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 La revanche des nèg andeyò par Ali Acacia

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MessageSujet: La revanche des nèg andeyò par Ali Acacia   Mer 29 Mar 2017 - 15:17


Le revanche des ''Nèg andeyò
REGARDS
Publié le 2017-03-28 | Le Nouvelliste


National -
Les réseaux sociaux s'enflamment, les lignes ouvertes s'affolent, les éditorialistes analysent, les citoyens s'émeuvent ! Pas à cause de la gourde qui s’étiole, pas tant pour la corruption devenue une gangrène dans le pays, pas même pour les abus sexuels qui se propagent comme une mauvaise grippe.

Non! Nous sommes stupéfaits, abasourdis, estomaqués, sidérés, bouche bée devant le manque de culture et la non-maîtrise du français de nos élus.

Cette consternation se justifie-t-elle? Bien sûr que non ! Puisque nous l'avons conçue et construite ainsi, cette société. Enfin, disons que nous n'avons rien fait pour avoir mieux.

Pour comprendre notre présent,remontons le passé. Il était une fois 1804. Vivaient, en Haïti, des hommes et femmes répartis en deux grands groupes. Les anciens esclaves noirs, qui représentaient la majorité (composés de créoles nés dans la colonie et de bossales nés en Afrique); d'autre part,les anciens libres mulâtres et des Noirs aristocrates. Bien entendu, chacun de ces groupes se donnait de bonnes raisons de se détester et de se mépriser. Mais comme c'est souvent le cas, l'aristocratie noire et les anciens grands planteurs mulâtres se sont entendus pour maintenir la masse des «va-nu-pieds» dont les descendants prennent d'assaut, aujourd'hui, le Parlement et l'administration publique.

Si 1804 fut la rupture avec le «monde blanc» et la métropole, par la déclaration de l’indépendance, ce fut d'abord, le triomphe des mulâtres et de l'aristocratie noire. Les masses bossales obtinrent la liberté (n’étant plus officiellement esclaves), mais jamais le statut à part entière d’être humain.

Gérard Barthélemy, dans son livre «Le rôle des bossales dans une culture de marronnage», résume bien ceci ainsi : «Le créole n'a jamais voulu reconnaître aux bossales un acquis social, culturel et matériel... L’indépendance est venue figer cette situation...»

Quant aux anciens esclaves créoles, aveuglés par un faux sentiment de supériorité, ils se fatigueront à ressembler aux créoles et aux mulâtres, plutôt que faire alliance avec les bossales et améliorer leur situation... Bien entendu, les deux catégories seront reléguées dans la paysannerie , dans un trou commun , d’où ils ne sortiront, pour une vie meilleure, que par l’émigration vers Cuba et la République dominicaine (début XXe siècle), États-Unis, Canada, France, et les Antilles, (à partir de la deuxième moitié du XXe siècle).

Ces gens seront laissés pour compte et mis hors jeu, tout le long de notre historic. Seuls les églises, le vaudou et le bossale n'auront été, historiquement, que de simples spectateurs, bafoués, manipulés et utilisés, tantôt comme épouvantails, tantôt comme chair à canon. Ils étaient surtout des ONG leur apportant un peu de réconfort et d'assistance. La majorité confinées dans les campagnes, avec un acte de naissance stigmatisant, marqué PAYSAN , sans assistance, sans service, sans soin, et surtout sans éducation.

C'est ce que Roger Gaillard, un des plus honnêtes intellectuels haïtiens, qualifia d’échec de l’establishment qui n'a pas su : «résoudre les tâches bourgeoises a l’égard de la nation. Bâtir des routes, construire des hôpitaux, une administration publique, des écoles ne sont ni des actes révolutionnaires ou socialistes.»

Il aura fallu attendre 1917, avec l'occupation américaine, qui utilisa nos propres ressources financières, tirées de nos taxes et impôts, pour nous doter d'une structure administrative et militaire.Comme échec, après un siècle d’autonomie, on peut difficilement faire pire.

