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 Lu pour vous-L'esclavage un systeme economique abouti

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Joel
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MessageSujet: Lu pour vous-L'esclavage un systeme economique abouti   Ven 1 Avr 2016 - 11:23

Un article interessant:


L'ESCLAVAGE UN SYSTEME ECONOMIQUE ABOUTI:
http://grioo.com/info2623.html


L'esclavage : un système économique abouti
27/06/2004


Découvrez l'économie de la traite des esclaves




Par Belinda Tshibwabwa Mwa Bay


Esclaves employés à l'extraction des diamants, Minas Gerais, Brésil, 1812.
Esclaves employés à l'extraction des diamants, Minas Gerais, Brésil, 1812.




Chap. I. "De l’esclavage des Nègres"

Contrairement à ce que l’histoire de la traite et de l’esclavage laisse à penser, le trafic négrier et l’asservissement des peuples noirs ont été des opportunités et des enjeux économiques avant de devenir des systèmes de pensée. Autrement dit, ce n’est pas le racisme qui a provoqué l’esclavage et la traite, mais c’est la mise en place d’un système économique lucratif, qui a entraîné la déshumanisation d’une catégorie d’hommes et leur réduction au rang d’objets. Les Africains sont devenus des " Nègres" parce que les Européens voulaient des esclaves, et ensuite ils sont devenus des esclaves parce qu’ils étaient des " Nègres ". L’exploitation d’hommes par d’autres hommes a nécessité, après coup, la construction d’un système de représentations qui permettait sa justification morale et formelle.

Afin qu’il existe des maîtres et des esclaves, il a fallu démontrer la supériorité et l’infériorité " naturelles " des uns et des autres, en leur conférant un cadre symbolique ( la race) et institutionnel (la traite négrière et l’esclavage) La " race noire " était un prétexte, une invention qui a servi à légitimer la traite, l’esclavage puis le colonialisme. Elle a été façonnée et définie au fil des siècles, à partir de théories et de justifications religieuses, philosophiques, scientistes, sociales, politiques, juridiques et économiques. Elle est devenue à ce point indissociable de la représentation biologique, morale et hiérarchique des individus, qu’elle a survécu aux institutions qui lui ont donné naissance, qu’elle a traversé les siècles et les générations, et reste vive dans notre inconscient collectif. La traite négrière puis l’esclavage, ont permis à la civilisation occidentale, celle de l’Europe et celle des Amériques, d’établir une corrélation, une causalité, mieux, une confusion, entre la couleur des Noirs et la condition servile. Elle a bâti ses intérêts et abrité sa conscience derrière un postulat simple, érigé en "loi naturelle ": Le Nègre ne peut être autre chose qu’un esclave, et un esclave ne peut être autre chose qu’un Nègre.

L’alibi théologique. 1550-1551. La controverse de Valladolid fait rage. Le moine dominicain Bartholomé de Las Casas plaide devant les représentants du Saint-siège la cause des Indiens, et dénonce les atrocités que leur infligent conquistadors et colons espagnols. Pour les gouvernants et les hommes d’église, l’enjeu de ce débat est moins de déterminer si les Indiens ont une âme ou non, mais bien d’assurer aux colons une main-d’œuvre pour leurs plantations et leurs mines.



Africae nova descriptio. - W. & J. Blaeu, ca.1634-1664.
Africae nova descriptio. - W. & J. Blaeu, ca.1634-1664.


Le moine dominicain propose alors de substituer l’asservissement des Indiens par l’esclavage des Nègres, qu’il juge inférieurs aux autochtones des Amériques, et dont il vante : « l’ incroyable robustesse ». Bartholomé de Las Casas est considéré par la plupart des historiens, comme celui qui a " signé " l’arrêt officiel de déportation massive des Africains vers le Nouveau monde, à une époque où ce phénomène était encore marginal. De fait, pour l’Eglise et la Papauté, la traite et l’esclavage des Nègres n’avaient au départ d’autre motivation que les profits économiques liés à la découverte et à l’exploitation du Nouveau monde.

