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 HAITI: Plus de Médias et Moins d'Information

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MessageSujet: HAITI: Plus de Médias et Moins d'Information   Mer 20 Fév 2008 - 12:10

PORT-AU-PRINCE, 16 Février - La presse ne saurait être plus libre que sous l'actuel gouvernement. Tout le monde le reconnaît. Aussi bien Reporters sans frontières que l'administration américaine (Ambassade US à Port-au-Prince, USIS ou service d'information du gouvernement des Etats-Unis etc).
Autrement dit, la presse en Haïti n'a aujourd'hui aucun empêchement pour diffuser ou publier toutes les informations, qui comme dit le slogan du New York Times " méritent d'être publiées. "
Pourquoi alors ne le fait-elle pas? Pourquoi certaines informations sont-elles passées sous silence, même quand elles sont de notoriété publique?
Pourquoi lorsqu'un député annonce son intention de provoquer une interpellation du Premier ministre, il fait automatiquement les grands titres, y compris de grandes agences internationales, et sa voix est sur toutes les antennes.
Idem quand Paris Match titre en grandes manchettes: " En Haïti, le peuple mange des galettes de boue. "
Pourquoi la presse haïtienne pratique-t-elle une politique de deux poids et deux mesures?
Pourquoi pratique-t-elle cette auto-censure alors qu'elle avait rarement été aussi libre?
Auto-censure volontaire, comme vous l'aurez compris.
Drôle de façon de pratiquer une liberté si chèrement acquise?Abus à la liberté de la presse...
Car la liberté de la presse n'est pas sans condition, sans contrepartie.
La condition essentielle c'est que cette liberté n'a pas le droit non plus de se limiter elle-même. Ce n'est pas la liberté de communiquer les informations qu'on veut, et de taire par contre toutes celles qui ne vous plaisent pas, à vous ou à vos alliés ou vos amis.
Dès lors il ne s'agit pas de liberté de la presse, mais tout au contraire d'abus à la liberté ou de la liberté de la presse. Même pas abus de liberté car on y perd sa liberté. C'est accepter sciemment de sacrifier sa liberté.
Or cela se fait couramment dans les médias de Port-au-Prince.
On se tait volontairement sur certaines informations, soit pour protéger des proches (le linge sale se lave en famille!). Soit pour des raisons d'accointance politique...
Soit pour ne pas perdre un client.
Soit pire encore...
Ensuite, on est les premiers à réclamer le respect de la liberté de la presse. Qui dit mieux, on s'en fait partout les meilleurs défenseurs. Même que ça rapporte gros quand on sait frapper à la bonne porte. Et ce n'est pas donné à tout le monde.
Une couverture pour des activités politiques...
Une fois la question nous a été posée au cours d'une table ronde sur une radio sœur. Est-ce que toute information est bonne à dire?
Notre réponse: oui. Mais avec des réserves. D'abord le fait rapporté a-t-il vraiment eu lieu? Mais il y a encore plus sérieux: une information qu'on sait susceptible de troubler l'ordre public ou de provoquer des violences ou la panique ne doit pas être publiée sans y mettre quelque ménagement.
Sauf en cas d'insurrection ouverte. Auquel cas la liberté de l'information est davantage une couverture pour masquer sa participation à la lutte politique... ou à la révolution (!). Et à ce niveau, comme tout un chacun, nous parlons d'expérience. Cela fait un demi siècle de tumultes dans notre pays. Nul ne saurait jeter la pierre. A moins d'hypocrisie...
Cependant quand une note circule sur l'Internet rapportant la mort soudaine d'une certaine quantité de poulets du côté de Miragoâne. Et de suggérer évidemment la grippe aviaire...
Vu qu'il s'agit là de quelque chose pouvant avoir des répercussions catastrophiques, on attendra avant d'en faire étalage d'en savoir un peu plus (à ce propos, d'après une dépêche d'Alterpresse, l'Etat dit qu'il s'agit plutôt de la maladie " Newcastle " qui existe depuis longtemps dans la région).
Mais tous n'observent pas la même prudence. Et pas toujours pour les mêmes raisons.
Un tri délibéré de l'information...
