Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti

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 Haiti : 200 gourdes /Les ouvriers haïtiens sont bien seuls…

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piporiko
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MessageSujet: Haiti : 200 gourdes /Les ouvriers haïtiens sont bien seuls…   Haiti : 200 gourdes /Les ouvriers haïtiens sont bien seuls… EmptyJeu 28 Mai 2009 - 18:00

Haiti : 200 gourdes
Les ouvriers haïtiens sont bien seuls…



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jeudi 28 mai 2009
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Haiti : 200 gourdes /Les ouvriers haïtiens sont bien seuls… Rubon13
Par Faubert Bolivar
Soumis à AlterPresse le 20 mai 2009
Depuis 2003 le salaire minimum perçu par un ouvrier haïtien est de 70 gourdes par jour (moins de 2 dollars américains). En 2009, le Parlement haïtien adopte une loi portant le salaire minimum à 200 gourdes sous une proposition du député Steven Benoit. Il incombe désormais à l’exécutif de procéder à la publication de cette loi dans le journal officiel de la République, Le Moniteur, pour qu’elle soit effective. Entre temps, les associations patronales comme l’ADIH et la CCIH mobilisent toute leur énergie pour empêcher que cette loi entre en vigueur : elles soutiennent l’idée qu’accorder 200 gourdes (moins de 5 dollars américains) de salaire à un ouvrier haïtien après une journée de travail de huit (Cool heures risquerait de porter une atteinte grave à la compétitivité de l’économie du pays le plus pauvre de la région.
Le dépôt en avril 2007 de la proposition de loi sur l’augmentation du salaire minimum par le député Steven Benoit a constitué, plus qu’une importante mesure, une manière de remettre sur le tapis le problème de la fracture sociale au nom duquel le devenir nation de l’Etat haïtien est sérieusement entravé : pris que nous sommes entre les inégalités de toutes sortes, les iniquités meurtrières et les injustices criantes. Les débats espérés n’ont malheureusement pas eu lieu et, à de rares exceptions près, les couches les plus défavorisées de la population haïtienne ont montré une fois de plus qu’elles ne peuvent occuper le monopole de l’attention de l’opinion publique que sous forme de visite guidée, de promesses politiciennes et de complaintes collectives dirigées par des maîtres crieurs au jour des morts.
On pensait que l’adoption récente de cette loi par les deux chambres successivement allait constituer une occasion rêvée pour nous convier à notre tâche, à notre mission qui est de veiller à ce que l’équité, en tant que condition pour nous maintenir en vie, soit le principe qui guide nos actions, nos politiques et nos espérances. Aussi, s’attendait-on à voir surgir de partout des propositions de loi porteuses de valeur de justice sociale, visant à corriger les injustices que nous affectons de déplorer. Mais, encore à de rares exceptions près, il semble qu’il n’est peut-être pas encore clair pour les gens de bonne volonté que ce ne sont pas des paroles mais des actions qui nous conduiront vers ce que tous, nous semblons appeler de tous nos vœux : le progrès et le développement.
On s’attendait à ce que la contestation soutenue de la proposition de loi puis de la loi sur le salaire minimum par les regroupements de patrons jusqu’à la conférence de presse de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH) en la date fatidique du 13 mai 2009 soit le point de départ d’une levée d’indignation, d’une remontée de colère devant l’hésitation des patrons à faire un tout petit pas dans le sens de la justice sociale. Mais malheureusement, encore une fois à de rares exceptions près, il n’en a été rien ou pas grand-chose.
