gwotoro Super Star

 Nombre de messages: 3974 Localisation: Canada Date d'inscription: 20/08/2006
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 | Sujet: Haiti en Marche: Carnaval, quand la commercialisation tue l'artisanat! Lun 11 Fév 2008 - 8:05 | |
| DANS LES COULISSES DU CARNAVAL</B> L'ultra-commercialisation tue l'artisanat local PORT-AU-PRINCE, 3 Février - Le carnaval de Port-au-Prince constitue la plus grande vitrine commerciale du pays où les grandes marques entrent en compétition à coups de stands improvisés ou tribunes hautes comme des gratte-ciels ainsi que de grandes affiches placées à tous les angles stratégiques.
Le lieu ou site par excellence c'est aujourd'hui le Champ de Mars, square d'environ un kilomètre carré situé au centre de la capitale.
En lieu et place du parcours carnavalesque de jadis, il faudrait plutôt parler aujourd'hui d'un " block party ": la fête se déroule à l'intérieur d'un espace délimité, le Champ de Mars ou Place des Héros de l'Indépendance. Et quand la musique se déchaîne pour de bon, il ne reste que les pères fondateurs, au haut de leurs statues de bronze, à ne pas descendre dans la foule pour se payer une bonne " yayade " (la plus caractéristique des danses populaires haïtiennes).
Tana ou Titato...
De plus, les grandes marques commerciales sont sur toutes les poitrines, au front, au dos, en tatouage sur le nombril, l'épaule ou les fesses, partout.
Les filles surtout ont des accoutrements très osés, malgré les mises en garde solennelles du ministère à la Condition féminine.
T-shirts et casquettes sont distribués gratuitement à la ronde.
Mais que devient l'artisanat local des petits masques en tulle, des chapeaux de paille tressée Tana ou Titato, des foulards avec en imprimé les images des déesses du vodou haïtien?
Nous avons passé une heure en observation. Un seul article a été vendu. Un foulard mais rose et avec des motifs anonymes.
On rêve depuis quelque temps de faire renaître le carnaval haïtien d'autrefois avec ses masques originaux et ses compositions musicales reflétant l'imagination créative et l'esprit de dérision qui sont propres à ce peuple...
Une civilisation d'hommes sandwich...
Cependant du côté du public qui est aussi un acteur indispensable, rien n'est plus comme avant. L'ultra-commercialisation de cette fête ne laisse plus la moindre place aux trouvailles du petit artisan local.
T-shirts et casquettes et tous autres colifichets, disons-nous, sont distribués en veux-tu en voilà gratis ti-chéri.
Pendant notre heure d'observation, plus des trois quarts des passants avaient déjà une marque commerciale sur la poitrine ou sur le dos...
Une civilisation d'hommes sandwich.
L'Etat aussi ne saurait laisser passer l'occasion. Ministères et organismes semi-publics procèdent aussi à de larges distributions.
La population, toutes couches sociales confondues, en profite. Autant de gagné sur l'ennemi, si l'on peut dire. Car ces " maillots " vous durent encore longtemps après le carnaval. Mais ce sont les petits artisans locaux qui en paient le prix.
Des foulards à la mode affranchie...
Dommage que l'Etat ne semble pas le réaliser (sinon toujours après coup). On n'arrête pas le progrès, certes, mais il y a toujours moyen de moyenner. Les mesures d'accompagnement, vous connaissez.
Au lieu de copier servilement la mode des casquettes et maillots prêt à porter, le gouvernement et les organismes de l'Etat peuvent offrir des chapeaux de paille colorés (voire à l'occasion d'un carnaval qui se proclame pour une " Haïti verte ") et des chemises style paysan ou des foulards à la mode affranchie de Saint Domingue ou autre, l'imagination locale n'a pas de limite pour peu qu'on lui laisse une chance.
De Maya Deren à Truman Capote...
Cela sauverait de la disparition certaine des petits métiers qui sont indispensables pour continuer à garder un visage authentique à ce pays. Donc tôt ou tard disparition aussi de toute authenticité véritable. Que nous reste-t-il alors à offrir au monde et à l'universel? Où est notre différence? Rappelons-nous que ce pays n'a toujours eu pour seule force que son identité, comme l'ont reconnu tous nos grands visiteurs d'autrefois (de Breton à Malraux, de Maya Deren à Truman Capote). Nous sommes la première génération qui l'aurait oublié. Et c'est impardonnable. Pensez-y.
De la même façon qu'il faudrait avoir le courage d'interdire cette grande affiche représentant un couple de fêtards dont une femme blonde presque nue pour la publicité d'une marque de whisky et qui domine l'avenue principale du Champ de Mars. Haïti comme tout autre pays a le droit d'être représenté par une image qui lui est propre. Et ce n'est ni une blonde. Ni aucune marque de scotch! Haïti en Marche, 3 Février 2008
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