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 Pour l'histoire

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piporiko
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MessageSujet: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 11:28

Entrevue avec Gérald Large


Par Alexandra Philoctète



Gérald Large est né à Jérémie, Haïti, issu d'anciennes familles de négociants et d'intellectuels du Sud d'Haïti. Il a fait des études au Séminaire St Martial et au Lycée Pétion à Port-au-Prince, et plus tard a étudié en commerce à Atlanta, Georgie et à Rochester, New York, aux États-unis. Gérald Large a été coordonnateur du groupe Jeune Haïti. Aujourd'hui, il vit avec sa famille et est grand-père de nombreux petits-enfants.


1. Nous savons que vous avez vécu un moment historique dans votre vie, c'est-à-dire, en tant que coordonnateur de Jeune Haïti. Pouvez-vous nous relater brièvement comment toute cette histoire a débuté?

GL : Le mouvement Jeune Haïti a pris naissance au début des années '60 à l'époque où le règne des Duvaliers affirmait son emprise sur la nation Haïtienne. Les membres fondateurs étaient pour la plupart des amis d'enfance qui avaient grandi dans le même patelin et dont les familles se connaissaient depuis des générations et qui s'étaient liés d'amitié avec d'autres camarades rencontrés dans les écoles secondaires de Port-au-Prince, principalement le Collège St Martial, St Louis de Gonzague et le Lycée Pétion. Au hasard des circonstances, on s'était retrouvé à New York aux USA où chacun de nous évoluait tant bien que mal, attendant des jours meilleurs pour pouvoir regagner notre patrie. Certains ont profité pour acquérir une formation militaire en s'enrôlant dans les forces armées des USA (Gérald (Géto) Brierre et Louis (Milou) Drouin dans la US Army; Guslé Villedrouin dans la US Air Force; Charlie Forbin dans le Corps des Marines). D'autres se spécialisaient en continuant des études universitaires comme c'était le cas pour Jacques Wadestrandt, étudiant à la Harvard University, l'une des plus prestigieuses des USA. Je venais moi-même de terminer l'année scolaire à Morehouse College à Atlanta.

Ce groupe, à l'origine, ne comptait parmi eux aucune personnalité politique, aucun individu ayant joué un rôle quelconque à portée ou dessein politique et ces jeunes n'aspiraient qu'à une chose, pouvoir rentrer dans leur « Haïti Chérie » où jusqu'à l'arrivée de François Duvalier, on pouvait vivre heureux et en paix. Les nouvelles qui nous arrivaient du pays nous décrivaient une situation épouvantable, un pays où la population de toute l'île était terrorisée par les sbires d'un tyran comme on n'en avait jamais connu, enfin une patrie agonisante, nos principes traditionnels foulés au pied, le non respect de la personne humaine et toute la série d'horreurs qu'a connu notre pays.

Face à ce drame qui rendait notre pays exsangue et nu, ces jeunes décidèrent de fonder un mouvement à qui ils donnèrent le nom de « Jeune Haïti » et par là créer une base qui pourrait contribuer éventuellement au renversement de ce régime atroce. Peu de temps après la formation du mouvement, on accueillait parmi nous Gérard Bissainthe, qui nous arrivait d'Haïti et pour bien étoffer notre organisation, on l'avait placé à notre tête. Il était bien connu de certains membres, avait milité en Haïti et on avait beaucoup à profiter de son expérience.