Il faut, ici, saluer le courage de ceux et celles qui ont soutenu du moins la proposition de loi sinon la symbolique d’une augmentation substantielle du salaire des ouvriers. Je pense particulièrement à l’ami poète Raoul Altidor, à l’association Batay Ouvriyè et à un certain Daniel Simidor dont l’article paru en aout 2007 sur AlterPresse est encore d’actualité et vivement conseillé à ceux et celles qui craignent encore les conséquences de l’augmentation, La loi Hope et la nécessité d’un salaire minimum vivable en Haïti. L’auteur y a entre autres écrit ceci que je reprends à mon compte : « Prétendre qu’un salaire minimum de 180.00 gourdes découragerait l’investissement étranger est un argument spécieux : la République Dominicaine, où le salaire industriel de base est le triple de celui d’Haïti, excède chaque année son quota préférentiel sur le marché américain, à tel point qu’elle achète à vil prix une bonne partie du quota haïtien dans cette combine de zones franches frontalières. C’est plutôt le contraire qui serait vrai : un salaire minimum trop bas décourage l’investissement étranger, en augmentant l’insécurité sociale. »
Nonobstant les interventions de ce genre dans la presse, force est tout de même de constater que les ouvriers sont bien seuls dans cette histoire. Seuls et livrés aux patrons et à leurs prêtres magiciens, les économistes.
En effet, certains économistes n’ont pas manqué d’invoquer le mystère des chiffres dont eux seuls connaissent les arcanes pour nous faire voir que penser à donner 200 gourdes par jour aux ouvriers est une entreprise qui manque de sagesse. Sagesse !!! Mais, malheureusement pour ces économistes, ceux et celles qui connaissent l’histoire savent que sagesse ce n’est pas leur mot, c’est un refrain. Refrain d’une chanson bien connue que l’on nous a même déjà chanté il y a quelques deux cents ans !
Hasard ou coïncidence les patrons semblent croire aux mêmes dieux que les économistes. Ceux là essayent de nous vendre la loi sur le salaire minimum comme la boite de Pandore d’où sortiront tous les maux de ce pays : l’économie sera affaiblie (puisqu’elle est forte aujourd’hui) ; les détenteurs des capitaux ne viendront plus investir en Haïti (comme ils le font aujourd’hui) ; il faudra dire adieu aux avantages de la loi Hope (dont nous bénéficions aujourd’hui) ; notre pays ne sera plus compétitif (tel qu’il l’est aujourd’hui où le secteur de la sous-traitance emploie 25000 haïtiens dans un pays de près de dix millions d’habitants).
Donc les paysans vont passer à une phase offensive ou défensive que l’on appelle exode rural, c’est-à-dire qu’ils quitteront leur province – ou leur pays comme on dit – que d’ordinaire ils ne quittent jamais pour venir chercher la belle vie des 200 gourdes dans la capitale.
Donc à la différence de l’année dernière la rentrée des classes sera pénible cette année pour les parents qui ne sauront à quel saint se vouer pour envoyer leurs enfants à l’école.
Donc le pays va connaître ce fléau impitoyable qu’est le chômage.
Donc la Première ministre va peut-être quitter ses fonctions sans donner les 200 000 emplois qu’elle avait promis et que le peuple attendait à la date convenue.
Donc la vie que vous voyez aujourd’hui si abordable sera tellement chère que les ouvriers viendront en main propre échanger les 200 gourdes des politiciens fous contre la petite monnaie sagement calculée par les patrons réunis.
Enfin, un malheur n’arrive jamais seul voire deux ou trois malheurs, peut-être qu’un des patrons ne sera plus là pour être candidat en 2000 je ne sais plus puisqu’il aura sans doute déjà fermé boutique pour aller camper dans un pays lointain qu’on appelle le Cambodge où les ouvriers coûtent moins cher qu’ici.
Il aura donc suffi d’une loi pour que les grands patrons de Haïti Tomas, dont la réputation n’est plus à faire / nous sommes quand même en 2009, se fassent sentinelles de la cité adorée et se parent de leurs plumes d’oiseau pour annoncer les mauvais augures. Ignorent-ils ces sages que nous autres, Haïtiens, nous avons épuisé la boite de Pandore et que pour nous, tout est déjà arrivé ?
Décidément le dieu des industriels est un maître enchanteur de génie vu le pouvoir qu’il a de faire que, par le seul truchement d’une loi qui dit de payer 200 gourdes (moins de 5 dollars américains) à un être humain après une journée de huit (Cool heures de dur labeur, des nantis d’un des pays les plus pauvres de la planète terre mettent en garde contre la pauvreté !
