Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti

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 Dokte FANFAN ap fe nou ri

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Joel
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MessageSujet: Dokte FANFAN ap fe nou ri   Mar 6 Fév 2018 - 17:38

http://haitiliberte.com/les-ebats-dun-senateur-en-zing-de-contrariete

Se yon bagay mwen pa janm konprann le m ap tande ANDRIS RICHE ki ap pale.Ou tande misye ba w yon FRAZ an KREYOL,misye poze epi li ba w 3 FRAZ an FRANSE.
Ki sa misye vle pwouve le l ap fe sa?
Dr FANFAN ap ba misye kek ti ZING



Les ébats d’un sénateur en zing de contrariété

Par Fanfan la Tulipe -

January 31, 2018

L'insaisissable sénateur Riché faisant le point avec des membres de la presse. Mal en point dans ses idées laloz, il arrive rarement à faire passer un point. Un démagogue. Point barre.

J‘avais prêté peu d’attention à l’existence même du sénateur Andris Riché, depuis cet échange très vif qu’il avait eu avec Jean Monard concernant sa position relative au départ de Martelly le 7 février 2017. Jamais, le mec n’avait été aussi “superbe” dans ses minables et piteuses voltiges de trapéziste démagogue  au point où Monard agacé par les acrobaties du voltigeur avait parlé de position laloz. Pendant près d’une demi-heure d’échange, Monard n’avait jamais pu déterminer la position exacte du lalozeur, tant il était insaisissable, glissant, kalaloutant. Le mardi 23 janvier dernier, pour mon malheur, j’allais retrouver Riché qui allait se livrer à un de ces spectacles tempêtants, piaffants, lalozants dont il a seul  le secret.

C’était à l’émission Di m m a di w animée par Marvel Dandin, sur les ondes de Radio Kiskeya. Les deux invités du jour étaient Eustache Auguste César et Journald Ornel, deux jeunes ingénieurs de Dame Marie, venus exposer, au nom de leur organisation “Repons”, les problèmes confrontés par la communauté dame-marienne, particulièrement ceux liés à l’environnement, aux infrastructures et au littoral menacé par les avancées de la mer.

“Repons” (ce n’est pas un sigle) est une organisation de jeunes intellectuels, professionnels comprenant des ingénieurs, des agronomes, des comptables, des travailleurs sociaux. Leur raison d’être? Observer, rapporter les manquements, la gestion peu satisfaisante ainsi que les déficiences des autorités locales, leurs élus, et les inciter à prendre leur responsabilité et à apporter les corrections et solutions nécessaires. Leurs interventions concernent les problèmes vécus dans leur patelin, Dame Marie; les mêmes observés à l’échelle du reste du pays en ce qui a trait à la démission de l’État par rapport aux priorités de la nation.

César et Ornel ont commencé par exposer le problème du littoral de Dame-Marie. Ils ont expliqué que la mer gagne de plus en plus sur le rivage. Ainsi, au cours de ces trente à quarante  dernières années, les avancées de l’eau ont été telles qu’il ne reste plus grand chose de plusieurs maisonnettes, masures et arbres le long de la côte. Un problème qui s’est aggravé avec le cyclone Matthew. Même, ils ont averti que, à la longue, si la mer devait empiéter sur le centre-ville et atteindre un étang voisin, ce sera une catastrophe humanitaire où quelque 60 000 dame-mariens et leurs propriétés se trouveront sous les eaux. Les autorités vont et viennent, elles sont au courant de la situation, elles voient, mais c’est le cadet de leurs soucis.

Des tronçons de route sont réduits à des chemins, des “tracés”, d’autres sont impraticables, ce qui présente un problème très sérieux de transport des produits vivriers: ignames, patates, bananes plantains, lam veritab, etc. Marvel glisse: “Je pensais que la Caravane  avait atteint Dame-Marie. César de répondre: “Nous en avons entendu parler, mais cette Caravane, c’est de la bonne blague; elle n’arrivera pas”. Quid des autorités locales ou régionales? “C’est la passivité même”, avance Ornel qui enchaîne: “Une route commencée depuis sous Madame Pierre-Louis est restée inachevée jusqu’à présent”. C’est tout dire.