2. Quel était l'objectif du groupe ?

GL : Jeune Haïti a évolué en deux phases distincts. Tout au début, nous avons publié notre journal avec nos propres fonds et nos activités consistaient surtout à faire connaître les buts et objectifs du mouvement qui consistaient à combattre la dictature de Duvalier et créer une ambiance psychologique pouvant faciliter le renversement de ce régime odieux. A travers nos manifestations, on arrivait à recruter de plus en plus de membres et grâce aux cotisations, nous devenions de plus en plus sophistiqués en multipliant nos publications, établissant des contacts réguliers avec les sympathisants résidents en Haïti. Nous étions bien introduis dans la diaspora et l'influence de Jeune Haïti se faisait ressortir au-delà des frontières où agissait le noyau des membres actifs.
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MessageSujet: Re: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 11:29

Tout cela était bien beau. Petit à petit, il fallait bien se rendre à l'évidence que Duvalier consolidait son emprise sur Haïti non seulement en se servant de l'armée régulière complètement soumise à ses caprices mais surtout de la milice composée de criminels, bandits de toutes sortes, connue sous le nom de « tontons macoutes ». Tout individu qui osait manifester ouvertement une opposition quelconque aux agissements du régime était ou enfermé dans les cachots du « Fort Dimanche » ou simplement disparaissait sans laisser de trace.


Comment mettre fin à cet état de choses? Nous étions arrivés à la conclusion que seule l'option militaire avait des chances de succès et, déterminés à libérer notre patrie, nous prenions peu à peu des dispositions pour constituer un groupe para militaire dans le but éventuellement d'entreprendre une action en territoire Haïtien.


A cette phase, nous étions convaincus qu'il était nécessaire pour nous d'élargir nos rangs, de faire appel à nos aînés eux-mêmes en exil. C'est ainsi que nous avons été amené à collaborer étroitement avec l'ancien président Paul Magloire, L'Ambassadeur Luc Fouche, Le général Boucicaut ancien Chef d'État Major et surtout le Colonel Pierre Armand qui était devenu l'un de nos membres les plus importants en tant que conseiller militaire.


3. S'agissait-il strictement de renverser Papa Doc. et de mettre un autre régime en place?

GL : Le renversement de Papa Doc était la « condition sine qua non » pour libérer le pays. Notre mouvement comme je l'ai dit plus haut collaborait avec l'opposition et plusieurs de leurs membres travaillaient étroitement avec nous; j'en ai déjà cité et je voudrais ajouter ici l'apport de Raymond Joseph et de son groupe de Chicago. Après plusieurs réunions nous avions pris des dispositions pour constituer un régime intérimaire avec les membres qui travaillaient avec nous.


Le groupe avait-il un credo idéologique, si oui quel était-il ?


GL : On nous collait toutes sortes d'étiquettes idéologiques; d'une part, les médias américains nous qualifiaient de « mouvement de gauche » et en même temps, à cause de l'aide que nous recevions de l'administration Kennedy à travers la CIA et notre collaboration avec les personnalités tels que l'agronome Jean Elie( considéré capitaliste dans le contexte haïtien), l'ex-président Magloire, Luc Fouché et bien d'autres, nous étions de l'extrême droite. La vérité est qu'à chaque fois que se présentait l'occasion, on soulignait le fait que l'on se considérait « non communiste » mais non pas « anti-communiste » et voulions être clair qu'il n'était pas question pour nous de nous mettre au service du grand voisin comme bon nombre de dictateurs de la région qui se disaient être anti-communistes pour recevoir la bénédiction de Washington. Ce n'était pas du tout notre vocation et nous aurions bien d'autres priorités à respecter pour sortir Haïti dans le marasme où pataugeait le pays.


Jeune Haïti n'avait pas un programme politique particulier et n'avait épousé aucune des idéologies de l'époque.


Les membres du mouvement Jeune Haïti étaient sensibilisés par tout ce qui incarne la libération sociale et humaine du pays, la protection et la sécurité de toutes les familles haïtiennes dans la démocratie véritable, la recherche de l'intérêt globale du peuple haïtien. Et parmi ces objectifs pour la réalisation desquels ils étaient prêts à collaborer et à lutter de toutes leurs forces, les droits basiques de l'individu d'avoir de quoi manger, se vêtir; d'avoir un foyer, de pouvoir se soigner, recevoir une éducation. Parler de ces droits élémentaires déjà à cette époque amène à constater et à dénoncer vigoureusement la situation injuste et abominable faite à des millions d'Haïtiens en ce début du 2ième siècle, situation que ne fait que s'empirer.
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MessageSujet: Re: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 11:30

. Diriez-vous que le groupe était influencé par les mouvements de libération de l'époque ?