Alors, les plus excités diraient non sans une pointe d’humour : « Ces gens-là prennent les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ! Ne s’agit-il des mêmes qui font payer leurs moindres services de telle sorte qu’ils ne perdent jamais de vue le taux de change, sans tenir compte de rien d’autre que le taux de change ! Refuseraient-ils aujourd’hui à un compatriote le droit à un salaire décent digne d’un être humain ! Alors là, si les patrons vivent à la sueur de leur front, il faut conclure que les ouvriers n’ont pas de front ! Ou, s’ils ont un front, le front des ouvriers n’a pas de sueur ! Et, à supposer que les ouvriers aient un front et qu’ils transpirent comme leurs patrons, pour eux, ces malheureux, ça ne sue qu’a petite goutte ! »
Au fait, j’ai toujours su que l’exploitation pouvait être profitable à l’exploiteur, mais c’est autre chose que de s’entendre dire qu’elle est favorable à l’exploité. Dans la logique qui voit dans la loi sur le salaire minimum une entrave à la création d’emplois, l’on peut voir clairement la volonté d’une certaine élite de mon pays de se donner pour vocation d’expliquer au peuple la vertu sociale de l’exploitation. Si le principe de la création d’emploi est le bas salaire, pourquoi n’y-a-t-il pas beaucoup d’emplois en Haïti avec 70 gourdes de salaire minimum par jour ? Pourquoi ne pas proposer le plus bas salaire possible ? Tant qu’à y être pourquoi ne pas revenir à la corvée ? – La méthodologie du faciès aidant, on pourrait sans peine attraper les ouvriers potentiels dans la rue pour les envoyer au travail ! – Et de proche en proche, pourquoi ne pas retourner au temps béni de la colonisation et de l’esclavage ? On aurait gagné en cohérence. Parce qu’en vérité, de l’avis de nos patrons et de leurs économistes, le travail, pour l’ouvrier, est seulement la peine moins la satisfaction en échange.
Evidemment, il n’y a rien de plus normal pour un patron que de convoquer tous les arguments, tous les artifices, tous les dieux, tous les fléaux, pour ne pas souscrire à l’augmentation du salaire d’un ouvrier. On sait que la seule vérité qui compte dans ces cas là c’est celle qui n’est pas dite, c’est la vérité du profit. Au juste, ils l’ont dit à demi-mot en proposant, pince sans rire, un « ajustement de salaire approprié et progressif. » Ainsi, le temps pour un ouvrier haïtien de toucher 200 gourdes par jour cette somme aura perdu un ou même deux zéros de sa valeur. Intelligent ça, non !
Ce que je ne comprends pas c’est que les arguments des patrons n’aient pas soulevé une large vague d’indignation de la part de ceux et celles qui sont de l’autre côté de la balance dans le partage des richesses : les pauvres de ce pays. Les journalistes. Les enseignants. Les artistes. Les sportifs. Les étudiants. Les fonctionnaires et j’en passe. On se demande où sont passés ces messieurs et dames qui ont pour métier de se regrouper pour refuser d’accepter l’inacceptable ? Où sont les reportages qui renseigneront sur le salaire et le train de vie d’un industriel ? Pourra-t-on voir sur nos écrans des documentaires sur la vie ouvrière ? Qui me parlera des conditions de vie d’un enfant d’ouvrier ? D’ailleurs, où sont les ouvriers ? Pourquoi ne pas les faire parler ? Comme on l’a fait dans les colonnes du Nouvelliste pour cet employé de la SONAPI qui eut à dire cette phrase que l’on sent pleine de vérité : « Avec les 200 gourdes par jour, j’aurai au moins de quoi manger et de nourrir humblement ma petite famille. »
« On reconnaît la nature d’un gouvernement en fonction de ses orientations et de son attitude vis-à-vis des classes défavorisées », a écrit Raoul Altidor en mars dernier. Moi, à la place de gouvernement je mettrais société. Et je verrais qu’il n’y a pas longtemps tout un secteur dit culturel s’était levé comme un seul homme pour défendre une femme que des hommes politiques, que l’on nous présentait bouchés et ne connaissant que la position du missionnaire, accusaient sans preuve de jouir en dehors des prescrits de dieu et de la nature. On avait parlé du droit à la vie privée, au plaisir et à la jouissance. Qui, aujourd’hui que le droit à la dignité des ouvriers haïtiens est mis en cause publiquement, pour parler du droit au travail, à la juste rétribution et au bien-être ? Mes amis qui dormez plumes en main prêts à lancer et à signer des pétitions à la moindre anecdote, allez-vous laisser les ouvriers haïtiens seuls avec les patrons et leurs économistes ?
Faubert BOLIVAR
Port-au-Prince, 18-19 mai 2009



