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 Chute du Mur de Berlin: que célébrons-nous au juste? par Pierre Dubuc

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piporiko
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MessageSujet: Chute du Mur de Berlin: que célébrons-nous au juste? par Pierre Dubuc   Jeu 12 Nov 2009 - 11:29


Give me back the Berlin wall
Give me Stalin and St. Paul
I'v seen the future, brother:
It is murder

The Future
Leonard Cohen


(Premier article d'une série de trois)

Pendant que toute la presse occidentale célèbre en choeur la chute du Mur de Berlin et que Mikhail Gorbachev
multiplie les entrevues pour s'attribuer le crédit de la fin de la
Guerre froide, il est important de revenir sur ces événements pour en
mesurer l'impact sur la question nationale québécoise, de même que sur
les mouvements indépendantiste et ouvrier québécois.

On se
rappellera que les indépendantistes québécois ont crû que leur seraient
profitables, comme l'avait été le mouvement de la décolonisation des
années 1960, les indépendances retrouvées des pays de l'Est (avec
l'exemple en particulier du « divorce de velours » de la Slovaquie
d'avec la Tchéquie), des pays baltes et, par la suite, des pays ayant
fait partie de l'ex-Union soviétique. Leur analyse s'est avérée quelque
peu simpliste. Resituons les événements dans leur contexte.

Dans
une entrevue au magazine américain The Nation (28 octobre 2008),
Mikhail Gorbachev se désole que les Américains aient interprété la
chute du Mur de Berlin et la dissolution de l'Union soviétique qui
allait suivre comme une victoire des États-Unis sur l'Union soviétique
et du capitalisme sur le socialisme. Mais comment pouvait-il en être
autrement?

Il est bien connu que c'est à la suite d'une
rencontre avec Margaret Thatcher au cours de laquelle il lui a expliqué
ses projets que Gorbachev est allé de l'avant avec sa glasnot
(transparence) et la perestroïka (restructuration). Thatcher avait
alors déclaré à Ronald Reagan : « We can do business with that guy ».

Il
est moins connu que ces politiques ont été en grande partie concoctées
au Canada ! Alexander Yakovlev, qui a été surnommé le « parrain de la
glasnot et de la perestroïka », était ambassadeur de l'Union soviétique
à Ottawa au début des années 1980.

Il était un intime du premier
ministre Pierre Elliott Trudeau. Au point où ce dernier donna à son
second fils le nom d'Alexandre et le surnom russe de « Sacha ».

En
1983, Yakovlev accompagne, en tant qu'ambassadeur, Mikhail Gorbachev,
alors ministre de l'Agriculture de l'Union soviétique, dans sa tournée
au Canada. Dans ses Mémoires, il raconte un échange de trois heures
qu'il eût avec Gorbachev au cours duquel les deux réalisèrent avec
enthousiasme leur accord complet sur la nécessité du désarmement, de la
démocratisation de leur pays et de la libéralisation de son économie.

Deux semaines plus tard, Yakovlev était rappelé à Moscou
pour être nommé directeur de l'Institut sur l'Économie mondiale et les
Relations internationales de l'Académie des Sciences. En 1985, lorsque
Gorbachev accède aux plus hautes fonctions, Yakovlev devient son
principal conseiller. Il accompagne Gorbachev lors de ses cinq sommets
avec Reagan et prône la non intervention en Europe de l'Est. En politique intérieure, il est l'architecte de la glasnot et de la perestroïka.

Ses
détracteurs en Union soviétique ont soutenu qu'il avait profité de son
poste d'ambassadeur au Canada pour tisser des liens avec les services
secrets américains et préparer le plan qui allait mener au
démantèlement du bloc soviétique et à l'ouverture brutale du marché des
pays de l'Est aux firmes occidentales. Dans La stratégie du choc, Naomi
Klein illustre avec brio ce phénomène à partir de l'exemple de la
Pologne.

De nombreux ouvrages ont été consacrés à la chute du
Mur de Berlin et au démantèlement de l'Union soviétique. Ils démontrent
que ces événements n'étaient pas le fruit de « mouvements spontanés »
et de « révolutions populaires et démocratiques ». Ils ont été préparés
de longue main et orchestrés dans les capitales et les chancelleries
occidentales avec la complicité de Gorbachev et son entourage et des
forces d'opposition des pays concernés. (Lire à ce sujet, à propos
d'événements ultérieurs, le rôle du Canada dans la « révolution orange » en Ukraine. )

Facile
de comprendre que le mouvement des indépendances nationales de cette
région du monde, qui avait pour but de démanteler un empire rival, ait
bénéficié de l'appui enthousiaste des États-Unis et de ses alliés.

Washington
était peut-être même prêt à une confrontation armée pour soutenir ces
indépendances, comme ce fut le cas quelques années plus tard en
Yougoslavie, pays allié de la Russie qu'il fallait aussi démembrer pour
l'affaiblir.

Par contre, on ne s'étonnera pas que les États-Unis
aient eu une toute autre approche dans le cas du Québec. Dans The
Clinton Tapes : Wrestling History with the President, l'historien
Taylor Branch rappelle l'intervention de Clinton en faveur de l'unité
canadienne lors du référendum de 1995.

Mais les États-Unis ne se
contentèrent pas de simples déclarations. Dans ses Mémoires (Behind The
Embassy Door), James Blanchard, l'ambassadeur des États-Unis au Canada
lors du référendum de 1995, raconte avec quelle ardeur il a participé
aux activités du Comité du Non. M. Blanchard écrit noir sur blanc,
carte à l'appui, comment il favorisait la partition du Québec dans
l'éventualité d'une victoire du Oui.

La chute du Mur de Berlin
allait avoir d'autres conséquences importantes en termes géo-politiques
pour le mouvement souverainiste québécois. C'est en bonne partie en
réponse à la menace économique découlant de la réunification de
l'Allemagne et du traité européen de Maastricht (1992) que les classes
dirigeantes du Canada et des États-Unis décidèrent de consolider le
traité de libre-échange de 1988 avec l'ALENA. Il en résultera une plus
grande interpénétration économique et financière des classes
dirigeantes canadienne et américaine et un rapprochement politique
entre les deux pays.

En 1980, le Québec avait pu profiter
jusqu'à un certain point des contradictions entre le Canada et les
États-Unis. À l'époque, Washington voyait d'un mauvais oeil les
velléités d'indépendance du gouvernement Trudeau avec sa reconnaissance
de la Chine, de Cuba et ses réserves face à l'OTAN. La Maison Blanche
se montrait moins hostile à l'égard du mouvement nationaliste
québécois. Mais, en 1995, le Québec fait face à une alliance de
l'anglosphère qui paraît sans faille et qui brandit même des menaces de
partition en cas de victoire du Oui.

Ainsi, il était illusoire
de croire que le mouvement des indépendances nationales qui suit la
chute du Mur de Berlin et le démantèlement de l'Union soviétique allait
bénéficier au Québec. Au contraire, les réalignements géostratégiques
qui en découlèrent, avec un monde unipolaire dirigé par les États-Unis,
étaient défavorables au mouvement souverainiste.

Mais les effets
négatifs ne s'arrêtent pas là. Les événements de 1989 allaient marquer
profondément les mouvements de libération et le mouvement ouvrier.
Demain, nous verrons leurs effets sur le Québec.


Pierre Dubuc est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Pierre Dubuc publiés par Mondialisation.ca
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