C’est seulement par la suite que le discours théologique va prendre forme, pour " bénir " et légitimer le commerce et la servitude des Nègres. Il va essentiellement s’appuyer sur le récit biblique de la malédiction de la descendance de Cham, père de Canaan, fils de Noé, qui vit la nudité de son père, et pour ce, fut condamné à être : « pour ses frères, le dernier des esclaves ». Le "noircissement ", au propre comme au figuré, de la descendance de Cham dans le langage ecclésiastique, avait commencé dès l’époque gréco-romaine. Les exégèses bibliques, par une logique " impénétrable ", déplacèrent Canaan de la Palestine pour situer la lignée de Cham au-delà de l’Egypte, dans une région dont la caractère lointain et totalement inconnu, enflammait l’imagination et suscitait terreurs et délires de toutes sortes. Les Européens débarquèrent donc sur les côtes africaines, précédés par ces fantasmes, que l’Eglise romaine apostolique, Anglicane, puis l’ensemble des mouvements protestants, achevèrent d’ériger en vérité. Vérité qu’ils prêchèrent inlassablement, en justifiant l’esclavage par la malédiction, et en accomplissant cette malédiction (c’est-à-dire la volonté de Dieu) par l’esclavage. La malédiction de Cham devint donc l’argument fondamental de tous les esclavagistes.

La désinvolture philosophique. Que penser du silence et de l’insouciance quasi-générale des grands penseurs du " siècle des lumières ", chantres d’un nouvel humanisme "universel ", face à la question et à la pratique de l’esclavage ? Que pour eux aussi, la raison économique primait sur le principe d’humanité, et que surtout, ce principe ne s’appliquait pas aux Nègres. L’ambiguïté du discours des philosophes français pourrait se résumer ainsi: L’esclavage est un mal nécessaire. C’est une institution barbare, mais elle est juste pour certains hommes.

Montesquieu, dans L’esprit des lois, est certainement celui qui illustre le mieux ce double langage. Il décrète que l’esclavage est inadmissible dans les sociétés européennes :« Inutilité de l’esclavage parmi nous » ; mais qu’il est justifié pour d’autres sociétés : « Il faut borner la servitude naturelle à certains pays particuliers de la terre », « Il y a des pays où la chaleur énerve le corps et affaiblit si fort le courage que les hommes ne sont portés à un devoir pénible que par la crainte du châtiment : l’esclavage y choque donc moins la raison ».




Armoiries de la Compagnie des Indes Occidentales, 1664
Armoiries de la Compagnie des Indes Occidentales, 1664




Le philosophe fonde l'esclavage sur la raison économique : « le sucre coûterait très cher si on ne faisait pas travailler des esclaves dans les plantations ». Et dans le souci de mettre en accord le droit avec la raison économique, il énumère les conditions dans lesquelles il est permis au maître d'ôter la vie à l'esclave. Ultime argument : « ces individus sont noirs, des pieds à la tête, et ils ont le nez tellement écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre ».

La preuve scientifique. La science a longtemps hésité avant de retirer les Nègres de la catégorie des bêtes, pour les replacer dans celle des hommes, mais avec toutefois, fort nuances et restrictions. Dès sa genèse, le concept de " races humaines " s’est construit autour de la notion de hiérarchie. Il est apparu à la fin du 17ième siècle, mais c’est au 18ième siècle que le premier grand " classement " et les principaux schémas sur lesquels s’appuieront toutes les théories raciales, seront élaborés par le médecin et botaniste suédois Charles Linné, qui publie en 1735, un Systema Naturae qui aura un immense retentissement. L’humanité y est subdivisée en 4 grands groupes différenciés, appelés " type ", établis selon des critères où se mêlent inextricablement, caractères physiques et moraux, us et coutumes.

L’Africain y est décrit comme : « Noir, indolent, de mœurs dissolues ; cheveux noirs crépues ; peau huileuse ; nez simien ; lèvres grosses ; femmes ont le repli de la pudeur, des mamelles pendantes ; vagabond, paresseux, négligent ; s’enduit de graisse ; est régi par l’arbitraire. » Par contre l’homme de race blanche est : « Blanc, sanguin, ardent, cheveux blonds, abondants ; yeux bleus ; léger, fin, ingénieux ; porte des vêtements étroits ; est régi par les lois. » Ces théories racialistes s’inscrivent dans un contexte d’exploration, de conquête et de colonisation du monde par la civilisation occidentale. Elles ont pour ambitions de trouver une cause " naturelle " à la supériorité des Blancs, donc une cause tout aussi naturelle à l’infériorité des autres peuples. Les traités sur la hiérarchie des races, parmi lesquels se trouve le célèbre Essai sur l’inégalité des races humaines du comte Joseph-Arthur de Gobineau, vont se multiplier comme des petits pains au 18ième et 19ième siècle, apportant de l’eau au moulin intarissable des défenseurs de la traite et de l’esclavage.