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MessageSujet: Re: Haiti : 200 gourdes /Les ouvriers haïtiens sont bien seuls…   Haiti : 200 gourdes /Les ouvriers haïtiens sont bien seuls… EmptyMar 2 Juin 2009 - 10:48

Salaire minimum : combien coûte l’ouvrier haïtien ?

(Journal Le Matin du 1er -2 juin 2009, No 34083, p. 2)



Par Guichard DORE




A la question, combien coûte un ouvrier haïtien en 2009 ? Le Parlement,
sur proposition du député Steven Benoît, répond : 200 gourdes. La
réponse apportée par le Parlement, à partir du texte du Député Steven
Benoît, est vertement contestée par les détecteurs de signaux sur le
marché de l’emploi, en l’occurrence le patronat. Depuis le vote de la
nouvelle loi sur le salaire minimum, les positions des acteurs en
présence se sont rigidifiées. La question du salaire minimum devient
foncièrement politique alors que sa dimension technique n’a pas été
rigoureusement traitée. Ainsi va le pays !! Certains, à gauche, voient
en député Benoît le justicier des plus faibles et d’autres, à droite,
considèrent le député de Pétion-ville comme le fossoyeur de la
politique de l’emploi de Mme Duvivier Pierre Louis et l’abolisseur
autoproclamé de la loi HOPE. Pour certains groupes d’intérêt et/ou de
pression, le député Steven Benoît a le courage en proposant la révision
à la hausse du salaire des travailleurs ayant un capital humain
spécifique faible au regard du coût de la vie en Haïti. Et pour
d’autres, le député affiche une position extrémiste et commet un péché
impardonnable en
négligeant l’hétérogénéité et les spécificités du marché du travail.
Mais, au-delà de la dimension politique de la réévaluation du salaire
minimum, la conception républicaine de la gestion des questions
d’intérêt national porte à croire qu’il serait mieux que les chambres
consulaires et les pouvoirs publics chargent un comité d’experts formés
de sociologues et d’économistes de l’emploi la mission d’étudier le
plancher légal de salaire. Le résultat de l’étude produite par ces
experts, après validation des autorités institutionnelles compétentes,
fera l’objet d’une loi sur le salaire minimum. Un travail en ce sens
a-t- il été fait avant le vote de la loi sur le salaire minimum ?




Le principe de la hausse de salaire minimum est accepté




Il y a lieu de noter que le patronat n’a pas rejeté le principe de
révision à la hausse du salaire minimum. Le principe de la hausse du
salaire minimum est donc acquis. La question essentielle qui suscite
débat aux enjeux multiples, en dépit du vote de la loi par le
Parlement, est de savoir à quel niveau faut-il fixer le salaire minimum
pour ne pas détruire les emplois existants et ne pas compromettre les
emplois de demain tout en permettant à l’ouvrier de satisfaire ses
besoins fondamentaux? Cette question technique et politique n’a pas été
répondue si l’on porte un regard désintéressé de socioéconomiste sur
les points de vue, jusque-là exprimés, autour de l’épineux problème du
salaire minimum.