GL : Tout cela se passait au lendemain de la victoire écrasante de Fidel Castro en renversant la dictature de Batista. Certes c'était là un bel exemple pour justifier une action de guérilla. Avec le recul du temps, il est évident que les conditions n'étaient pas les mêmes; néanmoins, les treize se sont inspirés de cette victoire pour leur entreprise.


5. Le groupe était-il appuyé par un gouvernement quelconque ?

GL : L'Administration Kennedy condamnait ouvertement le régime Duvaliériste et cherchait le moyen de le renverser. Voulant se servir d'une opposition viable, le Département d'État facilita des contacts entre leurs services de renseignement et le groupement Jeune Haïti (élargit des politiciens qui nous entouraient) pour une action éventuelle. Il ne s'agissait pas seulement de la CIA qui avait son rôle mais aussi l'Armée car nous avions bien reçu un entraînement militaire spécialisé dans les tactiques de la guérilla.


6. Avaient-ils des alliés du côté américain. J'entends par là du côté du Gouvernement américain ou plus précisément de la CIA?

GL : Ce sujet a été traité dans la question précédente.


7. Avaient-ils des soutiens en Haïti, plus particulièrement du côté de la paysannerie ?

GL : Aucun soutien, aucun contact, à ma connaissance. D'ailleurs le secret dont ils s'étaient entourés pour élaborer cette entreprise depuis New York et pouvoir faire cette traversée en mer sans avoir été interceptés éliminait l'existence de contacts sur place, ce qui pourrait dévoiler leurs plans.


8. Quel a été votre rôle exact dans ce mouvement?

GL : En ma qualité d'Agent Coordinateur, j'assurais la liaison entre le groupe et les divers contacts nécessaires entre différentes agences pour coordonner les questions d'entraînement, interviewer les candidats, arranger leurs voyages, ce que l'on appelle de nos jours "human resources".


9. Qui finançait le mouvement ?

GL : A partir du moment où nous recevions l'aide américaine, cela impliquait d'emblée une aide financière car nous n'aurions pas pu réunir les fonds nécessaires pour entreprendre des voyages, déplacer des groupes d'individus arrivant d'endroits différents et les acheminer vers des camps d'entraînement alors que certains laissaient derrière leurs familles. Nos cotisations personnelles et celles de supporteurs dans la diaspora nous permettaient de publier notre journal et le diffuser.


10. À votre avis, ces jeunes, malgré leur courage, avaient-ils vraiment ce qu'il fallait pour affronter le régime brutal et sanguinaire de Papa Doc.?

GL : Ils n'étaient pas certainement suffisamment armés pour faire face et à l'armée et à la milice dont disposait Duvalier. Ils comptaient sans doute sur un apport intérieur, en homme et munitions, ce qui n'a pas été le cas car ils ont bien résisté trois mois avant que le dernier tombe, ce qui était largement suffisant pour donner à d'autres l'opportunité de les rejoindre et renforcer leurs rangs. Toute guérilla doit pouvoir compter sur un apport de l'intérieur mais c'était une erreur de croire, compte tenu de l'emprise qu'avait Duvalier sur le peuple, que des gens ne disposant pas d'armes et ne s'attendant pas à cette invasion allaient pouvoir organiser une résistance pour leur venir en aide. Toutes les tentatives de groupes armées contre le régime de Duvalier ont eu lieu à partir de l'extérieur dans le but d'établir un pont en territoire haïtien. Plusieurs tentatives d'invasion sont parties de la frontière dominicaine. Hélas elles ont toutes échoué et leurs membres ont connu le même sort.