Pont arrière du bateau négrier anglais "le wildfire", 1860
Pont arrière du bateau négrier anglais "le wildfire", 1860




La raison politique. La traite et l’esclavage se sont imposés et ont perduré pour des raisons économiques. Ils étaient étroitement liés à la course pour la colonisation du Nouveau monde, que se livraient entre-elles les nations européennes. Le commerce négrier a toujours été réglementé par les gouvernants, car il était un monopole royal. Les gouvernements européens faisaient sous-traiter ce commerce par des entreprises de transport et commerce maritimes, privés pour la plupart, dont la célèbre Compagnie française des Indes occidentales, la Compagnie du Sénégal et la Compagnie de Guinée, qui décrocha pour la France en 1701, l’exclusivité de l’Asiento espagnol. L’Asiento était un " contrat d’utilité publique ", une licence accordée par les Rois d’Espagne, qui fixait la déportation aux Amériques, d’un nombre déterminé de Nègres pendant un certain nombre d’années.

L’Asiento Gaverrod, accordé à un financier flamand, marque le début de la sous-traitance à grande échelle, car le roi Charles Quint passe commande de 4 000 Nègres pour ses colonies. Les contrats et leurs comptabilités portaient sur du bois d’ébène, des pièces d’Inde ou plus ouvertement, des Têtes de nègres. Les gouvernements européens, soucieux de faciliter le troc négrier, consentaient à ces compagnies des abattements allant jusqu’à 50% sur les taxes, si les marchandises avaient pour origine le commerce d’esclaves. Ce qui ne constituait en rien une perte, car le trafic négrier était tellement rentable, à court et à long terme, que tous les protagonistes de ce commerce, dont une majorité d’actionnaires de la noblesse, de la grande et de la petite bourgeoisie européenne, étaient assurés d’avoir leur part du gâteau.

La logique économique à l’œuvre durant près de 4 siècles (le dernier bateau négrier est arrivé à Cuba en 1873), a arraché des dizaines de millions de personnes, dont au moins un quart ont péri au cours de la persécution et la réclusion de la traversée maritime. En réalité nous ne connaîtrons certainement jamais l’étendue du massacre. Mais pour les Africains qui y ont survécu, la traversée de Kalunga ( le grand océan), n’a été que la première étape de leur descente aux enfers.




Gravure publicitaire d’une compagnie de tabac, Virginie, Sud des Etats unis,18ième siècle.
Gravure publicitaire d’une compagnie de tabac, Virginie, Sud des Etats unis,18ième siècle.




Chap. II. L’esclavage : Un système capitaliste abouti

Le produit. Dès sa capture, l’esclave devenait une marchandise dont le " conditionnement " avait une répercussion non négligeable sur le prix de vente. Tous les 3 à 4 jours, les Africains entassés au fond des bateaux négriers étaient remontés sur le pont par petits groupes, afin de détendre leurs membres ankylosés à cause de leur disposition, allongée, accroupie ou assise pour un meilleur gain de places, dans l’obscurité et l’étroitesse des cales. On les obligeait alors à danser, au rythme du fouet, pour raffermir leurs muscles. Ils recevaient 2 fois par jour un bol de soupe de fève et une ration d’eau. Les soins médicaux étaient abondants, et il y avait toujours un médecin à bord, qui avec des recettes de grand-mère, était chargé d’enrayer les épidémies de dysenterie qui sévissaient à bord des vaisseaux négriers.

Les esclaves trop malades étaient jetés par-dessus bord avec ceux déjà morts, à la fois parce qu’ils étaient " invendables " et parce qu’ils risquaient de contaminer les autres captifs. En 1781, le capitaine du bateau négrier anglais le Zong, qui ramenait des captifs d’Afrique de l’Ouest vers la Jamaïque, jeta à la mer 131 esclaves malades et affaiblis par une épidémie, en seulement 3 jours. Le médecin des bateaux négriers avait également pour rôle de masquer les brutalités des hommes d’équipage sur la " marchandise ". Un mélange d’huile de palme et de cendre noire servait à dissimuler les plaies causées par les coups de fouet et les entraves en fer, que les esclaves portaient quasiment en permanence aux chevilles, aux poignets et souvent autour du coup. Connaissant les exigences des Colons, et afin de s’assurer les meilleurs bénéfices, les armateurs veillaient à débarquer aux Amériques la marchandise la plus " présentable " possible.

