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  Les Spartacus de Saint-Domingue par Christophe Wargny

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MessageSujet: Les Spartacus de Saint-Domingue par Christophe Wargny   Ven 19 Juin 2015 - 22:50

Histoire
Les Spartacus de Saint-Domingue
par Christophe Wargny, juin 2015
Une vraie révolution dans la révolution haïtienne (1791-1804), ou du moins dans la connaissance que nous croyons en avoir : c’est l’apport du travail de l’historienne américaine Carolyn E. Fick (1). Elle fait descendre de leur piédestal les dirigeants qui gouvernèrent tour à tour, François-Dominique Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion ou Henri Christophe. A la manière d’Albert Soboul accompagnant les sans-culottes parisiens ou de Georges Lefebvre analysant les masses rurales de la Révolution française, elle suit pas à pas les esclaves dans leur lutte. Qui est d’abord un combat contre la maltraitance et l’horreur quotidienne, avant de se définir un avenir, dans l’âpreté de l’apprentissage révolutionnaire.

Les esclaves : ils sont un demi-million quand éclate la révolution de 1791 à Saint-Domingue, la colonie la plus riche du monde. Des Africains venus au rythme de trente-six mille par an dans les années 1780, qui remplacent leurs devanciers morts à la tâche. Profits maximalisés, violence extrême. A côté d’eux, des Créoles, esclaves plus anciens, trente-cinq mille mulâtres et Noirs libres, et autant de Blancs. Contre les planteurs, ce sont les derniers arrivés qui constituent les troupes de choc de la lutte pour l’émancipation ; les généraux viennent des autres catégories.

Toussaint, généralissime, se proclame président à vie. Et promeut, avec son armée, son projet économique : maintien de la plantation, distribution des terres à ses lieutenants, parcellisation interdite, négociation avec la métropole et élimination des opposants. Devenus libres en 1793, les esclaves refusent, eux, le travail forcé prévu par le code rural — un esclavage édulcoré — et réclament le partage des terres au profit de tous. Ce n’est pas la liberté, au sens de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui les motive en priorité, mais le refus de travailler pour autrui. Volonté d’autonomie et refus de l’autoritarisme : leur modèle économique d’autarcie vivrière tourne le dos à la modernité des élites blanches ou noires ! Hommes et femmes partent la fleur au fusil, ou à la machette, préférant la mort en embuscade à celle, plus lente, du servage.

Quand arrivent en 1802 les troupes expédiées par Napoléon Bonaparte, ce ne sont pas les chefs de l’insurrection d’après 1791 qui résistent : ce sont les masses qui se soulèvent, créant leur propre organisation et définissant leurs buts. Leur rage de liberté est telle que l’armée française redéfinit son objectif : non plus rétablir l’esclavage, mais exterminer la « race bâtarde et dégénérée », devenue irrécupérable. On la remplacera grâce à la traite !

Nouveaux soldats de l’an II réunis en bandes mal équipées, mais fraternelles, et connaissant bien le terrain, les révoltés sont mobiles et obstinés. Tournant casaque, les généraux noirs finiront par les rejoindre, reprendront le commandement et, l’armée française chassée, renoueront avec le modèle économique occidental contre celui des masses rurales. Un combat qui n’a jamais cessé en Haïti.

Aucune histoire de la Révolution française, celle de Jean Jaurès mise à part, ne mentionne la révolution haïtienne, encore moins son idéal égalitaire. Comme on le voit dans L’Armée indigène (2), l’historiographie a même oublié l’ultime défaite du corps expéditionnaire français dans la bataille de Vertières, où un îlien sur cinq a laissé sa peau.

Cette révolution et son contenu ont été si radicalement oubliés qu’il a fallu le séisme de 2010 pour que les Latino-Américains eux-mêmes découvrent Haïti. Dans Haïti par lui-même (3), les Brésiliens s’interrogent sur l’Etat le plus pauvre des Amériques, et sur son indépendance volée. Pourtant, Simón Bolívar, isolé, trouva en Haïti réconfort et renforts. Le livre, largement illustré, imagine des relations Sud-Sud qui pourraient être plus fécondes que celles de dépendance permanente avec les deux rives de l’Atlantique nord. S’ouvrir au voisinage et sortir de l’enclavement : une piste majeure, une chance ?

Christophe Wargny
Maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), Paris. Auteur de Haïti n’existe pas. Deux cents ans de solitude, nouvelle édition, Autrement, Paris, 2008.
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