de passer à l'action...

Mais plus d'une trentaine de morts d'un seul coup, c'est inacceptable. Et cette fois, on ne peut pas attendre que ce soient les autorités américaines ou d'un quelconque autre petit pays voisin de la Caraïbe qui décident à notre place. Le gouvernement haïtien se doit de passer à l'action sous peine d'être accusé de non-assistance à personne en danger, et de nier sa mission de gardien de la nation, des êtres et des biens.

On ne peut plus rester les bras croisés et laisser les coupables de ces voyages au bout de la nuit continuer à s'enrichir impunément. Ce n'est pas à l'immigration américaine, c'est à nous d'arrêter le massacre en les foutant tous en taule, passeurs, organisateurs, armateurs et capitaines. C'est désormais en amont que la question doit se traiter.

Car il y va de l'avenir immédiat de notre pays, de la réussite ou non de tous les efforts actuellement en cours (jusqu'à la visite ce mercredi du président René Préval à la Maison blanche) pour améliorer notre image de marque et attirer quelques créateurs d'emplois qui nous font si cruellement défaut.

La diaspora grande perdante...

Peut-on sacrifier l'avenir de toute une nation à la fortune de quelques trafiquants ?

Or de plus, cette nouvelle vague de boat people dont les cadavres " ballonnés " viennent éventuellement échouer sur les plages de la Floride (ou des autres paradis touristiques de la région) c'est aussi le meilleur moyen pour décourager les autorités américaines d'accorder un meilleur traitement aux haïtiens non documentés vivant déjà aux Etats-Unis. Ces gens qui partent ainsi ne rendent pas service à leurs parents qui sont déjà à Miami ou à Florida City ou Immokalee, et ceux-ci ne leur rendent pas service non plus en essayant de les faire venir en cet instant précis. Car les uns comme les autres risquent tout simplement de se faire déporter un jour ou l'autre, cette nouvelle vague (trop) médiatisée de boat people haïtiens ne pouvant que conforter les conservateurs américains qui sont hostiles à toute concession aux sans papiers haïtiens, qui sont contre toute amnistie pour les haïtiens car ceux-ci pourraient l'interpréter comme une carte blanche pour ramasser leurs clics et leurs clacs et émigrer massivement aux Etats-Unis. Voilà donc un handicap majeur à l'évolution du sort de notre communauté en diaspora et sur laquelle nous comptons tellement.

Vrais requins et requins-trafiquants...

Aussi cette fois il est évident que nous ne pouvons pas rester les bras croisés comme si nous n'étions pas les premiers concernés...

Il fut un temps où nous pouvions croire que c'est là une façon de tirer notre vengeance pour raisons politiques ou économiques ou idéologiques ou historiques.

Ce temps est révolu. A moins que nous ne choisissions de démissionner de toutes nos responsabilités comme nation et comme communauté humaine tout court.

L'action de l'Etat haïtien doit s'exercer à divers niveaux : informer directement les populations concernées sur les conséquences de leur départ précipité en mer (photos ou vidéos des naufrages à l'appui), venir en aide matériellement aux régions actuellement les plus affectées (par ex. en coupant quelque peu sur les nombreux millions affectés en exclusivité au bidonville de Cité Soleil), enfin rechercher activement pour les arrêter et les enfermer tous les trafiquants.

Sinon, bonjour les naufrages chaque semaine de plusieurs dizaines dévorés par les requins de la Caraïbe (les vrais requins comme les requins-trafiquants).

Haïti en Marche, 7 mai 2007
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