J'aimerais d'ailleurs ouvrir une parenthèse pour saluer la mémoire de tant d'autres qui avaient entrepris des actions tout aussi héroïques, mais dont on parle peu. Je pense à mes amis d'enfance, Jean Claude et Adrien Sansaricq et toutes leurs familles. Je cite d'autres que je ne connais que de nom mais dont l'action a fait montre de courage et d'abnégation; parmi ceux-là, j'évoque les Gérald Brisson, Alphone Bazile, Eric Fevrier, Alix Lamothe et j'en passe. Pour une raison quelconque, l'épopée de Jeune Haïti semble fasciner davantage que les autres; l'histoire serait injuste de ne faire allusion qu'à celle-là.
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MessageSujet: Re: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 11:31

Nous savons tous que cette épopée s'est terminée de façon plutôt dramatique, croyez-vous que cela aurait pu se terminer autrement?


GL : On peut s'imaginer toutes sortes de scénarios qui ne pourraient relever que d'un miracle. Après des mois à parcourir les mornes Macaya, j'aurais souhaité que nos bienfaiteurs eussent entrepris une tentative de sauvetage s'ils arrivaient à les localiser. J'ai de bonnes raisons de croire que cette tentative a eu lieu car un officier des Gardes Cotes haïtiennes se trouvant à bord d'une unité des GC dépêchée pour surveiller la côte a pu bien constater la présence d'une vedette de la US Navy faisant le va et vient en examinant le littoral où pouvait se trouver le groupe. De toute façon, c'était déjà trop tard car certains avaient péris entre temps. Quand à l'action militaire en elle-même et compte tenu des ressources dont disposaient les combattants, je ne vois pas comment elle aurait pu aboutir à un succès.


11. Après leur mort, bon nombre de rumeurs ont circulé à leur sujet. Est-ce qu'il s'agit là de légendes urbaines ou est-ce que certaines rumeurs étaient fondées?

GL : C'est le sort de ceux-là qui subissent un échec. On a eu tendance à se moquer d'eux, les faisant passer pour des aventuriers, des écervelés et des farceurs.


Pourtant je crois que leur sacrifice a servi à galvaniser ceux-là qui refusent l'abdication et le renoncement servile dans le déshonneur. C'est par ses héros victimes qu'une cause triomphe. C'est leur noble sacrifice qui soude et bande les énergies des autres, qui recrute à ceux-ci les purs dévouements et qui arrache leurs masques aux oppresseurs.


12. Je sais qu'à l'époque, certaines de ces rumeurs vous visaient plus particulièrement, qu'en dites-vous?

GL : J'étais bien placé pour servir de bouc émissaire. A partir du moment où j'étais accusé d'être la cause de leur échec, tous ceux-là qui les encourageaient, les aidaient en leur procurant les moyens pour arriver jusqu'en Haïti se lavaient les mains et n'avaient pas d'explications à donner. Je n'ai été informé de leur entreprise que lorsqu'ils ont débarqué en terre haïtienne. Ils savaient que j'étais contre l'invasion une fois que nous fumes avertis que la nouvelle administration (celle de Johnson) ne soutenait plus l'action militaire, je m'opposais à toute action armée. Mes camarades ont prit soin de me cacher leurs préparatifs et m'ont fait parvenir des lettres pour expliquer leurs agissements, lettres que le messager avait pour consigne de me remettre seulement quand la nouvelle de leur invasion devenait officielle.


13. Pourquoi avez-vous laissé circuler ces rumeurs à votre sujet sans vraiment vous défendre ?

GL : Je vous fait remarquer qu'à chaque fois que l'occasion se présentait, je me défendais en apportant des preuves irréfutables. Cependant, mes détracteurs ne me regardaient pas en face pour m'accuser et ce n'est que par des rumeurs (le telediol) qui me parvenaient, sans en connaître les origines que j'étais informé de ce que l'on disait de moi. Savoir à qui adresser ma défense était impossible. Mais au cours de mes interviews, je n'ai jamais hésité d'aborder ce sujet, comme je le fais avec vous aujourd'hui. Une fois un article avait paru à mon sujet dans une revue en Haïti et en vertu de mon droit de réponse, ma réplique ne s'était pas fait attendre et a été publiée in extenso dans la dite revue.





