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 Elèves sans frontières, malades sans frontières

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Rico
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MessageSujet: Elèves sans frontières, malades sans frontières   Ven 12 Oct 2007 - 11:59

"Elèves sans frontières", "malades sans frontières" etc., voilà ce que sont devenus la plupart des descendants de ceux qui ont échappé au massacre odieux des Haïtiens perpétré sous le gouvernement de Rafael L. Trujilio, chef d'État dominicain en 1937

Soixante-dix (70) ans plus tard, à Savane bombe, localité frontalière de la commune de Cornillon dans le département de l'Ouest où vivent quelque 8 000 personnes, il n'y a pas de signe de la moindre école, du moindre dispensaire. Des dizaines d'enfants traversent tous les matins la frontière pour se rendre à l'école en République dominicaine, dans la petite bourgade de Savana Real. C'est encore mieux que de faire 20 km en 4 heures à dos d'âne pour aller à Cornillon. Ils y apprennent l'histoire dominicaine et probablement une autre version des faits de 1937. C'est la réalité de plusieurs localités frontalières du Plateau central et du Sud-Est. A Anse-à-Pitre, dans le département du Sud-Est, l'actuel maire confie que des malades continuent d'être transportés sur des brancards à Pedernales, ville voisine en République dominicaine pour recevoir des soins de santé. Pourtant, il a suffi de la présence de quelques médecins cubains en 2005 dans le dispensaire de la ville pour voir débarquer des patients dominicains venus recevoir certains traitements spécialisés. 70 ans plus tard, les paysans des localités de Boucan Guillaume et de Bois d'Ormes, respectivement première et deuxième section communale d'Anse-à-Pitre, faute de route praticable, empruntent tous les jours un détour vers la République dominicaine pour se rendre à Anse-à-Pitre. Ils y vont en payant un autobus dominicain et ceux de Bois d'Ormes feront 40 km en une heure au lieu de 8 heures à pied ou à dos d'âne. Ils ne sont pas les seuls, car la plupart des délégations de fonctionnaires haitiens en mission dans les villes frontalières ne restent jamais travailler tard, de peur que les services d'immigration de la frontière dominicaine ne ferment leurs portes, les condamnant à passer une nuit dans des endroits privés de tout. Munis de passeports, ils passent leurs nuits dans les villes frontalières de Dajabon, Elias Pina ou Pedernales selon le cas.

Quant aux enfants de ceux qui se sont installés dans la vaste étendue de la forêt des pins, en 1937, après avoir échappé aux tueries sauvages des hommes de Trujilio, ils forment de petites colonies et sont aujourd'hui des migrants saisonniers qui continuent de vivre encore en République dominicaine comme travailleurs agricoles. « A Savane zombi, Oriani, Gros cheval et Forêt des pins, on recense un nombre de cas de violence plus élevés que dans les bourgs où il y a un tissu social plus cohérent avec des liens familiaux, car il s'agit d'une population très hétérogène, venue de tous les coins de la République dominicaine en 1937 ayant fui le massacre» , confie Théodore Dieudonné, maire adjoint de Thiotte, originaire de Savane Zombi." . En réalité, ils ne se sont jamais véritablement intégrés dans la zone "d'accueil" et leurs enfants n'ont pas d'attache particulière avec le pays. Ils passent autant de temps en Haiti qu'en République dominicaine. Le centre de santé de Savane zombi, desservant environ 9 000 personnes, construit dans les années 80, ne peut compter que sur une infirmière qui y passe quelquefois, obligeant ces populations à se rendre à Thiotte mais aussi en République dominicaine pour recevoir des soins de santé.

Je ne parlerai pas de ma propre ville de Ouanaminthe où il ne faut surtout pas tomber malade aux heures de fermeture de la frontière, car l'hôpital ne dispose pas sufisamment de lits et d´équipements pour une commune qui a vu sa population passer de 54 000 habitants en 1998 à plus de 80 000 habitants aujourd'hui. Récemment, le maire de la municipalité dominicaine de Dajabon a dépêché des équipements à Ouanaminthe pour aider à assainir la ville en proie à une épidémie de malaria suite à des pluies diluviennes. Sans doute, cela revenait moins cher pour la municipalité de la ville voisine que de traiter les malades haïtiens à l'hôpital même.

Tout cela pour dire que le « devoir de mémoire » aura un sens particulier s'il sert aussi à prévenir les conflits futurs avec la République dominicaine en offrant aux Haïtiens, particulièrement aux frontaliers, les services sociaux de base et des opportunités économiques qui feront d'eux des citoyens participant pleinement au développement d'Haiti. Le budget de la République de 2007-2008 devrait ainsi prioriser ce devoir de mémoire en allouant aux localités frontalières les moyens de réaliser ce qui devrait être un véritable "cordon social frontalier" constitué d'écoles, de dispensaires, de routes notamment desservant les zones de production agricole et les marchés "binationaux" installés le long de la frontière.

