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 L’école capitaliste en Haïti : les failles de la loi portant régulation des frai

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MessageSujet: L’école capitaliste en Haïti : les failles de la loi portant régulation des frai   L’école capitaliste en Haïti : les failles de la loi portant régulation des frai EmptyLun 6 Avr 2009 - 12:17


L’école capitaliste en Haïti : les failles de la loi portant régulation des frais scolaires

Par Guichard DORE

Le sénat de la République sur proposition du président du Grand Corps a voté la loi portant régulation des frais scolaires. Le texte dans son esprit et dans ses lettres consacre le principe de marchandisation de l’éducation. La loi du Dr. Kély C. Bastien institutionnalise l’école capitaliste en Haïti. «Tous les frais de scolarité sont payés en monnaie nationale. » lit-on dans l’article 1 de cette loi sénatoriale. Le texte du Sénat confirme la rupture de l’unité monétaire du pays et porte atteinte à la souveraineté monétaire de la nation. « Le paiement en monnaie étrangère est autorisé dans les écoles dont l’effectif total d’élèves haïtiens ne dépasse pas 40% » stipule l’article 2 de la loi. Or, il est clairement indiqué dans l’article 6 de la constitution de 1987 que « l’Unité monétaire nationale est la gourde. Elle est divisée en centimes ». Au regard de cet article de la constitution en vigueur, la loi portant régulation des frais scolaires est inconstitutionnelle.

La liberté de circulation et de choix est vigoureusement réduite. « En cas d’admission en classe supérieure, les parents ou à défaut le tuteur sont tenus de signer un contrat les engageant à garder l’élève à l’école pour la prochaine année scolaire». Cette réduction de la liberté de choisir est associée à un versement de 500 gourdes à l’économat de l’établissement soit l’équivalent de 7 jours de travail de l’ouvrier haïtien. La loi régulant les frais scolaires ne rend pas de grands services aux fils d’ouvriers qui constituent le maillon faible du système éducatif haïtien. En consacrant le principe marchant de l’éducation, la loi légalise les inégalités de culture entre les enfants d’une même génération et fait obstruction à la fonction idéologique de l’Etat. Le niveau de stock de capital cognitif incorporé à la personne (enfant) est arbitré et déterminé par le niveau d’accumulation du capital financier des parents. Le faible niveau de capital financier préfigure le faible niveau de capital culturel. Les inégalités de culture justifient les inégalités de représentation. Une reproduction sociale asymétrique dans un environnement culturel inégalitaire assure aux enfants une trajectoire socioprofessionnelle quasi-identique à celle de leurs parents. Tel père tel fils. Bref, la loi du Sénat assure la reproduction sociologique à l’identique des exclus et des inclus!!! La stratification et la mobilité sociale que l’école semble promouvoir dans l’approche libérale est entravée puisque kantité lajan di ki kalité lekol ou ye. La vision républicaine de l’institution scolaire est diminuée avec la loi du Sénat. La république fait-elle obstacle ?

L’article 5 stipule que « L’augmentation des frais scolaires ne peut être envisagée que chaque trois ans. Dans tous les cas, elle ne pourra pas dépasser 15% » soit une progression annualisée de 5%. On observe que cette progression n’est liée à aucun objectif de résultat en termes de performances scolaires. Le Sénat préfère-t-il la rente à la performance ? Où sont les indicateurs composites devant servir de critères objectifs pour réviser à la hausse des frais scolaires ? Un établissement doit-il augmenter ses frais de scolarité annuelle et mensuelle même s’il obtient de piètres résultats aux examens officiels du Ministère de l’éducation nationale? Cette augmentation doit-elle dépasser le quart du taux d’inflation calculé par IHSI ? Dans une logique marchande, le rapport qualité/prix doit être encouragé. Or, le texte du Sénat est muet sur cet aspect. L’école privée est-elle une entreprise commerciale ou une organisation caritative ? Quid du bénéfice ? Pour assurer la qualité de l’offre scolaire, n’est–il pas nécessaire d’instituer un fonds de péréquation scolaire alimenté à hauteur de 25% des bénéfices des institutions prestataire de service marchand de l’éducation ? L’article 8 de la loi prescrit que « Toute école se livrant à des pratiques de vente de tissus d’uniforme doit détenir sa patente de la DGI et se doit de remplir toutes les formalités y relatives notamment le paiement des impôts et taxes. » Dans une logique de spécialisation fonctionnelle et d’encouragement d’entreprenariat et pour lutter contre la concentration, ne devrait-on pas interdire aux établissements de commercialiser les vêtements et tissus d’uniforme ?



Outre sa pauvreté conceptuelle, cette loi du Sénat n’apporte pas de réponse à la fracture sociale productrice de fracture cognitive à travers les territoires. Elle ne dit rien sur le capitalisme confessionnel qui est l’expression visible du capitalisme immatériel dominant dans le secteur scolaire.

Le marché de l’éducation à fort rendement en capital est un marché socialement structuré. Alors est-il déraisonnable de prélever des impôts dans les écoles faisant partie de ce marché éducatif ? Il y a plusieurs marchés éducatifs. Les marchés faiblement appréciés ont une clientèle composée des familles, culturellement en marge de la production capitalistique. Les enfants issus des familles négativement privilégiées rentrent souvent à l’école avec un déficit linguistique prononcé. Le plus souvent, les écoles capitalistes confessionnelles ne les retiennent pas pour longtemps. Ils sont les premiers sacrifiés dans les écoles des surdoués. Alors faut-il taxer l’école capitaliste des surdoués pour compenser les désastres du droit de la sélection ? La loi sénatoriale est un marqueur d’identité. L’éducation est un bien public et nécessite l’intervention de l’Etat ne serait-ce que pour arbitrer les intérêts culturels contradictoires.

La mission civilisatrice de l’école républicaine doit être protégée. L’Etat doit former ses élites. Depuis la signature du Concordat en 1860, l’Etat perd son emprise sur l’école et le pays ne fait que régresser. Des lycées d’excellence pour former une élite républicaine sont des priorités nationales. La loi de Kély Bastien n’a rien dit de substantiel sur la marchandisation du bien public de l’éducation et le désengagement de l’Etat dans un domaine nécessaire pour le maintien de la pérennité du lien social et la fabrication de conscience citoyenne. La chambre des Députés doit apporter des corrections majeures à la loi portant régulation des frais scolaires votée par le Sénat de la République.



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