Pourquoi ces hausses de la gazoline ?
EDITORIAL
PORT-AU-PRINCE, 6 Juin - Nouvelle augmentation des prix de la gazoline à la pompe. Nouvelle discussion mettant aux prises chauffeurs et propriétaires de tap taps et leurs clients et l'Etat haïtien.
Les clients refusant de payer les nouveaux tarifs du transport en commun qui en découlent et l'Etat haïtien accusé de relever les prix de l'essence à sa guise. Ce qui n'est sans doute pas le cas.
D'autre part, le Venezuela nous vend du pétrole à tarifs réduits dans le cadre de l'accord Petrocaribe, faisant récemment passer les livraisons de 7.000 à 14.000 barils par jour.
Ce qui dans l'esprit de la population devrait arrêter la hausse des prix, sinon les fixer à un prix moyen plus stable et pour plus longtemps.
Mais voilà, l'Etat haïtien a d'autres obligations, d'autres exigences à satisfaire. Entre autres, envers les grandes institutions de crédit internationales, les gendarmes économiques de la planète qui stipulent que même si vous bénéficiez de rabais sur un marché particulier, vous devez respecter les tarifs fixés sur le marché international. Sinon, vous vous privez des services de ces institutions, et vous en avez besoin, surtout quand vous êtes petit comme nous.
Voilà pourquoi, même avec Petrocaribe, les prix de la gazoline continuent à varier aussi sur le marché local, au gré des prix sur le marché libre comme on appelle le marché international sous la coupe de l'économie du libre marché. Mais pas si libre que ça quand on est parmi les plus petits.
Cependant tout en protestant contre toute nouvelle hausse, ne soyons pas non plus trop de mauvaise foi. Qu'en serait-il si nous n'avions Petrocaribe ? Qu'en était-il avant ?
Comme par exemple, sous le régime intérimaire de février 2004 à mai 2006 ? Un petit effort de mémoire...
C'est quand pour un oui ou un non, on apprenait que les pompes étaient fermées parce que le tanker n'était pas arrivé ou qu'il était arrivé mais que le chèque pour payer la cargaison ne l'était pas... Et qu'il fallait se précipiter pour faire la queue et payer alors le gallon à n'importe quel prix.
C'était le temps de la spéculation, de toutes les spéculations ! Parce que avant que cela arrive chez nous, la spéculation commence sur le marché international, où tantôt c'est à cause de la guerre en Irak, tantôt des cyclones menaçant les plateformes américaines dans le golfe du Mexique, n'importe quoi, tout est bon pour que l'on fasse grimper les tarifs à toutes les hauteurs...
Et comme nous sommes petits, eh bien petits petits, derniers servis. Quand ce n'est pas l'Etat haïtien, comme nous disions tantôt, qui n'arrivait pas à réunir les devises nécessaires pour payer le tanker.
Et voilà donc tout ce que nous évitons aujourd'hui avec l'accord Petrocaribe. Et que nous semblons oublier un peu trop vite.
Autrement dit, avant mai 2006 qui a vu la reprise des livraisons de pétrole vénézuélien le jour même de la prestation de serment de René Préval pour un second mandat présidentiel, la situation était tout simplement catastrophique. N'était Petrocaribe, nous serions en train aujourd'hui de payer la gazoline 3 fois plus cher ou davantage. Et sans garantie d'en avoir tous les jours.
Mais cela ne signifie pas que c'est un cadeau, Haïti a pour obligation de respecter l'évolution des tarifs internationaux. Et aucun pays n'échappe à cela. La gazoline que les Américains paient des fois près de 4 dollars aujourd'hui, ne coûtait pas plus de 75 cents le gallon il y a 20 ans.
Cependant vous avez le droit de protester. Et vous avez même raison. Pour commencer, l'Etat peut faire mieux. Comment gère-t-on la gazoline Petrocaribe ? A-t-on commencé à recevoir les 14.000 barils par jour, car il y avait au début un problème de capacité de stockage. Or le plus nous pouvons stocker à portée de la main, moins est le prix de revient, donc moins aussi devrait être le prix de vente à la pompe. Car respecter les tarifs internationaux ne signifie pas pour autant ne pas faire tout ce qui est possible pour protéger le consommateur local. Est-ce que le gouvernement fait tout ce qu'il faut pour économiser au maximum sur le revient afin de diminuer autant que faire se peut les tarifs à la pompe ? Cela concerne le stockage, la manutention, le transport, la distribution, la taxation etc. Voici des questions auxquelles vous avez le droit de réclamer une réponse...
Mais ce n'est pas tout. Il n'y a pas que le prix de la gazoline, il y a aussi le prix des pièces de rechange des véhicules. L'Américain proteste lui aussi quand les prix flambent, mais il bénéficie de bonnes routes, ce qui lui fait faire une économie appréciable...
Alors que nous payons non seulement la gazoline au prix du marché international, mais aussi des pièces de rechange plusieurs fois leur valeur à l'extérieur, à cause qu'il n'existe pas de routes proprement dites en Haïti.
Ce sont là aussi des revendications à adresser à qui de droit. D'autant que Petrocaribe stipule aussi la livraison de plusieurs tonnes d'asphalte par mois. Or les rues de la capitale et des zones avoisinantes n'avaient jamais été aussi mal en point. Que se passe-t-il enfin ?
L'Etat peut donc économiser beaucoup en assurant une meilleure gestion de la gazoline de Petrocaribe, et en faire bénéficier aussi le consommateur...
Tandis que en ne faisant pas suffisamment, c'est encore l'Etat qui nous pénalise. Y compris par l'état des routes...
Nous invitons le consommateur (chauffeurs, propriétaires de tap tap, passagers, vous et moi) à continuer à mieux s'informer sur le mécanisme de calcul des prix de la gazoline et par voie de conséquence de tous les autres prix sur le marché local. Et l'Etat à ne pas s'arrêter d'informer la population à ce sujet, c'est une situation tout à fait nouvelle, c'est donc toute une éducation à faire, on ne peut se contenter de quelques déclarations jetées de temps à autre par le président ou le premier ministre...
C'est toute une éducation, c'est cent fois sur le métier.
Mais l'Etat ne va pas non plus s'en tirer avec quelques déclarations faites au hasard balthazar. L'Etat n'a encore rien fait de ce qu'il doit faire dans ce domaine comme on a vu...
Avant de nous dire que la gazoline de Chavez n'est pas un cadeau, c'est l'Etat d'abord qui ne doit pas se comporter comme si c'était un cadeau !
Editorial, Mélodie 103.3 FM, Port-au-Prince