Ce serait le premier pas qui précéderait une vraie politique de développement frontalier impliquant les investissements, le savoir-faire et la technologie, requis pour cette frange frontalière qui, sans support réel, exporte déjà plusieurs millions de dollars par an de produits agricoles de toutes sortes en République dominicaine. Il faut donc stopper la machine à produire ces "citoyens sans frontières". C'est la seule façon de prévenir des conflits futurs avec le pays voisin, déjà que d'autres sources de différends pointent à l'horizon, en particulier la bataille pour l'eau.

En effet, il faut déjà tenir compte de la dégradation de l'environnement et de l'augmentation des besoins de cette ressource pour les zones frontalières haitiennes actuellement, zones de grande migration interne et de transit vers la République voisine.

Il demeure un fait que la migration est un phénomène "naturel" amplifié par la globalisation. La libre circulation des personnes, des marchandises ira en augmentant. Haiti et la République dominicaine n'échappent pas à cette réalité, ayant déjà des économies interdépendantes. Ces deux peuples continueront à entretenir des liens socioculturels et économiques avec ou sans la « permission » des deux Etats. La protection des droits des ressortissants dans un cas comme dans l'autre sera toujours un défi pour ces deux pays marqués par le poids de leur histoire. La réponse ne peut donc être simpliste, car peu importe le développement économique en Haïti, des Haitiens continueront de trouver du travail en République dominicaine où la demande de main-d'oeuvre haitienne est sans cesse croissante et l'inverse sera aussi vrai à terme.


Aujourd'hui, de jeunes Haïtiens ayant atteint même le niveau de baccalauréat se retrouvent ouvriers du secteur de la construction en République dominicaine. « Au moins ils auront un revenu, pourront se marier et s'intégrer dans la société à leur retour », confiait l'un d'entre eux, originaire de Lascahobas. Aussi, les élites haitiennes devraient saisir ce « devoir de mémoire » pour s'engager à faire de telle sorte que la migration haitienne ne soit pas perçue comme l'invasion massive de ceux qui fuient une extrême pauvreté et un dénuement total. Certains secteurs en République dominicaine pensent même qu'elle est préméditée et organisée par l'Etat haitien, incapable d'offrir une réponse aux demandes sociales de ses citoyens. C'est tout cela qui sert de prétexte pour entretenir par ailleurs les préjugés et discriminations.

70 ans après ce massacre qui a vu plus de 20 000 Haitiens périr selon les historiens, il n'y a pas le moindre monument érigé en leur nom, et ceci est une injustice à leur mémoire. En ce sens, je ne peux que souscrire à l'initiative du Groupe « Mémoire 1937 ». Mais l'autre injustice est celle qui est faite à leurs enfants, obligés de retourner en République dominicaine pour avoir accès aux services sociaux de base les plus élémentaires. La réponse à tout cela, en plus de l'urgente nécessité de la légalisation du travail des Haïtiens en République dominicaine via un accord migratoire formel, passe par une obligation de développement en Haïti d'abord.

Rendez-vous en 2037.

Source: Caraibes FM

Nesmy Manigat
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MessageSujet: Re: Elèves sans frontières, malades sans frontières   Ven 12 Oct 2007 - 18:10

Une analyse judicieuse de la situation entre les deux pays.mais comment le gouvernement haitien pourra-t-il fournir les services aux populations de la frontière si toutes les recettes de l'etat sont allouées à payer des marchands de discours?

c'est honteuse pour ne pas dire ignoble cette conduite des dirigeants haitiens qui meprisent les besoins des paysans qui sont obligés de se rendre en republiques dominicaine pour travailler ou pour recevoir des soins de sante.Pourquoi de petits haitiens sont-ils obligés de subir cette honte d'aller à l'ecole en republique dominicaine?C'est plus fort que moi ,nous negligeons l'essentiel des besoins de nos pauvres pour consacrer des salaires dispendieux pour payer des bureaucrates inutiles.

Comment un pays qui ne dispose pas assez de lits dans les hopitaux ,des bancs dans les ecoles pour eduquer les enfants peut-il avoir une chancellerie,un Senat, une chambre basse, un ministere de la culture etc.Par dessus le marché on trouve des inconscients qui demandent qu'on achète des armes pour une armée ;quelle armée peut avoir un pays qui depend de l'aide exterieure pour boucler son budget de fonctionnement?

Quand on constate cette decheance du pays on comprend parfois l'intolerance de ceux qui sont fatigués de l'incompetence ,de la myopie,de l'egoisme des politiciens haitiens.A bas fout tout senatè, tout minis ,tout anbassadè,a ba premier mins ou byen presidan ,ti mache ya two piti pout tout machann diskou sa yo.al fout chache travay pou nou fè. pou pep la ka jwen servis li beswen, bann inkonsyan;nou fout ba moun degou paske nou pa ka di nou pa konnen sa ki ap pase nan peyi ya.
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