14. Plus récemment, l'ex- sénateur de la Grande Anse, Bernard Sanssarique, vous a accusé formellement, d'être responsable de la défaite de Jeune Haïti, qu'en dites-vous?

GL : Cet individu essayait par tous les moyens de se faire connaître sur la scène de l'histoire et cherchait à illustrer une nouvelle méthode lui permettant de créer du sensationnel, d'amuser la galerie et de se faire à mes dépens, une stupide publicité, annonçant ainsi ses couleurs pour une éventuelle aventure politique. C'était aussi sans doute pour lui un moyen d'éviter d'avoir à répondre aux accusations contre sa personne, au sujet de certains évènements dont vous n'étés pas sans connaître les grandes lignes. On a beaucoup écrit sur les aventures de cet énergumène. Pour vous en brosser un tableau, je vous reproduis quelques lignes d'un article paru dans Haïti en Marche dont le contenu résume bien à quelle crapule j'avais affaire.


« Sansaricq menait à intervalles quasiment cycliques des « invasions » contre la dictature de Duvalier…c'est devenue une vérité de La Palisse de rappeler que le « général Sasaricq » à chaque occasion laissait derrière lui morts, prisonniers et éclopés mais que lui-même n'a pas une seule fois risqué personnellement sa peau face à l'armée macoute. Ou l'avion du « commandant en chef » avait survolé le pays de très haut, pendant que la piétaille se faisait charcuter sur l'aéroport du Cap-haïtien, ou l'hydravion qui devait le transporter à La Tortue avait une panne de pneu, ou son « destroyer » croisait au large pendant que ses hommes faits prisonniers se faisaient hacher menu par les macoutes de Port de Paix. » Voilà en résumé les mésaventures du bonhomme et il y aurait encore une longue liste à énumérer.


15. Avez-vous l'intention un jour de publier la lettre que Géto Brière, membre de Jeune Haïti vous a laissé avant de partir pour Haïti?

GL : Il ne s'agit pas seulement d'une lettre de Géto Brierre. J'ai reçu trois lettres manuscrites, l'une de Géto, une autre de Guslé Villedrouin et une autre de Jacques Wadestrandt. La lettre de Géto particulièrement tenait à m'expliquer pourquoi j'avais été tenu dans l'ignorance de ce qui se préparait. Un des principes d'actions confidentielles était de tenir informés seulement ceux-là qui participaient « The need to know ». Ces lettres accompagnaient un dossier abondant. J'ai bien l'intention de publier cette documentation en fac-simile et j'attends le moment opportun pour le faire. J'ai déjà eu l'occasion de communiquer ce courrier à des amis et d'autres individus qui s'intéressent à la question.


16. Est-ce que d'autres avaient intérêt à laisser peser ces soupons sur vous pour se protéger ?

GL : Oui. Particulièrement ceux-là qui leur avaient procuré les moyens de transport avec équipage et le peu d'armes qu'ils pouvaient emporter avec eux; ceux-là aussi qui étaient sollicités pour faire parti du groupe et qui avaient reçu l'entraînement militaire dans ce but. Il y a aussi les groupuscules qui prétendaient avoir avec eux une armée entraînée (mais sans jamais rien prouver) et qui enviaient le sort de Jeune Haïti avec des contacts à haut niveau.


17. Comment avez-vous vécu ces quarante dernières années avec ces soupçons qui pesaient sur vous?

GL : Inutile de vous dire que j'ai beaucoup souffert d'entendre ces calomnies dirigées contre ma personne. Beaucoup des victimes étaient pour moi comme des frères avec lesquels j'ai partagé des joies et des peines au cours des années. Non seulement je souffrais de les perdre mais encore j'étais accusé de les avoir trahi. La consolation que j'ai éprouvé c'est de voir que mon plus ardent détracteur s'est révélé être l'un des traîtres les plus odieux que notre histoire a jamais connus. Vous en avez parlé vous-même dans la question qui précède.


