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 Cuba et les contradictions de Barack Obama

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MessageSujet: Cuba et les contradictions de Barack Obama   Ven 22 Mai 2009 - 12:54

Cuba et les contradictions de Barack Obama


par Salim Lamrani

Mondialisation.ca, Le 18 mai 2009






Le 13 avril 2009, à la veille du Vème Sommet
des Amériques à Trinité-et-Tobago, Barack Obama avait assoupli les
sanctions économiques contre Cuba en levant les restrictions affectant
les Cubains vivant aux Etats-Unis. Désormais, ces derniers peuvent se
rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent
(contre 14 jours tous les trois ans auparavant), et effectuer des
transferts de fonds illimités à leurs familles (contre 100 dollars par
mois auparavant)1.





Le
Sommet, auquel La Havane n’a pas participé ne faisant plus partie de
l’Organisation des Etats Américains (OEA) depuis son expulsion en 1962,
a été dominé par le thème Cuba. Lors du discours inaugural, la
présidente argentine Cristina Kirchner a exhorté Washington à éliminer
l’état de siège imposé au peuple cubain depuis août 1960. Les 32 autres
mandataires des nations latino-américaines et caribéennes ont également
lancé un appel à la Maison-Blanche lui demandant de mettre un terme à
une situation anachronique et cruelle qui affecte les catégories les
plus vulnérables de la population2.



Le président Obama a fait part de sa volonté de chercher « une nouvelle approche avec Cuba3 ». « Je crois que nous pouvons mener les relations entre les Etats-Unis et Cuba vers une nouvelle direction », a-t-il souligné. « Je suis ici pour ouvrir un nouveau chapitre de rapprochement qui se poursuivra durant mon mandat », a-t-il conclu. De son côté, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a reconnu que la politique cubaine des Etats-Unis « avait échoué4 ».



Cependant,
dès la fin du Sommet des Amériques, la Maison-Blanche a changé de ton.
Le 19 avril 2009, David Axelrod, conseiller politique du président, a
noté que son gouvernement ne lèverait pas les sanctions économiques
immédiatement. « Nous en sommes encore loin », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision CBS5.
Clinton, quant à elle, a fait une déclaration peu amène et peu
diplomatique au sujet du gouvernement de La Havane en soulignant qu’il
s’agissait d’un « régime touchant à sa fin », laissant ainsi paraître de sérieux doutes quant à sa volonté de résoudre les différends entre les deux nations6.



Par
la suite, le président Obama a imposé à Cuba comme condition préalable
à un dialogue bilatéral qu’elle effectue des changements dans sa
politique interne avec notamment une réduction des taxes concernant les
flux financiers, sachant pertinemment que le gouvernement de Raúl
Castro n’accepterait aucune ingérence dans les affaires internes de son
pays. En effet, c’est comme si La Havane exigeait de Washington
l’établissement d’un système de sécurité sociale universelle aux
Etats-Unis avant d’entamer toute discussion7.



De son côté, Raúl Castro a réitéré sa disposition à dialoguer avec Washington sur n’importe quel sujet « y compris les droits de l’homme, les prisonniers politiques et la liberté de la presse », à condition que cela se fasse sur une base d’égalité, de réciprocité et de non-ingérence8. Il a également rappelé que la balle était dans le camp d’Obama : « Cuba
n’a imposé aucune sanction contre les Etats-Unis ni contre ses
citoyens. Ce n’est pas Cuba qui empêche les entreprises de ce pays de
faire du commerce avec le nôtre, ce n’est pas Cuba qui poursuit les
transactions financières réalisées par les banques nord-américaines, ce
n’est pas Cuba qui dispose d’une base militaire sur le territoire des
Etats-Unis contre la volonté de son peuple. Ce n’est donc pas à Cuba
d’effectuer des gestes. Il n’y a pas de prétexte politique ou moral
pour justifier la continuité de cette politique
9 ».



Les appels en faveur d’un allègement des sanctions contre Cuba se multiplient aux Etats-Unis. Le prestigieux Lexington Institute a publié un rapport de 50 pages en ce sens sous le titre Options pour un engagement : un guide de ressources pour réformer la politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba (Options for engagement: A resource guide for reforming U.S. policy toward Cuba).
Le centre d’études politiques a recommandé à l’administration Obama de
retirer les conditions imposées à Cuba comme préalable à tout dialogue.
En effet, La Havane n’est pas sensible au langage de l’intimidation et
n’accepte aucune ombre à sa souveraineté10.




