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 RANVÈSMAN ARISTID YON KOU : MADE IN USA

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MessageSujet: RANVÈSMAN ARISTID YON KOU : MADE IN USA   Sam 26 Mar 2016 - 15:19

Le renversement d'Aristide en Haïti : un coup « Made in USA »
Déclaration du comité de rédaction du World Socialist Web Site
Le 1er mars 2004

Le violent renversement suivi de l'exil forcé du président Jean-Bertrand Aristide d'Haïti fait voler en éclat les prétentions démocratiques de Washington et des autres grandes puissances et dévoile le caractère brutal et prédateur de l'impérialisme résurgent. Les mesures prises par le gouvernement américain en Haïti démontrent le caractère frauduleux de ses déclarations selon lesquelles l'objectif de l'invasion américaine en Irak est d'inaugurer une ère de démocratisation et de liberté au Moyen-Orient et dans le monde.
Le renversement d'Aristide est le résultat d'un coup sanglant orchestré par l'administration Bush qui est secondée par le gouvernement Chirac à Paris. Ce coup a été effectué par une bande d'assassins issus de l'armée haïtienne, dissoute et discréditée, et des escadrons de la mort financés par la CIA qui ont terrorisé la population sous l'ancienne dictature militaire qui a dominé le pays au début des années 1990.
Parmi les dirigeants des groupes armés qui se sont emparés du pays se trouvent Louis-Jodel Chamblain, un ancien officier de l'armée haïtienne condamné aux travaux forcés à perpétuité pour son implication dans l'assassinat en 1993 de l'activiste politique Antoine Izméry, et Jean-Pierre Baptiste, également condamné à vie pour son rôle dans un massacre perpétré en 1994. Les deux sont des responsables du FRAPH (Front pour l'avancement et le progrès d'Haïti), une organisation chapeautée par la CIA qui a exercée une terreur étatique contre les opposants au régime militaire qui dirigeait le pays de 1991 à 1994.
Un autre dirigeant des bandes armées est Guy Philippe, un ancien militaire haïtien qui a suivi l'entraînement des Forces spéciales américaines en Équateur dans les années 1990 pour ensuite être renvoyé en Haïti, où il est devenu un chef de police brutal qui a tenté d'organiser un coup en 2000. Il est également soupçonné de trafic de cocaïne.
Lourdement armés, ces terroristes ont envahis Haïti depuis la République dominicaine voisine. Il y a des preuves concluantes qu'ils ont été entraînés, financés et armés par Washington. Ils sont équipés de fusils d'assaut M-16, de lance-grenades et d'autres armes provenant de stocks destinés à l'origine à l'armée dominicaine.
Des centaines d'Haïtiens sont morts lors de ce coup « Made in USA ». Dans les villes tombées aux mains des tueurs - Gonaïves et Cap-Haïtien - ils auraient mené une chasse à l'homme, maison par maison, contre les partisans du gouvernement, exécutant tous ceux qui ne sont pas parvenus à s'enfuir.
Port-au-Prince même est menacée d'un bain de sang. Ses résidents ont érigé des barricades et se sont armés pour repousser un assaut cotre la capitale. Malgré le départ en exil d'Aristide, les dirigeants des bandits armés ont juré de marcher sur la ville dans le but de restaurer l'« ordre ».
Ayant systématiquement bloqué toute intervention pour défendre le gouvernement constitutionnel d'Aristide contre un renversement violent, l'attitude de Washington envers cette menace apparaît ambivalente. « La grande inconnue, ce sont les rebelles. Suivent-ils le programme ? » a déclaré un haut-fonctionnaire du Département d'État à l'agence de presse Reuters. « Nous voulons être certains de les neutraliser. Sans nécessairement s'opposer à eux, il serait important d'apporter au moment opportun une sorte de dissuasion ».
La question clé est de savoir ce qui constitue ce « moment opportun ». Le changement effectué en Haïti au moyen de la violence armée et d'un coup d'État anticonstitutionnel ne peut être consolidé sans un règne de terreur contre les travailleurs et les pauvres du pays. Le fait de laisser carte blanche aux dirigeants des escadrons de la mort à Port-au-Prince, ne serait-ce même que pour une période limitée, pourrait facilement être le résultat désiré tant par la soi-disant « opposition politique » que ses patrons de Washington.
Organisée dans le Groupe des 184 et la Plate-forme démocratique, l'« opposition politique » est dominée et contrôlée par les classes privilégiées de Haïti qui nourrissent une haine pathologique envers Aristide. Cette dernière provient de l'identification d'Aristide lors des derniers jours de la dictature de Duvalier aux efforts des travailleurs et des pauvres du pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental, où le premier centile le plus riche de la population contrôle presque la moitié des richesses.