En analysant les différents pics de l’inflation entre 2003 et 2008,
l’on peut sans ambages admettre, au plan de justice sociale, que la
revalorisation du salaire minimum répond à une préoccupation de
réparation salariale. La République, faut-il le rappeler, ne doit pas
créer ni des frustrés ni des déçus. Le pacte républicain exige le
compromis et la compréhension. La République doit réparer les
injustices là où elles sont présentes sur le territoire et calmer les
passions et les agitations en vue de porter les acteurs à trouver le
juste équilibre tout en garantissant l’animation du tissu économique.
Donc, le principe de la hausse du salaire minimum est juste étant donné
que les ouvriers ont été victime de la tempête de l’inflation et de la
politique de désordre monétaire appliquée jusqu’à présent par la BRH.
Ces situations regrettables ont sérieusement rétréci le pouvoir d’achat
de l’ouvrier et troué son porte-monnaie dans un repère temporel
suffisamment long (2003- 2008) sans que son salaire ait été réévalué à
la hausse. Mais, cette réparation sociale ne peut se faire en
anéantissant l’outil de production des biens et des services : entreprise.
L’Etat doit faire en sorte que les entreprises continuent à fonctionner
en trouvant un bon compromis entre les entités sociales impliquées dans
la production des biens et des services. Il demeure entendu qu’un pays
sans activité économique est condamné à la mendicité internationale.
Gardons les emplois en Haïti !!




La présence du salaire d’efficience




En dehors de mesure visant la réévaluation du salaire minimum pour la
période 2003-2008, il y a lieu de reconnaître que certaines
entreprises, pour des raisons strictement économiques, ont appliqué un
salaire d’efficience à leurs salariés en les rémunérant au-dessus du
prix du marché. Cette situation fait l’affaire des ouvriers fraîchement
recrutés. Ils n’ont pas les capitaux humains spécifiques demandés et
perçoivent à la fin du mois un salaire supérieur à leur productivité
marginale au regard du prix du travail de basse qualification fixé par
le législateur. Les entreprises qui pratiquent un salaire d’efficience
tentent d’éviter l’inégalité de traitement au niveau des salariés d’une
catégorie socioprofessionnell e et inciter les ouvriers à travailler,
l’uniformité du salaire d’efficience est appliquée à l’ensemble des
ouvriers reconnus comme faisant partie d’une catégorie
socioprofessionnell e déterminée au sein de l’entreprise.





Il est vrai que le salaire d’efficience n’est pas l’apanage de toutes
les entreprises qui emploient des gens ayant un signal faible. Alors
combien doit gagner les ouvriers haïtiens dépourvus de capital humain
spécifique? Depuis la loi du 10 août de 1934 fixant le salaire minimum
à 2 gourdes, cette question a été répondue par les pouvoirs publics.
L’Etat fixe le salaire minimum. Aujourd’hui, la question du salaire,
tenant compte de la spécificité des filières, mérite une réponse
dérivée de la négociation collective ne serait-ce que pour tenir compte
de la fragilité du tissu social sérieusement mis à mal au cours de ces
dernières années.





Toutes choses étant égales par ailleurs, le coût journalier de 5
dollars peut paraître insupportable pour certaines filières de
l’économie notamment dans l’agriculture. On doit éviter d’avoir une
lecture faussée de la transaction née de la rencontre entre un offreur
et un demandeur de travail. L’acheteur du capital humain spécifique
n’est pas forcément un exploiteur peu soucieux des intérêts de ses
salariés. Quand on dit patron, il ne faut pas le réduire au seul
secteur industriel et commercial et aux entreprises tournées vers
l’exportation. Le patron est divers dans sa conception et dans son
expression. Le petit agriculteur, le Monsieur Tout–le-Monde qui achète
une journée de travail, n’est pas le financier ou l’industriel d’une
entreprise employant 300 salariés. Les toutes petites entreprises (TPE)
et les toutes petites exploitations familiales (TPEF) peuvent ne pas
être en mesure de payer à un ouvrier 200 gourdes pour sa journée de 8
heures de travail ou 1000 gourdes comme l’exige un honorable internaute.




