Qui cherche à ressusciter la violence à Cité Soleil?
Editorial paru sur le site de l'AHP (Agence Haitienne de Presse)
Des soldats des Nations-Unies ont affirmé à plusieurs reprises cettte semaine qu'ils ont été la cible de tirs dans le bidonville de Cité Soleil. Ce qui les a obligés, ont-ils dit, à ouvrir le feu à leur tour, faisant des morts parmi la population civile.
La première question à se poser est la suivante: est-ce que des tirs ont été effectivement dirigés contre les casques bleus, ou ne s'agissait-il que de jets de pierres?
En tout cas, selon les témoignages, ce sont les armes des étrangers qui ont fait les victimes recensées.
Etrangement, ces incidents se produisent au moment où un groupe important d'artistes de renom multiplient des concerts dans différents quartiers de la capitale pour persuader auteurs et commanditaires de la nécessité d'en finir avec la violence et de remettre les armes illégales en leur possession.
Et les incidents éclatent au moment où justement cette campagne commence à produire des résultats tangibles particulièrement dans les quartiers populaires.
Qui ne tient pas à ce que la solution à la violence soit trouvée sans autres effusions de sang.
En effet, parallèlement aux informations ou rumeurs faisant état de tirs contre des casques bleus, des secteurs multiplient des appels pour accuser la MINUSTAH et le gouvernemennt de refuser d'en finir avec les gangs armés.
Ce qui est perçu commme un appel à l'utilisation de la force aveugle pour "pacifier", démobiliser, voire éliminer les ressortisants d'un quartier considéré comme l'un des plus politisés et conscientisés du pays.
Beaucoup relèvent que la plupart du temps, ce sont des innocents qui tombent lors des opérations musclées ou plutôt lors des ripostes de la MINUSTAH. C'était encore le cas la semaine dernière avec la mort d'au moins 4 membres de la population de Cité Soleil dont des enfants.
Et ces nouvelles pertes en vies humaine enregistrés dans des circonstances très confuses surviennent à un peu plus d'un mois des élections locales et municipales fixées au 3 décembre et dont l'enjeu est extrêmement important.
Des gens seraient-ils à la recherche d'un prétexte pour réclamer des opérations de grande envergure contre la population de Cité Soleil, comme ils l'ont exigé sans succès de la MINUSTAH à la veille des présidentielles du 7 février 2006 ou encore pour tenter de pénaliser cette population en réclamant une nouvelle fois du CEP qu'il n'installe pas de bureaux de vote dans la Cité avec tout ce que cela implique pour la participation.
Un certain collectif dit des notables de Cité Soleil a vendu la mèche en réclamant la détruction de ce quartier et la relocalisation de ses habitants.
Un des membres dudit collectif accuse les nouvelles autorités de n'avoir rien fait pour neutraliser ce qu'il appelle les bandits de Cité Soleil.
Qui cherche à ressussciter la violence dans les quartiers populaires pour arriver à leurs fins?
L'histoire présente démontre que les guerres et les opérations brutales n'ont aucune chance de résoudre les problèmes mais provoquent davantage la destruction, le deuil et la souffrance tout en attisant la haine entre les uns et les autres.
Si des secteurs en Haiti pensent que nous pouvons échapper à cette réalité, en prônant la stratégie de l'élimination, tout en refusant d'aller dans le fond du problème, ils nous poussent tous au suicide collectif.
La MINUSTAH dont des membres sont souvent accusés à tort ou à raison de se comporter en touristes ou d'être impliqués dans des actes de délinquance pour justifier leur présence, gagnerait à ne pas tomber dans le panneau.
Déjà beaucoup de gens assimilent à une sorte de provocattion le fait que les casques bleus brésiliens sous prétexte de percer une route se soient mis à démolir les maisonnetes des habitants, sans les dédommager, sans même les avoir prévenus.
En feraient-ils autant dans les favelas de Rio Janeiro et de Sao Paulo où fleurissent la violence et le kidnapiong?
Le gouvernement gagnerait à mener une enquête pour savoir ce qui s'est effectivement passé, identifier et dévoiler les secteurs, quels qu'ils soient, qui chercheraient à ressusciter la violence dans les quartiers populaires dont les habitants ont déjà suffisamment souffert au cours de ces dernières années.