RAPPORT PRÉLIMINAIRE DE LA COMMISSION CHARGÉE DE PRÉPARER LES PROPOSITIONS DE LA FUSION POUR L’AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION DE 1987 - Par : Robert Benodin
samedi 17 janvier 2009 par Robert Benodin
RAPPORT PRÉLIMINAIRE DE LA COMMISSION CHARGÉE DE PRÉPARER LES PROPOSITIONS DE LA FUSION POUR L’AMENDEMENT DE LA CONSTITUTION DE 1987 </STRONG>
AVERTISSEMENT
Les analyses, éléments de réponse et propositions contenus dans ce document sont le fruit des réflexions d’un groupe d’experts de la FUSION ayant travaillé sous la direction du conseiller spécial et ancien candidat à la présidence du parti, Serge GILLES. Il est entendu qu’il s’agit là de propositions qui devront être débattues dans toutes les instances du parti et par tous ses membres. La FUSION se réserve le droit de modifier et de compléter à tout moment les positions qui y sont formulées pour tenir compte de l’avis des militants et pour faciliter l’obtention des consensus indispensables, seuls capables de permettre de conduire avec succès le processus d’amendement de la constitution dans le respect des règles qui y sont prévues.
INTRODUCTION
La FUSION croit qu’il n’est pas approprié, ni historiquement souhaitable, de revoir la constitution de fond en comble, ni de changer de régime politique ni de révolutionner les institutions créées depuis 1987 et que nous n’avons pas mis pleinement en marche depuis toutes ces années. Nombreux sont ceux qui déclarent volontiers que les institutions ne sont pas adaptées à notre culture et que nous devons revenir à nos traditions politiques. Mais ils oublient de rappeler que nos traditions dans ce domaine ont été façonnées par une succession de dictatures, de régimes autoritaires, autocratiques et antidémocratiques. Le but des constituants de 1987 était justement de rompre avec cette tradition pour faire entrer notre pays dans la modernité politique. Nous avons essayé tous les systèmes politiques, la royauté, l’empire, les dictatures civiles et militaires et même l’anarcho-populisme. La constitution de 1987 nous permet d’expérimenter la formule qui est utilisée par tous les pays qui réussissent : la démocratie.
Depuis l’adoption de la Constitution de 1987, des voix se sont élevées pour souligner ses faiblesses techniques, pour contester ses orientations politiques, pour remettre en question ses choix institutionnels, pour souhaiter son amendement ou pour proposer tout simplement la convocation d’une nouvelle constituante.
Plus de vingt ans après son adoption, il est peut-être temps d’engager un débat aussi dépassionné que possible pour apporter les correctifs dont l’expérience a démontré la nécessité.
Il est fondamental que nous respections les dispositions constitutionnelles pour arriver à cet indispensable toilettage de notre charte fondamentale.
On a souvent reproché au mécanisme de révision prévu par la constitution, sa lourdeur, sa complexité et sa longueur. Justement nos constituants, en l’instituant, ont été bien inspirés d’avoir pris en compte nos travers et nos traditions politiques et d’avoir prévu un système qui empêche les apprentis dictateurs de modifier la charte fondamentale au gré de leurs humeurs ou de leur agenda politique.
Une constitution n’est pas un loi quelconque que l’on peut changer sur un simple caprice ou par convenance conjoncturelle. C’est un texte fondateur appelé à traverser le temps. Il est le fruit d’un travail mûrement réfléchi et d’un large consensus.
La qualité principale de notre système de révision est qu’il nous oblige à faire un exercice qui nous répugne en général. Si nous voulons toucher à ce texte nous devons malgré nous , nous asseoir ensemble et accepter de débattre pour parvenir à des choix consensuels pris non pas dans l’intérêt d’un groupe ou contre un adversaire mais dans l’intérêt collectif pour garantir une manière harmonieuse de vivre ensemble.
Nous sommes actuellement dans la configuration optimale pour réussir un amendement de la constitution. Compte tenu des échéances électorales et de la procédure en vigueur, nous pouvons parvenir à des amendements applicables en dix sept (17) mois. Ceci suppose que nous prenions le temps de construire de larges consensus autour des questions les plus controversées. Cette démarche est indispensable pour nous assurer que les amendements consensuels votés au cours de la dernière session de la présente législature, seront ratifiés sans changement par les parlementaires de la prochaine législature.
Au cours de la dernière session de juin à septembre 2009, le vote du budget devra intervenir suffisamment tôt pour laisser le temps aux parlementaires de débattre et d’adopter les amendements proposés. Ensuite ils pourront partir tranquillement participer aux joutes électorales avec l’espoir de revenir le deuxième lundi de janvier 2010 siéger dans la 49ème législature qui aura la responsabilité de ratifier les amendements proposés dès sa première session. Les amendements approuvés seront gelés pour un an et rentreront en vigueur le 7 février 2011 après l’investiture du nouveau président qui aura été élu à la fin de l’année 2010. Toute la procédure aura ainsi duré 17 à 18 mois.
