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 C'était un matin de janvier 1986

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Marc H
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MessageSujet: C'était un matin de janvier 1986    Dim 18 Fév 2018 - 12:15

Pour la mémoire et pour l'histoire

Ce texte que vous allez savourer comme je le savourais en janvier 1986 faisait la UNE au Journal La Presse de Montréal .
Un texte qui avait ravivé l'espoir de toute une communauté de la diaspora haïtienne .

Je relis l'article 32 ans plus tard avec tristesse tout en gardant un peu d'espoir. Parce qu'un jour Haiti trouvera le chemin qui lui mènera au bon port .

Merci à Madame Micheline J. Lachance qui m'a fait parvenir ce beau texte . Je le publie pour la mémoire et pour l'histoire .

Bonne Lecture

L’espoir surgit à l’aube
Par Charles David

Montréal, 30 janvier 1986… La neige s’étiole doucement, avec un vague remords de la récente tempête. L’hiver hoquette comme pour se redonner du souffle. Mais la fébrilité est ailleurs, là-bas, dans ce cloaque duvaliériste où un peuple émerge de ses provinces pour aspirer, a petites gorgées, l’air de sa dignité. Une odeur de sang, de sueur, de misère…

Qu’il est long ce chemin de ronde. Les stations s’égrènent, Gonaïves, Cap Haïtien, Les Cayes Jérémie, Léogane. L’espoir, tenace, vivote rallumé par les moindres brindilles d’information. Une diaspora, écartelée entre sa désespérance et ses faux-fuyants, déboussolée par sa transhumance, réapprend sa géographie… après avoir inlassablement labouré la mer pour tenter de défricher la terre.

Et toujours depuis ce mois de novembre ou la peur, enfin changea de camp, ce silence infernal de Port-au-Prince, muselée par la géopolitique et les râles de la Bête. L’attente, charbonneuse, douloureuse, épouse l’agonie de cette dictature, qui n’en finit pas de crever, quêtant vainement le viatique du Suzerain. Jusqu’au bout, il nous aura fait baver, au fil des jours, en dépit de soubresauts suscités par le réveil d’un peuple zombifié par la terreur et l’humiliation…

Déjà, ébaubis ou complices, certains concoctent, se pourlèchent des lèvres désormais gourmandes, assistent, ébaubis et presque complices, à la sarabande des précurseurs des futures faillites. Transaction misérable des consciences, animant une fureur particulière, démesurée, de jouissances hâtives. Ainsi, il était une fois. Haïti. Puis, soudain, bêtement, ce coup de fil de Port-au-Prince, provenant de la tanière. A force de rêver, l'imaginaire prend forme, laissant hébété. Calme masquant mal la déchirure, le corps vidé, épuisé. « Duvalier, en état d'arrestation. » La rumeur, venue d'autres horizons, confirme, s'enfle. Pour la première fois, refuse d'éclater.

Non, elle se durcit, confortée par d'infinis détails, répercutée aux quatre coins de Montréal. Une diaspora, accrochée à ses combines, s'épuise à l'habiller, cette vérité, pour mieux la parer et conjurer le sort. Un peuple d'exil s'enivre d'une saleté qui s'écaille. Rompue de joie, la diaspora refuse le sommeil. glanant ci et là les moindres parcelles d'une nouvelle vérité qu'aucune radio ou salle de nouvelles refuse d'étayer. Le cauchemar rôde, dissipé par les phantasmes. La Bête, enfin, crève.

L'aube, difficilement, laissant hier, ne s'achemine pas encore vers demain. Une bouffée de ma terre s'insinue, doucement, dans les relents du café qu'interminablement on sirote, pour tenir le coup, pour voir, enfin, le jour. L'idée surgit, folle, toute précaution rejetée. Faut traverser cette mer pour renouveler les épousailles avec les autres, ceux de l'intérieur, même ceux dont la foi a vacillé sous la férule. Ceux qui, parfois, ont bu la honte.

Mais, avant la tolérance, la chair qui appelle son sang. Ma mère. Imperturbable, elle dort, comme la moitié de Port-au-Prince, qui ignore d'ignorer. La sonnerie interminable. La voix endormie, qui n'ose croire, préférant attendre le jour pour juguler les démons. La voix, qui va se casser, car dé- sormais, au petit matin, elle sait que le retour se fraye un chemin vers le port.

A l'aube, dans Montréal qui rattrape un dernier soupir, j'ai une envie folle de conquérir une ville. Hommes et Femmes de mon pays, je vous aime. Charles-Anthony David, La Presse 1986.
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