18. Diriez-vous que vous avez été victime d'injustice ou de calomnie basées strictement sur de fausses rumeurs ?

GL : N'est-ce pas bien évident, alors que je fais état de ce qui précède?


19. Aujourd'hui, vous voilà à l'automne de votre vie, ne serait-il pas temps de dire au grand jour ce qui s'est réellement passé. Sinon, est-ce que vous craignez pour votre vie?

GL : Je viens de vous dire que je compte publier les lettres citées plus haut. Il demeure entendu que j'en profiterai pour faire une relation plus détaillée des évènements.


Je vous réitère que au cours des interviews que j'ai accordées, tout a été déjà dit. L'ouvrage de Leslie Péan en dit long. L'auteur a même eu l'autorisation de consulter des documents du Département d'État à Washington et a reproduit pas mal d'informations tirées de cette documentation.


Je sais que c'est la première fois que vous accordez une entrevue à quelqu'un à ce sujet et je m'en trouve honorée. Merci infiniment de m'avoir donné l'opportunité d'écrire une partie de votre histoire.

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MessageSujet: Re: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 14:22

Citation :
L'ouvrage de Leslie Péan en dit long. L'auteur a même eu l'autorisation de consulter des documents du Département d'État à Washington et a reproduit pas mal d'informations tirées de cette documentation.

Quel est le titre de l’ouvrage ?

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MessageSujet: Re: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 18:26

J'aimerais qu'un politologue haitien nous explique la cause de l'indifference du peuple à l'egard de ces jeunes gens qui meritent qu'une statue soit dediée en leur memoire à Dame Marie ou à Jeremie.

est-ce à cause de leur origine sociale qu'ils ont echoué?Pourquoi Fidel a reussi à Cuba et ces vaillants guerriers ont echoué en haiti?Je me demande si le peuple cubain haissait Batista autant que le peuple haitien voulait renverser Francois Duvalier.Pourtant toutes les tantatives pour deboulonner Duvalier ont echoué en haiti.Le peuple haitien est il devenu amorphe?Quand on constate la misère de ce peuple on se demande pourquoi les haitiens ne se revoltent pas contre leurs oppresseurs.Pourquoi cette misère infrahumaine persiste toujours en haiti?Ne sommes nous pas devenus insensibles aux souffrances.?

Je ne peux pas repondre à ces questions,mais je me demande si les haitiens contemporains auraient eu le courage de lutter pour l'independance de leur pays.A-t-on finalement zombifié notre peuple par la religion?
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MessageSujet: Re: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 21:35

Citation :
GL : L'Administration Kennedy condamnait ouvertement le régime Duvaliériste et cherchait le moyen de le renverser. Voulant se servir d'une opposition viable, le Département d'État facilita des contacts entre leurs services de renseignement et le groupement Jeune Haïti (élargit des politiciens qui nous entouraient) pour une action éventuelle. Il ne s'agissait pas seulement de la CIA qui avait son rôle mais aussi l'Armée car nous avions bien reçu un entraînement militaire spécialisé dans les tactiques de la guérilla parmi nous Gérard Bissainthe, qui nous arrivait d'Haïti et pour bien étoffer notre organisation, on l'avait placé à notre tête. Je voudrais ajouter ici l'apport de Raymond Joseph et de son groupe de Chicago. Après plusieurs réunions nous avions pris des dispositions pour constituer un régime intérimaire avec les membres qui travaillaient avec nous.

Raymond Joseph, probablement l’actuel ambassadeur a Washington, Gerard Bissainthe ancien membre du gouvernement sont actuellement en vie. Quelles ont été leur relations avec la CIA ? Gardent-ils toujours cette même relation ? Zanmi toujou rete zanmi!
Citation :
Rod a dit : Quand on constate la misère de ce peuple on se demande pourquoi les haitiens ne se révoltent pas contre leurs oppresseurs.