En dépit de la corruption subséquente d'Aristide et de sa capitulation devant le capital financier international, l'élite richissime d'Haïti a toujours considéré sa présidence comme teintée par cette association. Plus que le simple départ d'Aristide, elle cherche également à régler ses comptes avec les masses oppressées d'Haïti.
Il reste à voir si cela se fera immédiatement ou dans le cadre d'un processus plus prolongé au cours des mois à venir. L'une des principales demandes des dirigeants des escadrons de la mort est que l'armée haïtienne soit rétablie, présumément avec eux à sa tête. Historiquement, cette institution, qui a été démantelée par Aristide en 1995, a servi d'instrument brutal de répression interne dédié à la défense de la richesse et du pouvoir des familles dirigeantes du pays.
Selon certains rapports rendus publics dimanche, une force expéditionnaire de 2 200 Marines pourrait débarquer en Haïti d'ici quelques heures. Il reste à voir si cela se concrétise qu'elle sera la mission précise de cette force. Le fait que Washington se prépare à effectuer une telle intervention dévoile de façon éloquente la duplicité de l'administration Bush dans ses tentatives précédentes de se présenter comme un simple arbitre entre Aristide, l'élite dirigeante de Haïti et les terroristes de droite.
Il y a moins de deux semaines, le secrétaire d'État Colin Powell déclarait : « Franchement, l'idée d'envoyer des troupes ou des policiers pour mettre fin à la violence à laquelle nous assistons ne soulève actuellement pas le moindre enthousiasme ». Il insiste plutôt sur la nécessité de trouver une « solution politique » basée sur une entente entre Aristide et l'opposition qui transformerait le président élu en rien de plus qu'un figurant d'un régime largement contrôlé par Washington.
Alors qu'Aristide a accepté cet arrangement, l'opposition l'a rejeté et a exigé le départ inconditionnel du président. La réaction de l'administration Bush à ce défi a été de s'allier avec l'opposition et de demander qu'Aristide quitte. C'est ainsi que samedi, Scott McClellan, attaché de presse à la Maison Blanche, a publié une déclaration demandant qu'Aristide « examine sa position avec attention, qu'il prenne ses responsabilités et agisse de façon à garantir les meilleurs intérêts du peuple d'Haïti ».
La déclaration soutient que le chaos en Haïti - qui est le résultat de la rébellion appuyée par la CIA - est « en majeure partie l'uvre de M. Aristide ». Cette déclaration équivaut à un endossement de la campagne des escadrons de la mort et à une rebuffade cinglante des espoirs vains d'Aristide que les États-Unis interviendraient pour empêcher son renversement. Maintenant que la « solution politique » a été obtenue - soit le renversement du président élu - les forces militaires américaines arrivent dans la nation insulaire.
Ce fait a été explicité on ne peut plus clairement par l'ambassadeur américain en Haïti, James Foley, qui a assisté à l'assermentation du successeur intérimaire d'Aristide, le juge de la Cour suprême Boniface Alexandre. Foley a déclaré, « des forces militaires internationales, notamment des États-Unis, vont bientôt arriver en Haïti pour commencer à restaurer un sentiment de sécurité ».
Un peu plus tôt, Foley avait déclaré que les partisans d'Aristide voulaient « incendier, piller et tuer » - il déclare cela après avoir assisté placidement au massacre de centaines de personnes par les forces appuyées par la CIA. Ce commentaire laisse peu de doutes quant à savoir contre quelles forces les Marines seront envoyés pour exercer une répression.
Le gouvernement français est entièrement complice dans cette conspiration. Le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin n'a cessé de répéter que le départ du pouvoir par Aristide était la seule issue à la crise en Haïti. Paris a joué un rôle direct dans la fomentation de cette crise, finançant généreusement les activités des opposants politiques d'Aristide parmi l'élite dirigeante de Haïti.
Les événements en Haïti sont un réveil brutal pour ceux qui étaient persuadés que l'opposition de la France à l'invasion unilatérale de l'Irak par Washington démontrait que l'impérialisme français représentait une alternative bénigne à son homologue américain.
Ancien maître colonial de Haïti, la France n'a cédé le pouvoir dans ce pays qu'après avoir été battue militairement au début du XIXe siècle lors d'une révolte d'esclaves dirigée par Toussaint-Louverture. Elle s'est ensuite employée à exercer un chantage financier contre la république noire, lui imposant notamment le paiement d'indemnités écrasantes, en plus de déporter Toussaint-Louverture en France pour le laisser mourir de faim dans un cachot.
