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 Editorial de Sabine Manigat sur l'insecurite

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MessageSujet: Editorial de Sabine Manigat sur l'insecurite   Lun 27 Nov 2006 - 21:56

Insécurité, gangs armés, nous sommes globalisés

Par Sabine Manigat
sabine.manigat@lematinhaiti.com


Au rythme de cent par mois ! Oui, ces déportés qui nous viennent du froid seront désormais « rendus à leurs parents » mensuellement par lots de cent et non plus de vingt à vingt-cinq comme auparavant. C’est ce qu’a clairement signalé le Premier ministre dans une déclaration sur le problème de l’insécurité. M. Alexis a d’ailleurs eu à utiliser à cette occasion l’expression d’ « insécurité grossière » que je ne suis pas certaine d’avoir bien compris, si ce n’est qu’elle fait l’objet de l’action prioritaire des forces responsables d’assurer la sécurité. On ne sait pas bien, par exemple, si c’est le caractère « grossier » d’une certaine insécurité qui la rend plus dommageable, ou si la responsabilité des déportés est pour quelque chose dans le caractère prioritaire et ou « grossier » du phénomène…

En bref, M. Alexis a bredouillé quelques explications sur un ton défensif davantage qu’il n’a exposé clairement des vues sur ce problème qui constitue pourtant désormais une obsession constante, individuelle et nationale. De plus le Premier ministre semble être mal informé sur ce qui se passe réellement et actuellement dans la capitale et dans les provinces lorsqu’il affirme que l’insécurité est circonscrite à Port-au-Prince et « à certains quartiers ». Car il se trouve (et ce n’est qu’un exemple) que par coïncidence la PNH annonçait ce jour- là l’arrestation dans la région de Miragoane de bandits armés en cavale de leurs zones d’opération habituelle de Delmas 65 et Village de Dieu. Et les faits d’insécurité rapportés dans la métropole du Nord ne se comptent plus.

Pour revenir aux déportés, voici un cadeau bien étrange de la part de nos amis du nord. On peut parler de véritable prime à la criminalisation de notre société au moment où, justement, la préoccupation semble être partagée concernant l’un des talons d’Achille les plus sensibles de notre « État fragile », la sécurité. Car la relation entre criminalisation des sociétés et politique de déportation de criminels dans leurs pays d’origine se passe d’exposé. Non loin de nous, en Amérique centrale et plus particulièrement à El Salvador, les gangs armés, les « maras » font la loi et paraissent virtuellement incontrôlables. Joaquim Villalobos, intellectuel et homme politique salvadorien, ex-comandante du front Farabundo Marti de Libération nationale – (FMLN) nous met en garde sans ambages en analysant l’impact de la « Salvatrucha » sur l’État et sur toute la société salvadorienne – y compris la tentation autoritaire qui en découle (voir l’article ci-contre).

S’il était besoin de le réaffirmer, la politique de l’autruche ne nous mènera à rien. En tant que collectivité elle ne sert qu’à nous enfoncer dans un individualisme forcené et sans issue. Les cas de personnes enlevées, torturées et assassinées sont recensés depuis plus de deux ans déjà, dans les milieux socioéconomiques les plus divers. En tant que pays, cette politique contribue essentiellement à nous rapprocher de réalités qui sont relativement peu connues ici en Haïti mais qui n’en demeurent pas moins mondialement identifiées comme des sociétés violentes en butte aux menées mafieuses de cartels puissants : El Salvador mais aussi le Guatemala, la Jamaïque, le Brésil… À ceci près que ces pays disposent de forces de sécurité puissantes dont les effectifs se comptent par centaines de milliers.

Nous y sommes, il faut réagir avec lucidité et avant qu’il ne soit « trop tard » pour nous aussi. Certes, il y a des impondérables : la politique des puissances qui alimentent cette criminalisation en est un et de taille. Des éléments de législation se mêlent à des aspects proprement politiques qu’il faut négocier. On doit aussi compter avec une contamination régionale croissante d’Haïti par les réseaux mafieux qui nous arrivent de l’extérieur déjà bien solides, nous ne les sécrétons pas.

À ce propos si rien n’a filtré d’une récente rencontre entre la direction de la Minustah et celle des forces armées dominicaines on sait qu’une collaboration est en cours de renforcement depuis un certain temps déjà pour contrôler la frontière. On ne connaît pas les capacités et les marges de négociation du gouvernement haïtien sur ces deux plans. Il reste qu’à côté des impondérables, des mesures incontournables sont à considérer comme des priorités absolues.

Le renforcement, mieux la réorganisation complète d’un système pénitentiaire déjà indigent qui devra accueillir, que nous voulions le reconnaître ou pas, un nombre croissant de criminels endurcis. Impossible sinon de mettre fin à ces exercices aussi frustrants que vains d‘arrestations qui ne donnent lieu qu’à des détentions trop souvent éphémères. Tout aussi incontournable, le lancement résolu, en y mettant les moyens et l’audace, d’un véritable programme d’investissements sociaux massifs avec une approche globale qui nous mène beaucoup plus loin que l’apaisement social ou la formation- réinsertion : scolarisation universelle tout bon, logements sociaux, initiatives de solidarité sociale qui devra compter avec la pleine participation de la société civile et des communautés.

Tant qu’il y aura des Natacha à pleurer, la question de l’insécurité sera prioritaire. Il ne s’agit pas de ressasser une actualité dont la répétition se fait navrante, ou d’alimenter la liste des sujets d’alarme et de critique. Non. Il s’agit bien de notre avenir, de notre capacité à le gérer, et je dirais même, à le préserver. Et il faut commencer par le commencement : une action ferme, de longue haleine de la part d’un État doté d’une vision large. Mais cela urge !

lundi 27 novembre 2006
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