Il va de soi que pour profiter de cette fenêtre d’opportunité, il est indispensable, impératif que l’exécutif se décide enfin à mettre le Conseil Électoral Provisoire (CEP) en situation de pouvoir organiser dans les meilleurs délais les élections pour le renouvellement du tiers du sénat. Il est essentiel que les effectifs du sénat soient au complet pour la deuxième session parlementaire de l’année 2009. En effet le lancement de la procédure d’amendement requiert une majorité des deux tiers (2/3) pour le vote de la déclaration d’opportunité des amendements. Cela signifie que si les élections n’ont pas lieu avant l’été 2009 nous risquons de rater une chance d’opérer les ajustements même techniques qui font déjà une quasi unanimité.
Pour la FUSION au moment historique où nous devons procéder à l’amendement de la constitution de 1987, il est clair que nous devons construire de larges consensus pour avoir une chance de conduire le processus efficacement. Nous devons d’abord nous mettre d’accord sur les questions qu’au niveau de la FUSION nous appelons les intangibles, c’est-à-dire les points que nous ne souhaitons pas voir modifier. Nous incluons dans les intangibles :
Tout ce qui tout ce aux droit et libertés et au principe de la séparation des pouvoirs ;
Tout ce qui touche au régime politique et à la démocratie représentative et participative ;
Le rôle et le poids du parlement ;
Le bicaméralisme avec un sénat et une chambre des députés ;
L’impossibilité de dissolution du parlement qui garantit la stabilité des institutions ;
L’exécutif bicéphale avec un président et un premier ministre ;
La limitation de l’accession au poste de président de la république à deux mandats non consécutifs ;
Le principe de la décentralisation ;
L’abolition de la peine de mort.
La procédure d’amendement de la constitution.
La FUSION croit qu’il n’est pas souhaitable de proposer une multitude d’amendements qui risquent de générer beaucoup de divisions et de diminuer les chances de voir les procédures aboutir. Il vaudrait mieux se limiter à quelques questions clés susceptibles d’améliorer et de moderniser le fonctionnement des nos institutions.
Les points qui sont abordés ci-après ne sont pas limitatifs. La FUSION reste ouverte pour discuter de tout autre sujet que d’autres pourraient introduire dans le débat.
Modifications d la Constitution ou nouvelle constitution ?
Pour la FUSION, il ne peut s’agir que d’amendement de la constitution. Nous sommes prêt à discuter de toutes les questions et à construire avec d’autres les consensus nécessaires, mais il est impératif de s’en tenir à la procédure prévue dans les articles 282 et suivants pour modifier le moindre article.
La structure organisationnelle de l’État.
Le système mis en place par la constitution avec un exécutif bicéphale, un parlement bicaméral et un pouvoir judiciaire indépendant convient tout à fait pour construire une démocratie durable. Il suffit d’avoir de vrais démocrates pour le faire fonctionner harmonieusement.
La Répartition des responsabilités au niveau du pouvoir exécutif.
Le fait que le Président de la République soit élu au suffrage universel et que le Premier Ministre soit l’émanation du parlement également élu au suffrage universel, couplé à une tradition présidentialiste ancrée dans nos mœurs politiques pose un problème au niveau de la répartition des responsabilités entre les branches de l’exécutif. Vingt années de pratiques constitutionnelles ont permis de constater la difficulté des responsables politiques à assumer et à mettre en œuvre cette redistribution des rôles voulue par le peuple haïtien. Ce choix fait à un moment historique particulier démontre le désir des haïtiens de rompre avec l’absolutisme et l’autoritarisme de nos présidents successifs.
Il est indispensable que les démocrates d’aujourd’hui trouvent le meilleur moyen de traduire dans les faits cette avancée significative dans la construction démocratique. Il faut que dans l’intérêt de la collectivité nationale, le Président puisse jouer pleinement son rôle tout en laissant le Premier Ministre déterminer et conduire la politique de la nation. Un président qui veut faire passer ses idées dans la politique nationale doit se préoccuper d’avoir une majorité parlementaire qui sera en mesure de lui assurer la mise en place d’un gouvernement avec lequel il a des convergences de vue.
La simplification du mode de désignation du Premier Ministre et de son gouvernement.
A la lumière des expériences récentes, nous proposons la simplification du mode de désignation et de ratification du Premier ministre et de son gouvernement par le parlement. Il serait tellement plus simple de choisir le Premier ministre au sein du parti qui obtient le plus grand nombre de siège au niveau de l’assemblée nationale. Celui-ci disposerait d’un temps limité pour trouver une majorité et constituer son gouvernement. En cas d’échec le président pourrait choisir la personnalité qu’il juge le plus à même de trouver une majorité.