“ Danse des Nègres ” sur le pont d’un bateau négrier français, début du 19ième siècle.
“ Danse des Nègres ” sur le pont d’un bateau négrier français, début du 19ième siècle.




De l’autre côté de l’Atlantique, les attendait un réseau commercial bien organisé. Les Négriers européens revendaient principalement leurs captifs à des " grossistes ", propriétaires de dépôts où les esclaves étaient brièvement nettoyés, nourris et acclimatés, avant d’être revendus à des particuliers, lors d’enchères publiques où privées. En 1803, un commerçant de Liverpool du nom de Thomas Leyland, propriétaire de 6 bateaux négriers, dont l’Entreprise, qui lui ramena des côtes africaines une cargaison de 392 esclaves, qui avaient survécu à la traversée, les revendit entre 25£ et 60£ la " tête ", et en obtint 6 428£, ce qui pour l’époque était une véritable fortune.

A Rio de janeiro, la rua de Valongo était le plus grand marché d’esclaves du pays. On y trouvait des magasins et surtout des Casas de leilões ( littéralement : maisons de braderie) destinés à l’exposition, à la vente et l’achat d’esclaves africains fraîchement déportés. Les " braderies " d’esclaves étaient annoncées au grand public par des affiches spéciales ou alors des petites annonces dans les journaux. Les marchands d’esclaves de petite envergure, recouraient généralement au porte à porte avec leur petit "lot" de captifs, qu’ils proposaient aux habitants de la ville. Mais il existait des systèmes de vente bien plus sauvages, comme les ventes " à la curée ", qu’un chirurgien britannique de la Jamaïque décrit en ces termes :

Esclaves malades et affaiblis jetés à la mer; gravure du 18è siècle
Esclaves malades et affaiblis jetés à la mer; gravure du 18è siècle




« Au jour fixé, on a débarqué les nègres pour les emmener dans une grande cour appartenant aux consignataires du navire. A l’heure dite on a ouvert brusquement les portes de la cour, une quantité considérable d’acheteurs s’est précipitée à l’intérieur, avec une férocité de brutes. [… ] Certains prenaient immédiatement autant de nègres qu’ils pouvaient tenir de leurs mains. D’autres avaient noué des mouchoirs de couleur et entouraient de cette chaîne improvisée autant d’esclaves que possible. On peut difficilement décrire la confusion que produit cette méthode de vente »
Ces modes de commercialisation existaient dans toutes les colonies des Antilles et des Amériques. Si le phénomène de le traite a perduré presque aussi longtemps que celui de l’esclavage, c’est essentiellement en raison de la mortalité élevée des esclaves et leur très faible taux de natalité. L’alimentation constante du marché de l’esclave par des apports extérieurs, visait à compenser ces hécatombes. Au 18ième siècle, pour la seule île de Saint-Domingue, les administrateurs coloniaux évaluaient la mortalité annuelle des Noirs à 30 000. L’analyse d’un certain Fénelon, homme d’église et grand philosophe des Lumières, gouverneur de la Martinique en 1764, permet de comprendre le phénomène :

« Un de mes étonnement a toujours été que la population de cette espèce n’ait pas produit, depuis que les colonies sont fondées, non pas de quoi se passer absolument des envois de la côte d’Afrique, mais au moins de quoi former un fond, dont la reproduction continuelle n’exposerait pas à être toujours à la merci de ces envois. […] Mauvaise nourriture, excès de travail imposé même aux Négresses enceintes, maladie très fréquente des Négrillons et des Négrittes. On ne fait aucune attention même à leur « éducation animale » : on les voit en particulier exposés tout le jour dans les champs au soleil brûlant. »

Certains pays, comme le Brésil, considéraient au contraire que la traite était plus rentable que la reproduction " naturelle " des esclaves, qui exigeait d’attendre que l’esclave atteigne au moins 10 ans pour être vraiment exploitable. De plus, l’arrivée permanente de captifs africains permettait de maintenir le prix de l’esclave au plus bas. Ce qui faisait qu’il coûtait moins cher à acheter qu’à " élever "

Achat d’esclaves dans un barracone, marché d’esclaves, Havane, Cuba, 1837.
Achat d’esclaves dans un barracone, marché d’esclaves, Havane, Cuba, 1837.