La classe dominante française s'est assurée que Haïti indépendante naîtrait sur des ruines, incapable de se libérer de la pauvreté et de l'oppression, la réduisant à l'état de proie pour la puissance impérialiste montante de hémisphère occidental, les États-Unis. Washington a envoyé ses Marines en Haïti en 1915 et a occupé militairement le pays pendant près de 20 ans. Les États-Unis ont laissé comme héritage de leur occupation l'armée haïtienne, un rempart de violence répressive, et ont appuyé la dictature meurtrière de la dynastie des Duvalier qui a duré 30 ans.
Le départ d'Aristide et l'intervention militaire étrangère proposée représentent une démonstration limpide de la résurgence de impérialisme à l'échelle mondiale. Haïti a été reléguée au statut d'« État non viable », une catégorie de pays dont l'économie et le tissu social ont été détruits par les politiques prédatrices du capital financier international. Washington - de même que Paris - s'arroge le droit de disposer des régimes actuels des ces États - élus ou non - comme bon lui semble, afin de défendre ses intérêts stratégiques, économiques, politiques et militaires. Le résultat est une résurrection du type de colonialisme arrogant qui existait au début du XXe siècle.
Une intervention militaire dirigée par les États-Unis en Haïti ne fera qu'accroître l'oppression des huit millions d'habitants du pays et jeter les fondations d'une nouvelle dictature pro-américaine. Elle sera une composante essentielle de l'éruption de impérialisme américain qui a déjà entraîné deux guerres en moins de deux ans et demi et le déploiement de forces militaire américaines dans plus de 100 pays.
Le départ d'Aristide en exil démontre également l'effondrement non seulement de son propre mouvement politique populiste en Haïti, mais également de toute la perspective d'une opposition à impérialisme sur la base du nationalisme petit-bourgeois. Le fait que seulement quelques centaines de bandits bien armés aient pu conquérir pratiquement tout un pays et forcer son président à s'exiler constitue le testament de la banqueroute de cette vision politique.
Incapable d'obtenir ou de défendre le moindre gain social significatif sur la base d'une politique nationaliste, Aristide a vu la base de son soutien s'effriter. Alors que les masses haïtiennes restent toujours hostiles à l'opposition politique bien établie, elles n'ont nourris aucune confiance envers le gouvernement Aristide pour mener la moindre lutte contre l'élite privilégiée et ses bandits armés, son gouvernement s'étant montré impuissant même pour s'opposer aux politiques draconiennes imposées par le Fonds monétaire international et les banques étrangères.
En dépit de sa rhétorique anti-impérialiste, Aristide n'a jamais cherché à renverser la structure de l'État qui est le produit de deux siècles d'oppression étrangère. Il n'a jamais même tenter d'y opposer le moindre embryon de pouvoir populaire basé sur la classe ouvrière.
Les travailleurs et les pauvres d'Haïti ont déjà eu l'expérience de 1991, alors qu'Aristide nouvellement élu avait été renversé lors d'un coup militaire appuyé par les États-Unis, ce dernier s'était envolé aux États-Unis, laissant ses partisans faire face seuls aux conséquences. On estime à 5 000 le nombre de personnes qui furent alors assassinées.
Aristide a été remis au pouvoir suite à une intervention militaire des États-Unis qui savaient qu'il exécuterait les demandes du FMI et calmerait les luttes sociales du peuple haïtien. Il en résulta un régime politiquement impotent et corrompu présidant à la détérioration continue des conditions de vie du pays appauvri.
Les résultats tragiques des deux décennies de lutte écoulées depuis les soulèvements qui ont renversé la dictature de Duvalier démontrent l'impasse de ce type de démagogie nationaliste de « gauche » qu'Aristide avait fait sienne en Haïti. Les tentatives de Washington et de ses clients du monde des affaires haïtien de réimposer une dictature de type colonial vont inévitablement accroître les tensions sociales et les antagonismes de classe dans le pays.
Les couches les plus politiquement avancées des travailleurs haïtiens doivent effectuer une évaluation critique de cette expérience stratégique amère et en tirer la leçon fondamentale : l'oppression impérialiste ne peut être mise en échec sur une base nationaliste. Elle requière la lutte unifiée de la classe ouvrière et des masses pauvres d'Haïti, des Caraïbes et des États-unis même contre l'ordre capitaliste mondial.
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