Au fil de la conversation, on apprend que la route allant de Jérémie aux Irois date de l’époque de l’arrière grand-père de César. La route de Jérémie à Dame Marie est “impraticable, se tèt chaje.” La rivière de la zone n’a jamais été curée depuis belle lurette. Des propositions ont été faites au maire dans ce sens, sans lendemain. Kirolo Loiseau, le député de Dame-Marie, longe le littoral chaque jour pour rentrer chez lui. Il est bien au fait des dangers de la mer qui avance année après année. “En êtes-vous satisfait?”, demande Marvel. “À la vérité, il a encore beaucoup d’efforts à faire”, répond César.  C’est un “agent de développement” peu enclin à saisir le taureau par les cornes.

Concernant le réseau électrique du lieu gravement endommagé par le cyclone Matthew, il n’a pas encore été restauré. De l’argent a été débloqué à cet effet dont 2.5 millions de gourdes en principe utilisés pour commencer les travaux de réparation. Les invités de l’émission reprochent au député Loiseau d’avoir confié la besogne à une compagnie dont la lenteur à “atterrir” irrite les attentes. La conversation passe rapidement sur le sénateur “gwo vwa” Sorel Jacinthe et sur Guy Philippe pour qui les deux ingénieurs avaient voté. De fil en aiguille et d’aiguille en kout zegui, Marvel, sans malice, fait allusion à l’ancien sénateur-pasteur Andris Riché.

Est-ce que les deux invités gardent de bons souvenirs du sénateur? “Il a fait beaucoup de choses, mais il y a aussi à son actif des choses que je n’aime pas, répond Eustache César. Ainsi, il y a un pont qui devait relier La Haie à la petite Rivière. En saison pluvieuse, c’est une catastrophe. Lors d’une fête patronale, à La Haie, Martelly s’était adressé à Riché pour lui demander: “Vi n di pèp la kote lajan pon sa a pase”. Et Marvel d’enchaîner: “Qu’a-t-il répondu?” “ Li pat di anyen. Et il s’est esquivé”, a dit César.

En période de crue, la rivière emporte bêtes et humains. Rien n’a encore été fait jusqu’à présent; c’est ce que César reproche à Riché: «Si l’argent pour le pont est encore là, que le sénateur Riché le fasse trouver, ou du moins si c’est une compagnie qui le détient, que le sénateur force cette compagnie à rendre gorge, auquel cas je viendrai à ce micro et m’excuserai auprès du sénateur. Le fait qu’il n’ait encore rien fait, c’est ce qui me dérange. Je crois que c’est à cause de cela que la population l’a sanctionné [aux dernières élections].” On notera que l’invité n’a nullement fait d’accusation tendancieuse à l’endroit du sénateur sanctionné.                                                                                                           La conversation a continué sur la production agricole de Dame-Marie “méprisée” [par l’État], la combativité du peuple haïtien malgré la démission des pouvoirs, la “Caravane” qui devrait enfin montrer le nez à la Grand’ Anse,  les perspectives d’établir des plages, la protection du littoral qui fout le camp sous le regard impassible des autorités concernées, les gravissimes problèmes de distribution d’eau rendus pires par une compagnie censée les améliorer. Alors que Marvel s’apprêtait à recevoir, comme à l’accoutumée,  les interventions et commentaires des auditeurs, s’amène bruyamment dans les studios de Radio Kiskeya, san zatann, sans invitation, l’insaisissable sénateur  Andris Riché.

L’accueil fait par Marvel en dit long sur ce que va être la présence de l’illustrissime intrus à l’émission: “Senatè a pa toujou gen bon pawòl anba bouch li, non”, et d’enchaîner: «Ou sou san w jodi a?”  On ne lui demande pas le pourquoi de sa visite, mais il s’empresse de préciser: “Ce n’est pas pour ça que je suis venu; ce que je voulais dire…” Dès qu’un politicien haïtien s’annonce, s’introduit en français, surtout dans un environnement où des intervenants s’expriment seulement en créole, ou mèt konnen se sou blòf li ye.

En daki, le sénateur reproche aux “deux intellectuels” de n’avoir pas mentionné “les investissements” (sic) qu’il a faits à Dame-Marie “dans tous les domaines” (resic). Marvel interrompt le monsieur et lui fait remarquer que ses invités ont parlé avec respect de lui et mentionné ses côtés positifs. Qu’à cela ne tienne, Riché s’empresse de se réclamer d’être l’auteur “des études” relatives à la construction d’un pont qui devait coûter 74 millions de gourdes. Martelly n’avait pas cet argent dans le budget, mais le bon papa est “passé par un quelconque subterfuge” (sic) pour débloquer 24 millions de gourdes, ce qui  devait faciliter l’érection du pont. Mais le cyclone s’est mis de la partie et a tout détruit.