La
représentante démocrate Kathy Castor du district de Tampa en Floride a
également demandé au gouvernement d’élargir le nombre d’aéroports
autorisés pour les voyages à Cuba, pour faire face au nombre croissant
de demandes qui entraîne de sérieux problèmes de logistique.
Actuellement seuls les aéroports de Miami, New York et Los Angeles
disposent du permis pour réaliser des vols vers Cuba11.




Enfin,
la puissante Chambre du Commerce des Etats a lancé une initiative en
faveur de la levée des restrictions commerciales avec le soutien de
plusieurs membres du Congrès. « Le bon sens populaire veut
que l’on change une politique qui n’a pas fonctionné. Nous avons essayé
pendant 50 ans sans résultats. Il est temps de trouver autre chose »
, a déclaré Thomas J. Donohue, président de l’organisation regroupant près de 3 millions d’entreprises étasuniennes. « Nous
sommes en train de perdre de grandes opportunités commerciales dans un
marché qui se trouvent à 90 miles [140 km] de nos côtes. D’autres pays
comme la Chine sont en train d’en profiter, il n’est pas encore trop
tard pour commencer à les récupérer »
, a-t-il ajouté12.



Mais
au lieu d’effectuer un pas dans ce sens, Obama est allé dans la
direction opposée. En effet, en mai 2009 le Département du trésor a
infligé une amende de 110 000 dollars à l’entreprise pétrolière Varel
Holdings pour avoir exporté des technologies à Cuba. Pourtant, les
transactions ont eu lieu entre juin 2005 et juin 2006, c’est-à-dire
sous l’administration Bush, par le biais d’une filiale basée à
l’étranger. Une fois de plus, le caractère extraterritorial des
sanctions économiques apparaît au grand jour. Ainsi, loin d’entendre
les appels en faveur d’une politique plus rationnelle, Obama a préféré
suivre les pas de son prédécesseur13.



Une
autre décision prise par le Département d’Etat illustre le manque de
crédibilité des Etats-Unis dans leur volonté de normaliser les
relations avec l’île des Caraïbes. Le 30 avril 2009, Washington a de
nouveau inclus – sans raison valable – Cuba dans la liste des pays
promoteurs du terrorisme, provocant une forte réaction du côté de La
Havane qui a accusé les Etats-Unis d’être un « délinquant international », en référence aux agressions commises en Afghanistan et en Irak. Par ailleurs, les Etats-Unis « ont historiquement de lourds antécédents d’actions de terrorisme d’Etat et pas seulement contre Cuba », a déclaré Bruno Rodríguez Parrilla, ministre cubain des Affaires étrangères. « Jamais
le territoire cubain n’a été utilisé pour financier ou exécuter des
actes terroristes contre les Etats-Unis. Le Département d’Etat qui
publie ces rapports ne pourrait pas en dire autant »
, a-t-il ajouté
en référence aux plus de 5 780 attentats terroristes commis contre Cuba
qui ont coûté la vie à 3 478 personnes depuis 195914.



Ricardo
Alarcón, président de l’Assemblée nationale cubaine, a également
fustigé la double morale étasunienne en matière de lutte contre le
terrorisme, en se référant à Luis Posada Carriles, criminel
international responsable de plus d’une centaine d’assassinats, réfugié
à Miami et que Washington refuse de juger ou d’extrader :



« Pourquoi
Washington refuse de répondre à la requête formelle pour l’extradition
de Luis Posada Carriles au Venezuela ? Elle a été reçue il y a plus de
quatre ans et est restée sans réponse.


Les
conventions internationales contre le terrorisme sont très claires et
ne laissent aucune alternative aux Etats-Unis. Posada doit être extradé
afin d’être jugé pour avoir fait exploser un avion civil en vol ou
alors les Etats-Unis se trouvent dans l’obligation de le mettre en
examen pour le même crime « sans aucune exception possible ». Il faut
extrader ou juger immédiatement Posada sinon les Etats-Unis
continueront d’être en violation de l’article 7 de la Convention de
Montréal sur la protection de l’aviation civile et de tous les autres
instruments légaux contre le terrorisme international, ainsi qu’avec la
résolution 1373 de septembre 2001 du Conseil de sécurité des Nations unies15 ».