Bien sûr, comme circonstance atténuante, nos intellectuels feront valoir le paie ment de l'injuste dette d’indépendance. Je ne suis, vous l'avez deviné, pas dupe.

1986, ouvrira véritablement la voie à cette catégorie sociale, individuellement, puisque non organisée comme classe. Après avoir servi comme esclaves, durant la période coloniale, on y puisera les restaveks, les bonnes et gérants de cour, les travailleurs pour la sous-traitance, et toutes autres mains-d’œuvre serviles, taillables et corvéables.

Avec le départ de Duvalier, la libération de la parole et le mirage aristidien et du secteur dit «démocratique». Ce sont eux qui continuent à être la lanterne rouge, dans les examens officiels, les 73% d’échec qui ne dérangent personne. Des 27 % qui restent, combien d'entre eux auront accès à des cours universitaires si jamais leur capacité et leur volonté les poussent à continuer ?

Ce sont leurs mères qui meurent faute de soin à la suite d'une couche, ce sont leurs frères et sœurs qui meurent avant d'atteindre l'âge de deux ans, faute de vaccination adéquate.... Ce sont eux qui fréquentent les écoles «bòlèt». On n'y apprend rien mais on réussit à passer au niveau supérieur, grâce à des magouilles, ou en se mettant à l'horizontale devant le directeur ou le professeur.

Comment peut-on s’étonner qu'en devenant aujourd'hui sénateur, député, maire, ils n'arrivent pas à aligner deux mots de français, sans commettre autant de fautes? Quelles écoles leur a-t-on offertes? Nous nous désolons de leur «djòl sirèt»!

Où sont les laboratoires de langues susceptibles d'aider à l'apprentissage d'une langue seconde? Le niveau est bas, certes, mais qu'avons-nous fait de 1804 à nos jours pour aider à le relever ? Comment peut-on, avec une offre de scolarité, ridiculement inadéquate, critiquer les victimes de leur manque d'instruction ?

Pourquoi, depuis 1804, nous n'arrivons pas à scolariser tous nos enfants, en âge de l’être ? Sommes-nous sincères quand nous disons que le pays atteint un niveau exécrable?

Nous cachions, à la campagne, ces gens ( Moun sa yo)... et nous vivions, entre nous, dans les grandes villes. Jusqu'à ce que par bandes, ils soient arrivés nous assiégeant dans nos propres quartiers, dans nos propres maisons. Et les blindés, et les «body gard» firent leur apparition... Oups, les «bodyguard» sont aussi des bossales.

Certains de mes amis se rappellent, nostalgiques, le «bon vieux temps» ou l'art oratoire se passait, en direct,à la Chambre des députés et au Sénat. Nous avions certes eu de grands tribuns mais, en termes de résultats et d’efficacité, la pensée haïtienne n'impressionne guère, au niveau du Parlement.

Il a fallu attendre les années 1982, pour voir (sur papier) la seconde réforme d'importance en éducation, clé de progrès et d’émancipation des masses. Rappelons que la précédente a eu lieu, durant l’occupation américaine. Ce ne sera qu'en 1997 (193 ans après l’indépendance) que nous allouerons 20% de notre budget à l’éducation, jusqu'alors qui plafonnait à 9%. Nous avions mis en place un système d'exclusion tenant à l’écart 95% de la population. Et nous avions longtemps vécu, entre nous, dans une idylle parfaite entre Noirs et mulâtres éclairés à se faire des yeux doux ou à se colleter, le temps d'une élection. Certes, nous nous guerroyons, de temps en temps, à coups de slogans : «Le pouvoir aux plus capables»; «Le plus grand bien au plus grand nombre», pour finalement s'entendre sur la formule «À Toi, la politique, à moi l'économie»...