Le prix d’un esclave était fixé selon 2 critères essentielles : Le sexe et l’âge. D’autres considérations, d’ordre esthétique et moral surtout, jouaient également un rôle selon la tâche à laquelle l’esclave était destiné (les " beaux " esclaves étaient préférés pour les services domestiques), la classe sociale des acheteurs ( les Mulâtres étaient surtout des esclaves "décoratifs", donc les meilleurs indicateurs de la position sociale) ou le cadre de la société coloniale (les femmes étaient proportionnellement plus nombreuses en milieu urbain). Les hommes étaient bien entendu plus " quotés " que les femmes, car c’était eux qu’on préférait pour les plantations, entreprises coloniales les plus rentables. A âge égal, un homme pouvait valoir le double du prix d’une femme. Entre 1863 et 1882, sur le marché de Rio de Janeiro, 70% des esclaves de sexe masculin atteignaient la valeur de 2 contos de réis contre seulement 30% d’esclaves de sexe féminin. La tranche d’âge la plus demandée était celle des 20-30 ans, puis celles des 15-20 ans. Les marchands d’esclaves trichaient très souvent sur l’âge de leurs " marchandises ", pour les rajeunir au maximum.

Mais les acheteurs se faisaient leur propre opinion en " examinant " minutieusement et physiquement les esclaves mis en vente. Sur les inventaires d’esclaves des Antilles anglaises ( Inventory of Blacks) ou les actes de vente et d’achat d’esclaves du Brésil ( Escrituras de compra e venda de escravos), les appréciations des acheteurs, tout particulièrement les planteurs, accompagnent souvent leurs estimations. Dans un inventaire de femmes esclaves d’une plantation anglaise du 18ième siècle, les 2 esclaves les plus chères Cooba et Kathy ( 100 £ chacune) sont décrites comme : « de bonnes Négresses de plantation, qui se reproduisent vite ». Les esclaves les moins " rentables" de l’inventaire (25£, 35£, et 40£), souffrent de « rhumatismes » ou de « déformations ».




Une page de petites annonces de vente et location d’esclaves, Jornal do commercio, Rio de Janeiro, Brésil, seconde moitié du 19ième siècle.
Une page de petites annonces de vente et location d’esclaves, Jornal do commercio, Rio de Janeiro, Brésil, seconde moitié du 19ième siècle.




Les consommateurs. Les plus gros acheteurs d’esclaves étaient bien entendu les planteurs, qui pouvaient posséder entre 100 et 300 esclaves travaillant sur des hectares de plantations. Mais l’esclavage était une pratique qui s’étendait à toutes les couches et les catégories sociales. Les prêtres, les religieuses, les artisans, les particuliers, les femmes, les enfants, tout homme blanc était en droit de posséder un esclave. Même les plus pauvres, se faisaient un devoir d’en acheter au moins un, qui était très souvent leur seul source de revenu. L’armée, la marine, les travaux publiques, les hôpitaux, les églises, etc., achetaient ou louaient également un grand nombre de captifs. Les esclaves étaient commercialisés sous tous les modes : vente, location. Ils servaient à régler toutes les formes de transactions de la vie courante. Ils pouvaient être l’objet d’un prêt, d’un acompte, d’un gage, d’un cadeau, d’une créance, d’une hypothèque, d’un héritage, d’une saisie judiciaire, etc. Ils constituaient l’investissement et la valeur économiques les plus sûrs de cette époque.

Les sociétés coloniales, qu’elles soient anglaises, françaises, espagnoles, portugaises ou hollandaises, ont été jusqu’au bout de la logique esclavagiste. Elles n’ont épargné à leurs captifs aucune forme d’exploitation, d’asservissement, quelque soit leur âge et leur genre. L’esclave servait à tout. Du service militaire à la prostitution, de l’allaitement des enfants blancs au ramassage des excréments, l’instrumentalisation de l’esclave a atteint des degrés de perversité et de complexité qui pourraient paraître surréalistes de nos jours.

Mais à l’époque, l’esclave était la réponse à tous les besoins, donc à tous les désirs et caprices humains. Les enfants en bas âge étaient achetés, sans leurs mères le plus souvent, pour servir de camarades de jeux, où plus précisément de jouets, aux enfants des familles blanches. Des enfants auxquels leurs parents achetaient de petits fouets spécialement conçus pour " s’entraîner " à châtier leurs futurs esclaves. La tradition patriarcale de la plupart des sociétés coloniales, voulaient que les femmes esclaves servent au dépucelage des jeunes garçons des familles de maîtres, et les petites négresses vierges de moins de douze ans étaient sensées guérir les hommes de la syphilis et leur "purger le sang".






Culture de la canne à sucre, Antilles anglaises, 1840
Culture de la canne à sucre, Antilles anglaises, 1840





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