Il n’y a pas que le mauvais temps à être contre les “études” du sénateur. En effet, “ malheureusement, il y a des agitateurs politiques (sic), ki di que kòm si m ta di w la a, qu’il y aurait eu un argent ki te versé anba a pour ça, ce qui est faux. Mais c’est du passé pour moi”. Vous aurez noté la tortuosité du propos. Marvel interloqué et insatisfait reprend l’impertinence de Martelly à savoir où est passé l’argent du pont. C’est alors qu’ont commencé les piaffades, ruades et rouspétades du sénateur “sanctionné”.

Riché a osé prétendre que “Martelly ne saurait s’arroger le droit de le faire”, entendez, de lui demander où est passé l’argent du pont. Alors, Marvel, face à l’audace du zig à nier la question que lui avait posée Martelly, n’a pas pu s’empêcher de se lâcher et de lâcher: “ Enben, m mele wi la a”. Même, le sénateur sanctionné a avancé, sans rire, que “Martelly est un homme qui a un minimum de respect pour le pasteur Riché” (sic). Laissez-moi me pincer. Riché a-t-il la tête enfouie dans le sable?                          Les invectives obscènes et les injures visant la mère d’une cinquantaine de députés, en particulier celle d’Arnel Bélizaire, en présence du Premier ministre Garry Conille durant la séance de ratification de l’énoncé de sa politique générale, ce vendredi d’octobre 2011? Riché ne s’en souvient pas? Le pasteur oublie-t-il aussi  les grossières obscénités de Martelly à l’adrese de cette miragoânaise qui, lors d’un meeting électoral, avait, à bon droit, osé interpeller ce chien d’homme, ce politichien surnommé Sweet Micky. Vous avez dit ”respect”, sénateur? Quelle ironie et quelle dérision!

Face à l’insistance du sénateur à tempêter, à s’égosiller, à fulminer, à lalozer, Marvel lui rappelle que la construction du pont, la question de Martelly ne faisaient pas l’objet de l’émission et qu’il ne tenait pas à avoir une confrontation [certainement inutile] entre ses invités et Riché. Qu’à cela ne tienne. L’animal a continué à s’embourber dans son intervention mal venue, insistant que c’était lui qui avait reproché à Martelly de ne pas avoir veillé à terminer la construction d’une école à La Haie. Quel rapport ?

Poursuivant avec ses ruades, le sénateur a avancé, que c’était lui qui avait enjoint à  Martelly de donner satisfaction aux dame-mariens en ordonnant l’achèvement d’un pont que lui-même [Martelly] avait commencé depuis longtemps. «Publiquement?” a demandé Marvel. «Oui, publiquement. Si Martelly est à l’écoute, il peut confirmer». Mais, que vaut le témoignage d’un voyou, fieffé menteur par surcroît? Le mec sait bien que l’animal  Martelly est toujours occupé à fouetter ses chats obscènes, et qu’il n’appellerait jamais Radio Kiskeya qu’il assimile, dédaigneusement et sans raison, à «Ti Lili».

Riché continue avec ses rouspétades:  “Martelly a appelé le ministre Rousseau des PTC pour lui dire: “Qu’est-ce qu’il y a? […] Rousseau, m pa konnen ki akwobasi li fè (sic), il a appelé ECOMA” qui a pris les choses en main. Et puis le cyclone est arrivé. Au départ de Martelly, le pasteur prétend qu’il a été voir Privert, lui a fait une sorte de leçon de morale pour le porter à finir le pont: “Il m’a promis d’envoyer quelqu’un là-bas, ce qui n’a jamais été fait”. Est-ce vrai? Était-ce un coup de griffe à Privert?

Toujours obsédé par l’accrochage avec Martelly à La Haie, le pasteur revient à la charge: “Si quelqu’un te dit que Martelly kanpe sou tribune, m kwè se dènye bagay Martelly k ap fè, li pa t ap janm kanpe an public pou l poze m yon kesyon kon sa. Ce sont des jeunes de  Dame-Marie qui l’ont entendu, mais m ta renmen konnen nan bouch kiyès et à quel moment. Il y avait quand même des milliers de gens qui étaient là, il doit y avoir un ‘son’…” Sans doute, il voulait dire un enregistrement que semble posséder César puisqu’il a insinué de le faire entendre sur les réseaux sociaux. Riché, vous êtes dans les zen.                                                                                                                                                                       César intervient, appuyé par Marvel k ap fè bas: “C’est moi qui ai cité le nom du sénateur, je viens de dire que j’ai beaucoup d’estime pour lui, se senatè mwen, m vote l chak fwa li senatè, nous avons parlé de toutes vos réalisations dans la commune […] Martelly est venu en hélicoptère à La Haie où il a été rejoint par le sénateur. Il a donné l’accolade au sénateur Riché. Li di l vin pale ak popilasyon an, di popilasyon kote kòb pon an pase.” C’est clair, n’est-ce pas?