Le
président Obama est en train de revenir sur les promesses faites à
l’opinion internationale. Ainsi, après s’être montré implacable sur les
tribunaux d’exception instaurés par l’administration Bush à Guantanamo
–territoire cubain illégalement occupé par les Etats-Unis – qu’il avait
qualifiés d’ « échec monumental », le locataire de la Maison-Blanche a tout simplement décidé de conserver les commissions militaires, annulant de facto la fermeture des prisons de Guantanamo, et suscitant l’ire des organisations internationales16.
Il a également choisi de mettre son veto sur la publication de photos
illustrant les actes de torture commis par la CIA, contredisant une
nouvelle fois sa volonté affirmée à maintes reprises de faire la
lumière sur les exactions commises sous le règne de Georges W. Bush17.



Le
monde entier a les yeux rivés sur Barack Obama qui dispose d’une
opportunité historique pour mettre un terme à une agression longue de
cinquante ans contre le peuple cubain. Il n’y a plus aucune
justification du statu quo actuel.



Notes
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MessageSujet: Re: Cuba et les contradictions de Barack Obama   Ven 22 Mai 2009 - 12:55

1 Salim Lamrani, « Le premier geste de Barack Obama à l’égard de Cuba », Voltaire, 18 avril 2009. http://www.voltairenet.org/article159757.html (site consulté le 16 mai 2009).



2 Agence France-Presse, « Presidenta argentina pide a Obama que levante embargo contra Cuba », 17 avril 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Cristina Fernández abogó por Cuba en discurso inaugural de Cumbre de las Américas », 17 avril 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Daniel Ortega rechazó política intervencionista de Estados Unidos », 17 avril 2009.



3 The Associated Press, « Obama Seeks ‘New Beginning’ With Cuba », 17 avril 2009.



4 Macarena Vidal, « Obama ofrece ‘un nuevo comienzo’ en las relaciones con Cuba », EFE, 17 avril 2009.



5 EFE, « Asesor de Obama : EEUU está lejos de levantar el embargo », 19 avril 2009.



6 Agence France-Presse, « Clinton afirma que régimen de Castro en Cuba ‘está finalizando’ », 22 avril 2009.



7 Frances Robles, « Obama a Raúl Castro : ‘Ahora es su turno’ », The Miami Herald, 19 avril 2009.



8 The Associated Press, « Castro Says Cuba Willing to Talk on Equal Terms », 16 avril 2009.



9 Agence France-Presse, « Raúl Castro responde a Obama : No es Cuba la que tiene que hacer gestos », 29 avril 2009.



10 Juan Carlos Chávez, « Informe sugiere ‘más realismo’ en nexos con Cuba », El Nuevo Herald, 21 avril 2009.



11 EFE, « Piden que se pueda viajar a la isla desde más aeropuertos », 28 avril 2009.



12 Nestor Ikeda, « Dueños de empresas y congresistas piden comercio con Cuba », The Associated Press, 6 mai 2009.



13 Wilfredo Cancio Isla, « Multa a petrolera por exportar tecnología a Cuba », El Nuevo Herald, 7 mai 2009.



14 El Nuevo Herald, « EEUU deja a Cuba en la lista de países terroristas », 1er mai 2009.



15 Ricardo Alarcón de Quesada, « Cuba : The Imperial Ignorance », Znet, 13 mai 2009. http://www.zcommunications.org/znet/viewArticle/21446 (site consulté le 16 mai 2009).



16 Le Monde, « Barack Obama maintient les tribunaux d’exception », 16 mai 2009.



17 Jennifer Loven, « Obama Seeks to Block Release of Abuse Photos », The Associated Press, 14 mai 2009.




Salim Lamrani
est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et
l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français,
spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a publié,
entre autres, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de
l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008). Son nouvel ouvrage
s’intitule Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris :
Editions Estrella, 2009) et comporte un prologue de Nelson Mandela.


Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; salim.lamrani@parisdescartes.fr
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