Par contre la misère dans le pays a franchi un niveau tel ces derniers mois que même l'information parue dans Paris Match, à savoir que des Haïtiens en seraient réduits à manger de la boue, qu'on ne saurait garder totalement sous silence. En dehors des spéculations plus ou moins intéressées, mais la misère proprement dite est bien réelle et on ne saurait l'ignorer ni arriver à la cacher.
Ces considérations une fois établies, la presse de Port-au-Prince pratique aujourd'hui un tri délibéré de l'information, choisissant arbitrairement ce qui mérite d'être publié et ce qui ne le sera pas.
Que les critères soient politiques, dans un tel cas il ne faudrait point parler de presse mais plutôt d'un quelconque bulletin confessionnel ou corporatif...
Que les critères ou raisons soient clientélistes, la peur d'être tenu à l'écart de gros contrats publicitaires (ou de programmes de bourses ou de voyages offerts par les grandes ambassades), cela est bien dommage quand on se rappelle combien ont donné leur vie ou accepté la prison ou l'exil pour sauvegarder le prestige de cette profession.
Que le critère soit l'argent purement ou simplement, alors on n'a pas de mot.
Le plus choquant, c'est la manière primaire et barbare dont cela se fait. L'information est ignorée complètement, comme si elle n'avait jamais existé. Blackout total. Même lorsque c'est la seule conversation en ville.
C'est l'information elle-même qu'il faut leur interdire...
Mais encore plus choquant c'est le mépris dans lequel sont tenus ces confrères et ces médias que l'on juge, en quelque sorte, si incompétents et si indignes de respect que c'est l'information elle-même qu'il faut leur interdire, et pas seulement le traitement de l'information.
Les responsables de ce nouvel ordre ne veulent prendre aucun risque.
Car de tout temps et sous tous les cieux, l'information est traitée différemment par journalistes et organes de presse. Mais tout le monde sait qu'il existe une marche à suivre. D'abord l'information. Puis, le commentaire. Ce dernier varie suivant des critères qui peuvent être de tous ordres: politiques, idéologiques, commerciaux, corporatistes, socio-culturels, esthétiques ou autres.
Mais l'information en elle-même ne saurait être affectée. Ni déformée. Voire tout bonnement ignorée. Car cette profession n'aurait plus aucun sens à partir du moment qu'on déciderait de vendre l'information au plus offrant!
Hyper-monopolisation de l'espace médiatique...
D'ailleurs seuls des non membres authentiques de la profession peuvent le concevoir ainsi. Autrement dit une bonne partie de ceux qui prétendent l'exercer aujourd'hui ne sont pas de vrais membres de la presse ou ne mériteraient pas d'être considérés comme tels.
D'autant plus que l'on assiste à un processus à marches forcées de concentration des médias en Haïti. Une même entité pouvant posséder plusieurs radios, télés, publications ou sites Internet. Contrairement à d'autres pays, aucune loi ne règle ces méga-fusions. Si jamais il existait une telle loi, elle est ignorée superbement. Et semble-t-il par ceux-là mêmes placés pour la mettre en application.
Quel rapport entre ce mouvement de hyper-monopolisation de l'espace médiatique haïtien et la main mise d'ores et déjà effectuée sur l'information elle-même (et tout cela sous le couvert du respect de la liberté de la presse - en tout cas avec apparemment la bénédiction des mêmes instances chargées de le promouvoir de par le monde)...
L'information prisonnière de la presse. Ou plutôt des médias. Des super médias. Et d'abord de ceux-là qui les détiendront. Ou qui les manipuleront.
Vous me direz ce n'est pas nous qui l'avons inventé. Citizen Kane remonte au début du siècle dernier. Mais la différence est que nous sommes un pays où à peine 2% possèdent tous les moyens économiques.
Et donc bientôt aussi la totalité des moyens de communication. Précisons-le: des MEDIAS. Et comme nous le voyons venir d'ores et déjà, la totalité aussi de l'information elle-même.
Conclusion: une société qui s'amuse à renforcer chaque jour un peu plus les barrières de l'exclusion. En un mot, qui continue à se compliquer sérieusement la tâche. Et pas pour eux seuls mais pour tout le monde. Les uns aussi bien que les autres.
Marcus, 16 Février 2008


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