“Je ne sais si Martelly l’a dit avec une intention maligne, mais il l’a dit en public. Il l’a dit, tout le monde l’a entendu”, a poursuivi César. Si je ne dis pas vrai, un auditeur à l’écoute qui voudrait appeler pour infirmer mon témoignage peut le faire, je présenterai alors mes excuses au sénateur. Devant l’insistance de César, Riché a encore fait appel à Martelly: “Je sais que Martelly a horreur de cette station de radio, mais je le mets au défi, en tant qu’ancien président de la république, pou l t a rele la a pou l di l manti sa mousye sot di a”. C’est dire que Riché a du mal à se débarrasser  d’un mal causé par Martelly.

César a alors repris, appuyé par Marvel: “M pa di kòb la nan men w, si kòb la se nan men yon konpayi ke l ye, que le sénateur force cette compagnie à achever le travail”. Alors a commencé une sorte de corps à corps verbal entre César et Riché, ce dernier ne cessant de hauser le ton jusqu’à insinuer une “méchanceté” de la part de César. S’adressant à ce dernier, Riché a eu l’inélégance de dire: “Li di Martelly pase men sou zepòl mwen, quelle horreur! Vous n’étiez pas là, vous ne pouvez pas dire des choses que vous ne savez pas. Talè, w a di li te manyen tete m”. Quelle inélégance! Quelle ressemblance morale à Martelly!

Poursuivant dans l’absurde, le fèwè et le ridicule, Riché s’est laissé aller à dire: ” S’il (César) dit qu’il est de Dame-Marie, li ka di w comment est ma maison. C’est la seule maison sur cette planète (sic) qui reçoit 100 moun pa jou andedan kay mwen […] Moun Dame-Marie konnen lakay mwen 40 a 50 asyèt manje ap sòti chak jou […] des centaines d’enfants m ap peye ekolaj pou yo… Men m pat vini pou sa”. Quelle indigence d’esprit! Quelle platitude de comportement! Quelle petitesse d’arriviste, quelle insignifiance de parvenu!

Pourquoi était-il donc venu? Pour dire que Donald Trump est “un con”, que Jovenel l’inculpé n’a pas à répondre du tac au tac au connard, que lui-même Riché [et tous les autres Haïtiens, sous-entendu] n’a qu’à “ramasser son caractère”, s’il lui en reste encore bien sûr, maintenant qu’il est conseiller de Jovenel après avoir été un “bel” équilibriste pendant les cinq ans de Martelly. Et Marvel n’a pas pu s’empêcher, avec raison, de demander au sénateur bienfaiteur, benefactor de la patria: “Se jistifye w ap jistifye silans prezidan an? La a, se konseye a k ap pale…” Et le lalozeur a tout de suite répondu par une de ces acrobaties démagogiques dont il a le secret: “les relations dans ce monde se font de façon bilatérale (sic) et multilatérale” (resic). J’y perds mon latin…

Le corps à corps verbal a repris sur la question de la distribution de l’eau à Dame-Marie, le sénateur s’entêtant à dire qu’il n’y a pas un problème d’eau mais que “l’eau est là” (sic). Là, ki bò? En fait, le  sénateur veut en venir à sa petite personne: “et puis, yon lòt bagay pou w ta di, vous devriez dire par exemple que le sénateur Riché a commencé à construire yon bagay nan La Haie, rezèvwa La Source la… Men pwoblèm la mesye, fòk nou aprann apresye, c’est comme ça qu’on peut construire”. Oui, n’empêche que ledit réservoir n’a pas encore apporté l’eau au robinet des Dame-Mariens. Finalement, le lalozeur s’est rendu compte qu’il avait “pris l’émission en otage”, et il a pris la poudre d’escampette.

