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 Demokrasy ki pratike ann Ayiti an se yon Pèpè.

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Sasaye
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MessageSujet: Demokrasy ki pratike ann Ayiti an se yon Pèpè.   Ven 18 Mai 2018 - 12:10

LA DÉMOCRATIE UNIVERSELLE EN HAÏTI UN PRODUIT IMPORTE ET EXPIRE
Culture -

Avec la fin de la dictature des Duvalier, en 1986, tout porte à croire que les Haïtiens ont opté pour « un régime politique, un système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l’ensemble des citoyens», donc pour la démocratie. 

Cette velléité démocratique est confirmée par la Constitution de 1987, votée massivement par la population dans le référendum du 29 mars 1987. Cependant, trente ans après ce vote, cette Constitution est très souvent décriée par certains, même après des amendements introduits en 2011, et le système de gouvernement qui en découle peine à engager le pays sur les voies du développement et de la modernisation. 

En fait, plus d’un considère Haïti comme un pays malade, un état en faillite, une nation en dérive. Que faut-il faire donc pour sauver Haïti ? Faut-il changer de système de gouvernement ? Faut-il encore amender la Constitution ? Gineaud Louis, dans son ouvrage, Démocratie Universelle en Haïti, Élections ou Sélections ? explore les faiblesses de la démocratie haïtienne et propose des solutions.


Comme évoqué par le titre du livre, l’auteur emploie le concept de démocratie universelle pour parler du système de gouvernement en vigueur en Haïti. Il précise que « [l]a démocratie universelle se déroule sous la férule des grandes puissances économiques et des multinationales pour soustraire la volonté du peuple aux travers d’élections truquées » (page 18).

 Il parle donc d’une démocratie exportée et même imposée par les pays du Nord, et la met justement en question, à l’instar de plusieurs penseurs politiques contemporains, comme rapporte le philosophe Florent Guenard dans une entrevue accordée sur son livre, La démocratie universelle: « Si la démocratie produit aujourd’hui une grande insatisfaction dans les sociétés européennes, la croyance dans l’universalité de son modèle continue de la définir. »


La pauvreté et l’analphabétisme des électeurs

Les grandes puissances, selon l’auteur, résumant la démocratie universelle à l’organisation d’élections au suffrage universel, ont négligé deux facteurs qui sapent l’intégrité du vote des électeurs : la pauvreté et l'analphabétisme

. « En toute évidence, la situation infrahumaine dans laquelle se trouve la majorité de la population haïtienne ne favorise pas la construction d’une société qui sanctionne ses candidats de manière judicieuse, opportune et éclairée » (page 53). La précarité économique incite les acteurs, à tous les échelons de la machine électorale, à s’engager dans des actes frauduleux au bénéfice des candidats opulents. Alors que l’analphabétisme rend l’électeur crédule et une proie à la manipulation : « Plus on est analphabète, moins on est capable de réfléchir sur les enjeux des élections ». (page 67).


La pauvreté des électeurs peut les rendre influençables, certes. Mais c’est surtout le cas des observateurs électoraux, des mandataires, ou des membres de bureau de vote. L’électeur lambda ne se laisse pas toujours acheter. À preuve, dans les dernières élections, plusieurs candidats populaires de l’opposition arrivaient à se faire élire, au grand dam des faiseurs de rois. 

Quant à l’analphabétisme, il n’équivaut pas toujours à l’idiotie. « Analfabèt pa bèt », aimait dire l’ancien président Aristide. Beaucoup de gens sont illettrés, non à cause d’un quotient intellectuel bas, mais tout simplement par manque d’accès à l’éducation, et certains sont mêmes devenus des notables dans leur communauté. N’avions nous pas eu des parlementaires et même des présidents analphabètes ?


Le vote populaire cloué au pilori

Le suffrage universel direct est l’un des tenants de la démocratie universelle. Cependant, avec la pauvreté et l’analphabétisme des électeurs, et le contrôle de la machine électorale par des groupes d’influence à la solde de la communauté internationale, le vote populaire est rendu caduc, « [d]’où la nécessité de développer... des mécanismes modernes afin de [le] contourner ». Gineaud Louis suggère « un système politique proportionnel de nomination de parlementaires chevronnés, aptes, compétents, habiles, honnêtes, doués et expérimentés, issus de partis politiques [pour] corriger l’absurdité du vote populaire » (page 69).

Avant de penser à éliminer le suffrage universel direct, on devrait d’abord essayer d’affermir les maillons faibles de la machine électorale, par exemple en développant des programmes efficaces d’alphabétisation et de création d’emplois. 

De même, on pourrait prendre des mesures pour freiner l’ingérence de la communauté internationale en finançant nous-mêmes les opérations électorales, comme l’avait fait l’administration Privert/Jean-Charles pour les élections de 2016. 

Car, aussi vrai que les grandes puissances nous ont fortement encouragés à adopter la démocratie universelle, il reste certain qu’au lendemain du départ de Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986, elle représentait la forme de gouvernement qui répondait le plus aux aspirations démocratiques du peuple haïtien. Ainsi, tout accroc au vote populaire peut représenter, aux yeux du peuple, un retour en arrière auquel il s’opposerait par tous les moyens.


Des solutions pratiques pour développer une démocratie moderne

Gineaud Louis propose de remplacer la démocratie universelle couramment en vigueur en Haïti par une autre forme de gouvernement : « Le modèle de la démocratie universelle tel qu’appliqué en Haïti n’est pas bénéfique pour le développement durable du pays. 

Il crée l’instabilité, la confusion et la division au sein de la population. » Deux des caractéristiques de cette nouvelle forme de gouvernement sont les suivantes :

Un pouvoir parlement proportionnel. Tous les parlementaires ne seront pas élus au suffrage direct ; 50% d’entre eux seront nominés par les élus des collectivités territoriales. Avec ce nouveau système, les opérations électorales coûteront moins cher et les élus seront plus compétents, car issus des cadres des partis politiques (page 167).


Un pouvoir exécutif présidentiel. La cohabitation du président élu au suffrage direct et un Premier ministre choisi par le président, et ratifié (et contrôlé) par le Parlement « fait du Parlement le véritable centre de pouvoir ». Ce régime dualiste « ouvre la voie à des pratiques de collusion entre les membres du gouvernement et les parlementaires et aussi à la corruption endémique au plus haut niveau de l’État » (page 171). Par conséquent, « [i]l faut abolir la fonction de Premier ministre et appliquer un régime politique ayant pour exécutif un président et [un] vice-président ».

À travers Démocratie Universelle en Haïti, Élections ou Sélections ? Gineaud Louis démystifie la démocratie universelle en cours en Haïti. À sa place, il prône un système de gouvernement plus conforme aux traits culturels et historiques du peuple haïtien. 

Ce livre peut être d’une grande utilité aux lecteurs qui n’ont pas été à l’écoute de la politique haïtienne des trente dernières années, tant il fournit des détails sur les faits politiques tant majeurs qu’anecdotiques corroborant son argumentation. Cependant, l’auteur aurait dû accorder beaucoup plus de place aux réformes qu'il suggère, afin non seulement de les décrire dans toutes leurs facettes, mais aussi de démontrer clairement, et de façon convaincante, pourquoi et comment elles vont faciliter la modernisation et le développement du pays.


Gineaud Louis, Démocratie Universelle en Haïti, Élections ou Sélections ? Jebca Éditions, Boston, 2017, 184 pages.
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