La portée de la loi Benoît



Au-delà d’une simple rémunération minimale légale, la loi Benoît sur le salaire minimum,
par ses effets collatéraux, met sur la table la question de la
négociation salariale pour toutes les branches professionnelles et pour
toutes les catégories de salariés. Cette loi bouscule la hiérarchie de
salaire et les gens qui détiennent des capitaux humains spécifiques
demandés par les entreprises peuvent se faire signaler plus facilement
sur le marché de l’emploi. La loi de Benoît est un vecteur de
distribution de savoir collectif étant donné qu’elle va mettre en
compétition les gens moins dotés en capital cognitif avec les plus
dotés en capital humain spécifique au sein de l’entreprise pour rester
en activité. Va-t-on assister à une compétition rude pour l’emploi
entre les gens ayant des signaux et ceux qui n’en ont pas ?




Fixer le salaire minimum par branche professionnelle




Il paraît qu’un salaire minimum par secteur professionnel est une
nécessité de l’heure. Et il est nécessaire à ce que l’on intègre la
hausse du salaire minimum dans la loi de finance. Cette formule
permettra de réviser ou non le plancher légal de salaire chaque année.
Etant donné que chaque année, il y a une loi sur les finances
publiques, cette formule permettra au gouvernement d'avoir une clause
de rendez-vous avec les partenaires sociaux pour négocier et indexer le
salaire des travailleurs sur le taux de l'inflation calculé par l’IHSI.
La détermination du salaire minimum par secteur et sa fixation dans le
cadre de la loi de finance permettront d’avoir un regard plus réaliste
du coût des facteurs de production à l’instant t de l’entreprise, avoir un salaire minimum convenablement fixé appréciant le facteur w
qui n’aura pas nécessairement de forts effets négatifs sur les
perspectives d’emploi, surtout sur les planchers salariaux sont bien
modulés et si les coûts de main-d’oeuvre non salariaux sont maîtrisés.





Un salaire minimum par secteur pourra permettre de prendre en compte
les différences de pénibilité et appliquer un salaire minimum
raisonnable en vue de compenser les écarts de pénibilité dans
l’accomplissement des taches. Par exemple, un ouvrier du BTP évolue
dans un secteur plus pénible qu’un agent de distribution de courriers.
Un croque-mort tenant compte du capital humain spécifique accumulé dans
une entreprise funéraire, de la pénibilité et de la dangerosité liées à
son poste de travail doit percevoir une différence
compensatrice de salaire par rapport à un autre ouvrier évoluant dans
un secteur d’activité moins pénible et moins risqué. La situation de
l’emploi est hétérogène on ne peut pas placarder une solution identique
à toutes les branches professionnelles. L’hétérogénéité des situations
de l’emploi va à l’encontre d’un salaire minimum universel et plaide
pour un salaire minimum par secteur professionnel. Il est nécessaire
que l'Etat crée une Commission Collective sur le Salaire Minimum,
composée des personnes qualifiées,
afin d'éviter la politisation à outrance de cette question technique
qui a des impacts sur les activités économiques et sur la qualité du
dialogue social au sein des entreprises.




La négociation comme solution




La négociation c’est l’art du compromis pour rendre possible ce qui est
nécessaire. Il y a deux choses qui sont nécessaires pour le pays dans
ce cas d’espèce : l’emploi et l’amélioration des conditions de vie des
salariés. Il faut une bonne politique salariale qui incite les gens à
travailler mais qui ne portent pas les chefs d’entreprise à fermer
leurs unités de production. La politique salariale est un processus
interactif entre les entreprises, les travailleurs et l’Etat. La
négociation est la clé pour aboutir à un bon compromis dans ce domaine.
Le risque encouru avec un salaire trop élevé dans les branches non
concurrentielles est la fermeture des entreprises. Si les dirigeants
des entreprises en position de monopsone estiment que la hausse du
salaire minimum est un coût prohibitif à la production et hypothèque la
rentabilité de leurs unités, ils seront contraints de les fermer ou de
les délocaliser. Ce serait une perte pour le fisc, pour le salarié et
c’est un coup d’arrêt pour toute l’économie d’échelle occasionnée par
la présence de ces unités de production. Il faut négocier. La
négociation collective est un mécanisme qui peut contribuer à augmenter
le taux de syndicalisation dans le pays. Négocier. Les syndicats ont
plus à gagner dans la négociation que l’imposition par la loi d’un
plancher légal de salaire.
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