Par ailleurs on pourrait aussi simplifier la procédure de ratification du Premier ministre en la limitant à un seul passage devant l’assemblée nationale au lieu de chacune des chambres. Il en serait de même pour le vote de censure, la décision d’interpeller le gouvernement appartenant à un tiers l’une ou l’autre chambre. Cette procédure rééquilibrerait un peu les pouvoirs entre le législatif et l’exécutif, car elle rendrait moins fantaisistes les interpellations.
Le rôle du pouvoir législatif.
Il est essentiel dans le fonctionnement des institutions démocratiques. Il est cependant nécessaire d’aménager les règles de fonctionnement pour éviter certains dysfonctionnements. Par exemple, il faudrait revoir la manière de constater le quorum pour éviter la tactique d’infirmation du quorum qui permet à quelques individus minoritaires de prendre l’institution parlementaire en otage en empêchant la tenue des séances. On pourrait permettre à des parlementaires absents de donner mandat à un autre membre appartenant au même groupe parlementaire.
Certains font état du déséquilibre existant entre le législatif qui peut renvoyer un gouvernement et l’exécutif qui ne peut pas dissoudre les chambres. Cette mesure répond à un des travers de nos traditions politiques qui consiste pour les présidents de la république à toujours vouloir un parlement à leur dévotion. Ceci nous a valu des longues années de dictature et la tendance au présidentialisme est encore très fort dans l’inconscient national. L’impossibilité pour l’exécutif de dissoudre le parlement est un garde-fou dont nous allons encore avoir besoin pendant encore longtemps. Bien entendu on peut réfléchir à des mécanismes pour limiter davantage les possibilités d’abus de ce droit par les parlementaires.
Partis politiques, pouvoir et opposition.
Dans une démocratie représentative, les partis politiques sont indispensables pour assurer l’intermédiation politique entre les citoyens et les pouvoirs publics. Il faut prévoir un appui financier de l’état tant pour leur fonctionnement que pour l’organisation des campagnes électorales. Le mécanisme devrait viser au renforcement des partis politiques tout en ayant soin de ne pas susciter ni encourager leur prolifération.
Par ailleurs il faudrait prévoir un statut pour l’opposition ou les oppositions.
Système électoral, multiplicité et fréquence des consultations électorales.
Beaucoup de voix se sont élevées pour défendre une approche comptable de la démocratie. L’importance des dépenses occasionnées par la multiplicité et la fréquence des consultations électorales et nos difficultés budgétaires, sont les raisons avancées le plus fréquemment pour justifier une révision dans ce domaine.
Il est possible d’étudier des scénarios pour limiter la fréquence des élections sans pour autant aller jusqu’à vider la démocratie de son sens et priver le peuple de la possibilité de se prononcer régulièrement sur le choix de ses dirigeants. On pourrait par exemple réfléchir à un alignement de la durée du mandat des élus. Une option serait de réduire la durée du mandat présidentiel à quatre ans et d’allonger celui des sénateurs à huit ans avec un renouvellement par moitié tous les quatre ans. Dans l’éventualité d’une interruption du mandat d’un élu on pourrait élire un remplaçant pour terminer le mandat.
Par ailleurs la mise en place d’un Conseil Électoral Permanent éviterait de recommencer à chaque élection à remettre des structures en place, à racheter de nouveaux équipements. On devrait aussi envisager l’utilisation d’une majorité de bénévoles pour tenir les bureaux de vote.
La force publique, la sécurité nationale et la souveraineté.
Tout état digne de ce nom ne saurait compter indéfiniment sur d’autres pour assurer sa sécurité et garantir sa souveraineté. Nous n’aurons jamais une vraie démocratie si nous n’arrivons pas à gérer d’après la loi l’usage légitime de la force.
Il est indispensable qu’au plus vite Haïti retrouve la plénitude de sa souveraineté et le contrôle de l’ensemble de son territoire avec la mise en place d’une armée nationale moderne, respectueuse de la loi et des pouvoirs élus, une armée qui puisse accompagner la démocratie, être présente dans toutes les sections communales et sur nos frontières terrestre et maritime et servir au besoin à certaines tâches de développement.
La question de la décentralisation et des collectivités territoriales.
Il est urgent de mettre en place les institutions de la décentralisation à tous les niveaux pour traduire enfin dans les faits cette attente de la population. Il faudrait que la constitution se limite à poser le principe de la décentralisation et laisse au législateur le soin d’aménager les organes et d’en déterminer le nombre, d’harmoniser les pouvoirs et les compétences et de répartir rationnellement les ressources entre l’état et les collectivités.
La question de la nationalité.
La question semble faire l’unanimité. Il importe d’ouvrir les débats sans passion pour éviter que le sujet ne devienne une pomme de discorde entre les haïtiens de l’intérieur et ceux de la diaspora. Il faut cependant réfléchir à certaines limitations pour l’accession des détenteurs de nationalité multiples à certaines fonctions essentielles ayant un lien direct avec la souveraineté nationale.
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