Mais ces derniers temps, les choses changent... «New kids on the block». C'est la revanche des Bossales, les "Moun mornes", les "Nèg andeyò"... Mais séchons donc nos larmes de crocodile... Si nous étions si épris de culture, de savoir, du bon parler et de haut niveau intellectuel, nous aurions mis sur pied un système autour duquel bâtir tout cela dans les quatre coins du pays.

De qui se moque-t-on? Nous tombons, à bras raccourci, sur ce maire, qui peine à discourir en français, en l'enjoignant de s'exprimer en créole... Nous avons honte! Cachez cet élu indigne!

Pourqoui avoir honte, aujourd'hui, deux cents treize ans plus tard? Ah! la revanche des fils des «va nu pieds» mais n'allez pas croire que c'est la révolution... Non ! Juste quelques nouveaux riches! Tous les cinq ans...

Écoutez, chers compatriotes, arrêtons de nous faire peur. Aucun pays ne peut avancer , avec la majorité de sa population en dehors des conditions humainement acceptables. Il est certes regrettable, le niveau général de l’éducation en Haïti.

Presque personne ne pense à l'avenir du pays, il remonte à quand le dernier grand débat autour d'un sujet communautaire ou mondial? C’était, en 1987, autour de la Constitution. Et encore, tout cela pour exclure les «Makout», pendant dix ans et tenter vainement d'enlever le pouvoir au président, pour le donner aux parlementaires...

Quelle est la pensée haitienne sur les grands sujets qui font débat sur la planète actuellement? Je pose la question à ceux qui crient haro sur les parlementaires. Quelles sont les positions dominantes dans la société haïtienne au sujet du réchauffement climatique, à propos des énergies renouvelables, concernant le flux des migrants haïtiens, concernant les famines récurrentes qui touchent 3 à 5 millions d'Haitiens bossales, tous les ans, depuis dix ans? Vous voyez donc qu'il n'y a pas qu'au Parlement que l'absence de pensée analytique se fait sentir...

Les créoles sont le reflet des bossales et vice-versa. Nous ne produisons peu de richesse, d’où notre avidité pour le pouvoir, un des rares accès au bien-être et à la sécurité matérielle pour nous et nos familles. On prend d'assaut des fonctions électives, en promettant monts et merveilles à un peuple à qui nous jetons des miettes... Et nous pensons, naïvement, que ce petit jeu durera longtemps encore.

Le vrai scandale est l'absence de plan de redressement de la nation vers le progrès. Les fils des bossales, maîtrisant les rênes du pouvoir, sont aussi avares et voraces que les créoles. Le gâteau ressemble à un «ponmkèt», «tèlman yo zongle li». «Nos arrières traînent», répétaient Serge Beaulieu. Nous sommes partis sur un mauvais élan. Nous ne pouvons continuer en excluant ceux-là, majoritaires, pour cause d’incompétence puisque c'est nous qui les avons maintenus dans cet état.

Comment peut-on bénéficier de nos propres erreurs ? Les fils et les filles des Bossales, quant à eux, ne feront pas mieux, puisque incompétents et gloutons...comme l'ont été les créoles, à la différence que les créoles pillent et s'enrichissent, en français de Paris ou en anglais shakespearien.

Voilà le cercle vicieux qu'il faudra transformer en cercle vertueux... Il nous faut un brassage des cartes et penser à un pacte de convivialité ou le vivre-ensemble sera réel. Mettons un terme à ce faux-semblant issu de 1804. Redéfinissons la société, haïtienne, non sur la base suicidaire de la double société mais dans une optique moderne et humaniste.

Nous confrontons un phénomène, chers compatriotes, plus profond que la pauvreté de langue ou le non-respect protocolaire. Notre problème se situe au niveau de nos valeurs fondamentales humanistes. Nous avons créé une société non fonctionnelle. Deux cent treize ans plus tard, je crois que personne ne retournera en Afrique ou ni Europe... Après avoir pris notre indépendance et si nous prenions pays ?

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