Tout compte fait le mec n’était pas venu exhorter les Haïtiens à ne pas répondre du tac au tac au con Trump, mais bien pour se laver de l’offense que lui avait faite Martelly: vin di moun yo kote lajan pon an pase. Pourquoi ne l’avoir pas fait au moment même de l’affront? Quel sentiment de culpabilité doit encore habiter le sénateur?  Que sait-il et qu’il ne dit pas? Martelly qui connaît bien le monde de petits flatteurs sans importance gravitant autour de lui, et qui n’a aucun savoir-faire, avait peut-être   voulu délibérément embarrasser le sénateur. Et c’est sans doute la raison pour laquelle Riché, le pasteur en principe au-dessus de tout soupçon, est venu à Radio Kiskeya se défendre avec tant de véhémence, tant de piaffance, tant de rouspétance, tant de fulminance, tant de  tempêtance, tant d’arrogance, tant de suffisance, et, aussi, tant d’insuffisance.

29 janvier 2018


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MessageSujet: Re: Dokte FANFAN ap fe nou ri   Ven 9 Fév 2018 - 7:17

M ap redi l.
Pami KRONIKE,JOUNALIS AYISYEN ,gen Dr FANFAN e gen lot yo:

http://haitiliberte.com/au-pays-des-boeufs-sans-cornes



Au pays des bœufs sans cornes

Par Fanfan la Tulipe -

February 7, 2018

Quelle joie! Quelle victoire! Un blan franse accueille Jovenel à l'Élysée.


Si “L’Afrique est mal partie”, comme l’avait écrit l’ingénieur agronome René Dumont en 1962, je peux vous assurer que notre pays, Haïti, depuis le 7 février 2017, est bien parti avec le président Jovenel Moïse, malgré le carcan d’une inculpation dont il n’arrive pas encore à se débarrasser. Surtout ne me tombez pas dessus pour me dire que je suis dans l’erreur, sinon je vais me fâcher. On ne peut pas faire fi de la réalité, du palpable, de l’atteignable, du saisissable, du tangible, du visible, et même parfois de… l’invisible. Et si vous suivez mon œil, l’œil de Jovenel et ces qualificatifs en “able” et en “ible”, vous vous convaincrez volontiers que d’ici 2034, Haïti sera un pays émergent.

Il faut être de mauvaise foi pour ne pas se rendre compte que “l’émergence” s’annonce déjà, se décline à l’impératif de changements nationaux incontournables: que la Caravane soit! Au passé simple de l’entêtement, et à la surprise d’une opposition gaga, la Caravane fut. À l’indicatif présent de la suite dans les idées de l’inculpé, la Caravane avance résolument.

Au subjonctif présent d’une réalité qui s’impose, c’est une évidence, que vous le vouliez ou non. À l’infinitif de l’honnêteté, on dit déjà rouler comme la Caravane. Au futur de toutes les convictions, la Caravane roulera jusqu’à destination. Au subjonctif  imparfait de quelques envieux, c’est une unanimité qui commence à se dessiner, que vous fussiez rose Micky, vert banane, ou d’une quelconque couleur opposante, récalcitrante.

Mais contrairement à Martelly qui était plutôt obtus, l’inculpé Jovenel a un sens aigu des choses, pour ne pas dire de l’Histoire. Il refuse de compter seulement sur sa Caravane, car si jamais un essieu devait foutre le camp, il devra se réfugier dans le subjonctif plus-que-parfait d’un il eut fallu que j’eusse su. Alors, prestement il vole vers des terres hexagonales. Ce n’est pas que son cordon ombilical y soit enterré. Il y a seulement qu’il n’a pas complètement cassé les chaînes mentales qui le tiennent accroché au char colonial français.

Et le voici à Paris. Quelle joie! Quelle victoire! Un blan franse l’accueille à l’Élysée. Quelle réussite! Du Premier des Noirs au Premier des Blancs, c’est tout un chemin parcouru pour en arriver à rencontrer le garçonnet de Brigitte Trogneux, je veux dire le président Macron. Le p’tit mec, il tête encore sa nourrice. L’inculpé Jovenel est heureux comme un prince, comme un roi, comme un pape. J’allais dire comme une grenouille dans la mare, mais je m’abstiens, parce que j’ai beaucoup de respect pour un président même s’il est inculpé. Disons plutôt: heureux comme Ulysse, d’autant qu’il a fait un beau voyage au pays des merveilles, la France, devrais-je dire. Il sucerait même une des mamelles vieillissantes et tombantes de Brigitte, s’il pouvait.

