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 Le Protectorat, Instrument de Domination. Aux Bons Entendeurs Salut !

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MessageSujet: Le Protectorat, Instrument de Domination. Aux Bons Entendeurs Salut !   Mar 4 Mai 2010 - 10:38

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]

Par Andeja Zivkovic
Journaliste, Londres.
UN spectre hante la communauté mondiale de cette fin de siècle, un fantôme que beaucoup croyaient disparu : le retour de l’empire. Tirant sa légitimité de l’implosion de l’ex-Yougoslavie ou de la guerre civile en Somalie, l’idée de protectorat a envahi les chancelleries de l’Ouest. La situation actuelle au Kosovo l’a même élevée, dans l’esprit des dirigeants occidentaux, au rang d’une panacée.

La politique de protectorat est une excroissance naturelle de l’approche qu’ont les institutions internationales de l’après-guerre froide. Elles y voient l’occasion de satisfaire leur besoin de reconstruire des institutions démocratiques, tout autant que leur propension à la gouvernance ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]). Comme en écho au paternalisme de l’ère coloniale, on entend que, dans les Etats encore intouchés par l’idéologie du libéralisme occidental, l’intervention internationale à long terme ouvre seule la voie de la paix et de la sécurité.

Cet argument a été utilisé pour justifier la « guerre humanitaire » menée par l’OTAN pour défendre les droits des Albanais résidant au Kosovo. M. Kofi Annan, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), a insisté sur ce point : « Il y a là l’émergence d’une loi internationale suivant laquelle les Etats ne peuvent plus se retrancher derrière leur souveraineté pour tromper ou martyriser des populations, en espérant que le reste du monde restera les bras ballants ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]). »

Mais, si l’on examine seulement le sort de la Bosnie, dernier en date des protectorats mis en place par l’Occident à la suite des accords de Dayton de novembre 1995, on s’aperçoit que, s’agissant de paix et de démocratie, il y a loin de la [Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien] aux lèvres. Officiellement, les accords de Dayton avaient pour but de rétablir en Bosnie un gouvernement autonome, fondé sur la réconciliation nationale. On devait alors tenir compte des dominations exercées sur l’une ou l’autre des entités de la Bosnie et, de part et d’autre, des velléités d’ « épuration ». Au cours de cet exercice de Realpolik visant une « stabilité régionale », le mandat de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) a été étendu bien au-delà de sa mission purement militaire.

A partir d’une nouvelle distribution territoriale, l’organisation atlantique a dû assumer le rôle d’une autorité de paix pour laquelle elle n’était pas forcément préparée. Un haut représentant de l’ONU, investi de pleins pouvoirs quoique cependant non-élu, a pu trancher conflits et querelles civils, disposant d’une suprématie sur les jugements des représentants du peuple bosniaque, et même de la faculté de les démettre ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]). Dans de telles conditions de supervision internationale, les élections en Bosnie ne sont que « des sondages améliorés ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]) ».

On ne sera donc pas surpris que, quatre ans après les accords de Dayton, peu de progrès aient été accomplis, ni pour surmonter les divisions ethniques, ni dans le sens d’une réconciliation nationale. D’une part le vote en fonction de critères purement ethniques continue d’être la règle, d’autre part seule une minorité des 2 100 000 réfugiés partis à cause de la guerre sont retournés chez eux. Avec ce résultat : c’est un protectorat de type néo-colonial qui gouverne une Bosnie affaiblie sur tous les plans institutionnels, politiques, administratifs, ou légaux, et dont les affaires sont désormais réglées par des organisations internationales - de l’OTAN au FMI - qui agissent sans réel mandat démocratique.

Il faut ajouter que, en dépit d’une telle confusion des pouvoirs, le « protectorat » international ne peut guère faire plus que combler un vide croissant entre le peuple bosniaque et ses propres institutions. L’extension du mandat confié à la communauté internationale, en décembre 1997, pour une période indéterminée, n’est que la confirmation de l’impasse dans laquelle se trouve maintenant l’idée de « protectorat ».

Les contradictions de la politique occidentale dans les Balkans se sont maintenant déplacées au Kosovo, où M. Milosevic a dans un premier temps eu les mains libres pour traiter ce problème comme une « affaire interne » à la Yougoslavie, jusqu’à ce que son action dans cette province soit apparue comme un moyen de rester au pouvoir. Le texte de Rambouillet de février 1999 lui fut présenté comme une manière de conserver le Kosovo en tant que partie intégrante du territoire yougoslave, tout en faisant échapper le sort de cette province aux diktats de son régime.

Afin d’éviter qu’un gouvernement albanais autoproclamé n’obère le règlement d’une situation locale - par exemple en proclamant une indépendance ouvrant la porte à une Grande Albanie -, on a une fois de plus eu recours à la demande d’un protectorat international. Auquel cas, si l’on suit bien la logique de Dayton, le véritable pouvoir dans cette région demeurerait entre les mains de l’OTAN, une situation que ne saurait accepter le président Milosevic, quelles que soient ses concessions à la suite des bombardements de l’OTAN et à la négociation de Rambouillet. De plus, il y a actuellement pour l’OTAN un enjeu qui dépasse ses engagements extraterritoriaux : le simple fait que l’organisation fête ses cinquante ans ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]).