Pep la pa konn lot bagay ke mize, yo fet nan mize e yo abitye viv nan mize e yo finn pa rezinyen e adapte yo ak mize.Se yon culture de povrete mon fre.
Se le ke nou antre nan peyi blan ke nou vinn realize nan ki mize ke nou tap viv.
Citation :
Est-ce à cause de leur origine sociale qu'ils ont échoué? Pourquoi Fidel a reussi à Cuba et ces vaillants guerriers ont échoué en haiti?Je me demande si le peuple cubain haïssait Batista autant que le peuple haitien voulait renverser Francois Duvalier. Pourtant toutes les tentatives pour déboulonner Duvalier ont échoué en Haïti

Castro faisait partie de la classe bourgeoise cubaine.
Il n’avait pas réussi du premier coup. On l’avait capturé et mis en prison.
Il a réussi la deuxième fois parce qu’il avait pris son temps et utilise la radio pour endoctriner le peuple qui avait déjà marre de Batista.
On devrait comparer ces jeunes aux cubains de Miami qui attendaient l’aide de Kennedy et de la CIA durant l’évasion de la baie des cochons. Mesye sa yo pot ko kite New York ke pawol la te gaye nan tout larie Brooklyn ak Queen yo te deja monte yon gouvenman interimer. Fok yo pat vand po l'ous la avan ke yo touye'l. Pep la pov dyab yo patapkab fe anyen paske Duvalier te masakre yo e koupe tet peyizan ki tap al achte manje pou 13 jenn yo.
Citation :
Rod a dit :J'aimerais qu'un politologue haïtien nous explique la cause de l'indifférence du peuple à l'égard de ces jeunes gens qui méritent qu'une statue soit dédiée en leur mémoire à Dame Marie ou à Jérémie.

A la neg renmen stati papa.
Avan sete stati pou Mbeki ki tap pote zamm fand fwa pou touye ayisyen.

Konnyen la se stati pou ti mesye sa yo kite san ideoloji e ki te koze plis mal ke byen ki la koz Duvalier vinn pi anraje toujou e touye anpil fanmi inosan nan peyi d’Ayiti.
Peyi d’Ayiti tap chaje ak stati si se poussa.
Rod w te met al mete stati pa w sou plas ville au Cap pou pigeon vinn layite bezwen yo sou tet w lol.

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MessageSujet: Re: Pour l'histoire   Jeu 9 Avr 2009 - 22:26

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mwen renmen moun ki sakrifye tet yo pou banm yon ale mye.Youn nan bagay ki te banm anpil fyerte lè mwen te ti moun se te moniman vertyè ke Paul magloire te bati pou zanset nou yo.Se pa ti mesye sa yo ki tè fè Duvalier vinn plis mechan se neg ki te anvayi kasern Dessalines an juillet 58 yo.

mwen pa wè poukisa nou ka genyen yon Avenue Haile Selassye ak Avenue John Brown nou pa ka genyen yon Avenue ou bye yon statu MBeki ki asepte resevwa yon ayisyen an detress lakay li sou frè gouvenman peyi li.Mwen se moun ki chanje chemiz pou moun ki swe pou mwen.

Ti mesye jeune haiti sa yo merite otan de glwa ke moun ki te mouri pou retire nou nan lesklavaj paske yo te ka fè tankou ni mwen ni wou ak anpil nan nou ki rete ap jwi la vi yo san yo pa sousye yo de peyi e pep ki tap soufri ya.Mwen respekte e admire kouraj e patriotism yo se pousa mwen di si te genyen yon gouvènman ki apresye sakrifis suprem ki yo fè ya menm si ou pa dakor ak yo jan yo te debake yo te dwe rann yo youn omaj ke yo merite.
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