Non, s’écrie Macron: ma nourrice vous ne sucerez point, espèce de frekan que vous êtes! Je m’en vais vous faire quelques promesses. Votre prédécesseur, celui-là qui a l’habitude de rouler ses maigres fesses roses à l’air de ses pulsions de vagabond, il n’a rien foutu en matière d’éducation. On me dit que l’argent de votre diaspora est allé dans les douteuses œuvres de charité, d’humanité, de générosité, de sensibilité, de magnanimité, voire même de piété de son épouse. Il vous faudra faire mieux toutefois. Alors, le plan d’action établi en 2015 par le ministère de l’éducation haïtien de l’époque  sera intégralement exécuté avec 50 millions d’euros annoncés.

Franchement, Macron est plutôt pingre: 50 grenn milyon… En effet, réparti sur les quatre années qui  restent encore à Jovenel à passer au pouvoir, cet argent sera juste suffisant pour récompenser, pour une bonne part, les cochons qui grognent déjà dans la mangeoire ministérielle. Alors que restera-t-il pour l’éducation des enfants de ces pauvres nègres dont les aïeux sont en Afrique? Mais Macron s’en fiche éperdument de l’éducation et de l’avenir de ces négrillons au ventre rond et luisant de malnutrition.

À l’incurie, Macron mêle l’hypocrisie. Oyez plutôt: il salue tout le (bon) travail qui est conduit par le président inculpé Jovenel Moïse pour la lutte contre la corruption (sic), le renforcement de l’Etat de droit, et il lui dit tout le soutien de la France dans ce contexte (resic). Il se félicite que dans les prochains jours, un accord de siège avec expertise française puisse être finalisé qui permettra au néo-colon de venir enseigner au néo-colonisé comment surfacturer des kits scolaires sans se faire pincer et sans connaître l’humiliation de se faire limoger par un président lui-même inculpé, “le chef même de la corruption, un champion de la corruption”, selon le journaliste Fanel Delva.


Le pape François, fils cadet du Père éternel, en compagnie de Jovenel et de son épouse Martine Moïse.

On comprend le pourquoi dudit accord de siège quand on entend Macron souhaiter que des entreprises françaises viennent davantage investir en Haïti. Il va les y pousser par des initiatives ponctuelles et des accompagnements. Même, sur un ton d’une incroyable audacieuseté, il croit que toutes les réformes conduites par l’inculpé Jovenel sur l’Etat de droit (sic), le cadre d’investissement et la modernisation de l’économie (resic) permettront de faire du travail utile et efficace. Accord de siège, oui, puisqu’il faut garantir l’indépendance des pillageurs, leur concéder des privilèges, ainsi des immunités pour les saccageurs d’économie, ou un statut  d’extraterritorialité pour les dévoreurs, les chapardeurs, les ravageurs, les extorqueurs, les dévaliseurs, les gros voleurs internationaux.

En plus des 50 maigres millions, Jovenel béficie d’un degi. En effet, en ce qui a trait  aux  changements climatiques, c’est sous forme d’un “fonds vert” qu’on lui offre un projet d’adaptation et de gestion des bassins versants pour un petit 30 millions de dollars. Et Macron d’ajouter pompeusement qu’Haïti pourrait devenir à ce titre “l’un des premiers – si ce n’est le premier – à obtenir un projet d’adaptation dans le cadre de ce fonds vert”.  Même “petits et chiches”, ces 30 millions pourront toujours servir à acheter le silence de quelques opposants. Un président, en effet, peut avoir besoin de mille “conseillers”…suivez ma plume.

Satisfait d’avoir engrangé quelques millions pour les petits vicieux de la mangeoire présidentielle-ministérielle, l’inculpé prend son bâton de pèlerin-mendiant et met le cap sur l’Italie,  Il va rencontrer le président italien, Sergio Matarella. Il est question de formation, plop-plop, d’une commission mixte qui aura à travailler sur le développement des secteurs de l’énergie, de l’agriculture et du tourisme. Et pour caresser l’animal dans le sens du poil, les Italiens offrent leur expertise pour la construction de turbines hydroélectriques dans la construction du barrage Artibonite 4C, un truc qui tombe à pic dans le cadre de l’entreprise-bluff de la Caravane..

