[b]ÉTUDE Deux professeurs de finance d'HEC mettent en garde les investisseurs aveuglés par l'eldorado chinois.[/b]
« TOUT CE QUI BRILLE n'est pas or. » Autrement dit, il est nécessaire
de savoir faire preuve de jugement. C'est ce qu'ont cherché à démontrer
Pascal Quiry et Yann Le Fur, professeurs de finance à HEC, coauteurs
pour le compte du site spécialisé Vernimmen d'une étude plutôt
surprenante. Selon eux, les principales entreprises cotées chinoises,
vont tout simplement... « dans le mur ».
Les deux auteurs se sont livrés à l'analyse financière de 981
entreprises publiques sur les 1 421 cotées à Shenzhen et Shanghaï, en
retirant les valeurs bancaires, d'assurance et immobilières, et en ne
gardant que les capitalisations supérieures à 100 millions de dollars.
Si, sans surprise, la croissance de leur activité s'envole de 28 % par
an depuis 2002, c'est-à-dire deux fois et demi plus vite que l'économie
chinoise (10 % environ), la notion de rentabilité leur est
manifestement étrangère.
« Avec une rentabilité après impôts de 5 à 6 %, les sociétés
chinoises cotées gagnent largement moins que leur coût de capital
estimé à 10 %, explique Pascal Quéry. À titre de comparaison,
les entreprises européennes affichaient une rentabilité de 9,5 % en
2005, soit 2,5 % de plus que leur coût du capital moyen. » Pourquoi
ce décalage ? Les deux professeurs citent notamment le fait que les
entreprises chinoises, pourtant gourmandes en matières premières, n'ont
pas répercuté la hausse de leurs prix sur les clients. « Tant mieux pour nous autres Européens, ironise Pascal Quéry, mais il y a un moment où cela risque de faire mal... »
Si l'amélioration de la productivité par salarié est assez « impressionnante » (le
chiffre d'affaires par employé a progressé de 78 % en trois ans), un
certain nombre d'autres indicateurs sont inquiétants. Ainsi, relèvent
les auteurs avec force chiffres, les entreprises chinoises n'ont pas de
trésorerie positive, ne génèrent pas suffisamment de « cash » et ont un
peu trop tendance à se financer par endettement.
Miroir aux alouettes
Des entreprises à faible rentabilité, mais bien valorisées en Bourse,
la situation chinoise rappelle celle de l'Europe des années 1970
résument les auteurs, qui s'inquiètent des conséquences pour les
investisseurs étrangers aveuglés par ce miroir aux alouettes. « Ils
ne voient que la performance de la Bourse de Shanghaï qui a gagné 130 %
cette année. Tant mieux pour le marché chinois qui reçoit, en ce
moment, toutes les liquidités, mais il faut raison garder. Que
dira-t-on à Mme Tout-le-Monde qui aura placé toutes ses économies dans des sicav chinoises ? », poursuit-il.
Comme en Europe il y a trente ans, les outils industriels sont en place
et ces « dragons » n'ont qu'un objectif, conquérir les marchés, sans se
soucier, le plus souvent, des résultats. Sauf que, concluent les
auteurs, à cette époque, « les
entreprises, dans un contexte où l'inflation s'emballait, s'endettaient
avec des taux d'intérêt réels négatifs. D'une certaine façon, on
remboursait en monnaie de singe », poursuit Pascal Quéry. Ce qui est loin d'être le cas de la Chine aujourd'hui.
Source : Le Figaro