Profitons-en pour rappeler que Le Premier ministre Evans Paul avait paraphé, en février 2015, à la Primature, un contrat sur la construction de ce fameux “barrage 4C” de l’Artibonite avec une firme  chinoise, au coût de quelque 240 millions de dollars. Son achèvement était supposé prendre fin entre 18 et 36 mois. Une autre fois, on nous jetait encore de la poudre aux yeux: «Ce projet aura un impact positif sur l’économie du pays et provoquera ainsi la création de 7 500 emplois dans le secteur agricole. Il permettra aussi une augmentation du revenu des citoyens de plus de 10 millions de dollars», affirmait Paul. Ou tande bèf… Trois ans plus tard, le citoyen de l’Artibonite ne sait pas du tout à quel point on en est avec ces travaux turbino-hydro-électriques. Des bœufs sans cornes, vous avez dû comprendre.

Qu’à cela ne tienne. Le malin, le coquin, le futé, le rusé, le madré, le roué, le vieux oué Jovenel parvient à arracher aux Italiens  la promesse d’un support dans la production d’engrais et d’énergie électrique à partir des déchets organiques. Une aubaine, vous vous en doutiez peut-être. Ces déchets peuvent, en effet, produire du méthane et des engrais pour l’agriculture biologique. Les mairies de la région métropolitaine et les types du Service métropolitain de collecte de résidus solides (SMCRS) se frottent déjà les mains: les Italiens  vont aider à produire des engrais, le contribuable haïtien aura une taxe à payer en plus d’acheter le produit à prix fort. Au diable les paysans! Au ciel l’argent que les mecs vont pouvoir empocher!

On dit que Jovenel est un homme pieux en dépit d’une inculpation qu’il traîne comme un fardeau. Aussi, prie-t-il chaque matin au moment de l’angelus. Sa piété serait clopine si, clopant, il ne faisait un tour au Vatican, la “cité éternelle”, celle dont les “portes de l’Enfer ne prévaudront point contre elle”. Il est heureux à l’idée de dépenser l’argent du peuple pour un autre voyage en Europe. À son dernier voyage, en décembre, en France, il avait satisfait le côté matériel, côté terre-à-terre de sa mission de chef d’État. Il avait été sans doute comblé d’attention et de millions par un digne représentant de la “fille aînée de l’Église” (catholique, il va sans dire). Mais il lui manquait la dimension spirituelle de l’Europe. Aussi, vers la fin de janvier, ne pouvant résister à cet appel vers la lumière vaticane, il fait un nouveau voyage.

À Rome,  il va être accueilli par le fils cadet du Père éternel qui fera fi des accrocs à la moralité de cet hôte indigne du Nazaréen, et dont une note de sa présidence apprend que le  représentant du Bondieu sur la Terre et le fils du paysan se sont entretenus de la “lutte contre la pauvreté, la corruption” (sic), des “moyens à adopter pour réconcilier la Nation haïtienne avec elle-même” (resic) et que  “la rencontre entre le Président de la République et le Pape François, est la preuve du renforcement des liens d’amitié existant entre Haïti et le Vatican”. Rien que ça!

Au terme de ces deux voyages en Europe, l’inculpé a marqué des points pour Haïti: l’éducation (enfin) pour les fils du pays; l’électricité 24 sur 24, une marotte chère à l’inculpé; l’assainissement des rues de Port-au-Prince et de ses environs grâce à un projet italo-haïtien de collection des déchets pour en faire des engrais, un avantage pour la paysannerie, pour l’agriculture, pour lapè nan vant, lapè nan tèt. Des hommes d’affaires français et italiens profitant de cette atmosphère de paix du ventre et de paix des esprits viendront en Haïti par petite piles et gros paquets pour investir. Ah, le maître mot! Investissement! 10 000 emplois? 30 000 emplois? Qui sait? Seul Jovenel sait quel bonheur attend ce petit peuple las de vivre dans la misère.

Jovenel veut même faire plus. Il sait que le secteur agro-alimentaire, au Brésil, a eu une fulgurante expansion dans les années 2000, grâce, en partie, à la politique des “champions nationaux” menée par le gouvernement Lula. Le groupe brésilien JBS est aujourd’hui le premier exportateur mondial de viande bovine. Entre 1997 et 2016, le pays a triplé sa production de volailles, passant de 4,5 à 13,5 millions de tonnes, selon le Centro de Estudos Avançados em Economia Aplicada, et en est devenu le premier exportateur mondial, avec 40% du marché. La production de viande bovine a aussi plus que doublé, à 7,3 millions de tonnes contre 3,3.

C’est normal que la population haïtienne bénéficie d’une ration carnée plus que convenable, s’est dit l’inculpé. Aussi, au mois de mars, l’homme compte se rendre au Brésil. C’est une information entre vous et moi. Et si je vous en fais par, c’est parce que mes radars n’ont pas arrêté de m’informer. Jovenel est d’autant plus pressé d’y aller que son homologue brésilien, Michel Temer, est aussi un inculpé. Entre copains et coquins, on peut sûrement s’entendre. Jovenel est d’autant plus pressé de partir qu’il compte traîner avec lui une nuée de gros fainéants et de petites fainéantes trop heureux de bénéficier de nouveaux et juteux per diem.

Je ne sais si je dois continuer à être indiscret, mais j’éprouve une sorte de fièvre d’indiscrétion.    Invitus, malgré moi, je deviens un indiscrétionnaire. Mes radars qui n’ont jamais donné dans la discrétion tournent dans toutes les directions. Voilà qu’ils pointent vers … le Vietnam. Oui, le président  inculpé va se rendre au Vietnam. C’est entre vous et moi: ce sera au mois d’avril. Il compte aller “renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les deux pays”, selon la formule consacrée.

Surtout, il va tenter l’impossible pour dégager des  promesses de coopération avec la nation sœur pour une fourniture de riz à bon marché, d’autant qu’il lui serre le cœur de voir des centaines de milliers de compatriotes privés d’au moins un repas chaud par jour, alors que lui il petit-déjeune à l’espagnol, déjeune à la française et dîne à l’haïtienne, ventre déboutonné, avec force penpatat pour dessert. Pourtant, malgré des habitudes déboutonnantes, le mec est maigre comme un clou.

La Caravane avançant comme une tortue, l’inculpé se rend compte qu’une augmentation de la production rizicole artibonitienne n’est pas pour demain. Or, son cœur de bon papa ne tient pas à laisser des compatriotes mourir de faim. Autant donc solliciter le président Trân Dai Quang et le Premier ministre Nguyên Xuân Phúc pour un échange commercial fraternel. Autant aussi emmener avec lui une autre cargaison de fainéants repus et fainéantes repuses (pardonnez mon coup de griffe à la grammaire) pour les habituels per diem.

Là, je me rends compte que je déborde d’indiscrétion puisque je m’en viens vous faire part d’un autre voyage du président inculpé. En rêve, il a appris que le Portugal regorge de poissons et de fruits de mer dont la chair raffinée est délicieuse. C’est comme si la saveur incomparable du poisson du Portugal était une sorte de savoureux cadeau offert par Neptune et Poséidon. Aussi, Jovenel n’a pas pu se retenir: à Lisbonne, tous!                

Il compte rencontrer le président Marcelo Rebelo de Sousa et le Premier ministre António Costa pour négocier une coopération avec le Portugal sur la vente de morue et de sardine à Haïti, à des prix de faveur. Ai-je besoin de vous dire que certains se frottent déjà les mains et se lèchent les babines à la pensée d’aller déguster des pastéis de nata, du fromage da Serra da Estrela et boire du bon vin de Madère? Quelle bande de jouisseurs!

Je vous le disais au tout début de ce texte: notre pays, Haïti, depuis le 7 février 2017, est bien parti avec le président Jovenel Moïse, malgré le poids de son inculpation. Vous voyez que j’avais raison. Grâce à la “magnanimité” du président Macron, la jeunesse haïtienne bénéficiera à gogo de l’éducation. Des hommes d’affaires français vont investir en Haïti; des turbines hydro-électriques italiennes vont nous garantir l’électricité 24 sur 24; à l’horizon verdoient des dizaines de milliers d’emplois; les Haïtiens les moins bien lotis vont pouvoir (enfin) manger de la viande de bœuf et du poulet brésiliens, du poisson portugais et du riz vietnamien. Gad on prezidan! Al on bon prezidan! Al on bon papa!

 Ne vous excitez pas trop, chers lecteurs, pour ces trois exclamatifs. Vous savez, dès que je mange du homard au beurre persillé et aillé, arrosé d’un vin de Chablis à la minéralité envoûtante, je tombe dans les pommes, je sommeille et je rêve. Cette fois-ci, c’est Jovenel que j’ai vu en songe: Jovenel et ses “frottements” avec mouche Blan; Jovenel avec ses promesses, sa Caravane, ses projets, ses “réalisations”, bref, avec ses bœufs, san kòn…  

                                                                                                               

5 février 2018
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