Tout protectorat placé sous la souveraineté d’un Etat indépendant, et en même temps coupé de cet Etat par l’action de forces extérieures, a toujours été destiné à créer plus qu’une simple province autonome, peut-être un Etat indépendant, mais dépourvu des attributs de sa souveraineté. Tout ce qui a pu se dire à Rambouillet est désormais obéré par la politique du président Milosevic, qui a provoqué le départ d’au moins deux millions de personnes, réfugiées ici ou là. La secrétaire d’Etat Madeleine Albright admet qu’ « il sera difficile » d’envisager une nouvelle cohabitation entre Serbes et Albanais au Kosovo, tout en concédant la nécessité de maintenir, « autant pour les Serbes que pour les Kosovars, un accès protégé à leurs lieux sacrés ». Autrement dit, il reviendra une fois de plus à un protectorat international la tâche de superviser la ségrégation ethnique des communautés du Kosovo, et donc d’entériner la purification ethnique souhaitée par M. Milosevic.

Sans courir de grands risques, on peut inscrire sur l’agenda du Kosovo un second rendez-vous à Dayton, qui signifiera une partition sur des critères ethniques, et cela indépendamment de l’action ou des effets d’un protectorat onusien.

Au moment où ces lignes sont écrites, l’action diplomatique semble s’orienter vers une partition ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]). Quels que soient les arrangements de l’accord final, il est certain que des centaines de milliers de réfugiés ne rentreront pas chez eux, dans un Kosovo « cantonné ». La minorité serbe risque de continuer son exode vers l’extérieur de cette province. Parqués dans des zones définies suivant des critères ethniques, les Serbes comme les Albanais vont se retrouver une fois de plus face à face. Voilà du grain à moudre pour les nationalistes des deux camps, qui conduira inévitablement à la fracture d’institutions nationales dont seule la pression internationale pourra tenter de maintenir l’unité. Qui plus est, l’instabilité politique dans une Serbie éclatée pourrait bien fournir une excuse à l’extension de ce cordon sanitaire tiré à l’intérieur même de la Yougoslavie.

Le Kosovo sera, selon l’expression de M. Peter Galbraith, ancien ambassadeur américain en Croatie, « un Etat de facto indépendant », mais sans indépendance réelle ni véritable gouvernement autonome. Tandis que la coalition occidentale s’apprête à séparer en pratique le Kosovo de la RFY, elle demeurera résolument opposée à une réelle indépendance de cette province, par peur d’ouvrir la boîte de Pandore.

On peut donc s’attendre à de prochains conflits entre un mouvement national albanais armé et des autorités coloniales, dont l’enjeu sera la partition, la nature d’un gouvernement autonome, et au bout du compte l’avenir du Kosovo. On comprend dès lors que, comme en Bosnie, le protectorat sera prolongé indéfiniment de manière à prévenir toute désintégration supplémentaire du statu quo régional, et deviendra en conséquence un obstacle au règlement démocratique de la question nationale des Balkans.

La règle et son mode d’emploi

S’AGISSANT de la reconstruction proprement dite, il suffit de se reporter aux textes discutés à Rambouillet. Le chapitre 4a de l’article premier se lit ainsi : « L’économie du Kosovo fonctionnera en accord avec les principes du marché. » Une fois de plus, Dayton fournit la règle et son mode d’emploi ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]). Supervisée par un gouverneur appointé par le FMI, étranger à la région, la banque centrale bosniaque n’a pu jouer qu’un rôle de second plan dans la mesure où il lui a été interdit de créer de la monnaie pour financer le crédit. L’Etat n’est autorisé à participer à la reconstruction qu’à condition de contracter, auprès des institutions financières internationales, une dette considérable qui assurera dans l’avenir leur domination sur la Bosnie. Ainsi, comme la Bosnie, le Kosovo se retrouve dans la même situation que bien des pays en développement.

Maintenant qu’elle vient de bouleverser la stabilité régionale tout en causant une dislocation économique massive, l’Union européenne parle, d’une façon qu’on peut qualifier d’hypocrite, de la reconstruction à marche forcée de la démocratie, de la sécurité et de la prospérité dans les Balkans. Le « pacte de stabilité » établi sous son égide parle d’ « intégration à travers un nouveau type de relation contractuelle ([Seuls les administrateurs ont le droit de voir ce lien]) ». En d’autres termes, l’Union européenne se tient dans l’arrière-cour. Seule l’Albanie et la Macédoine se sont vu offrir des accords de « stabilisation et d’association » - qui d’ailleurs tombent à plat au vu des « accords européens » signés par les pays d’Europe centrale.

Vraiment, on ne saurait parler d’un nouveau plan Marshall. Mais plutôt d’un classement hiérarchique d’Etats décidé par l’Union, avec des pays plus ou moins privilégiés selon la façon dont ils s’alignent sur les intérêts économiques et sécuritaires occidentaux. Seront exclus de cette nouvelle donne les Etats rebelles, comme la Yougoslavie de M. Milosevic. Ce « pacte » vise essentiellement à introduire où cela est possible les mécanismes du marché, et il y a gros à parier que bien des Etats balkaniques trouveront alors ce type de reconstruction aussi douloureux que la guerre.
Cette guerre aidera certainement l’OTAN à se repositionner, voire à se réarmer pour le XXIe siècle. Elle aura mis la RFY à genoux, semé la graine de futurs conflits régionaux, et ouvert aux gouvernements coloniaux qui vont se succéder au Kosovo une perspective qui se compte en décennies.
Le cheval de Troie d’un faux plan Marshall se conjugue avec les intérêts occidentaux. Il n’en sortira que des contre-réactions nationalistes, et au bout du compte la démocratie et la paix auront été sacrifiées sur l’autel de l’« intervention humanitaire ».
Conformément à ce mot de Tacite : « Ils ont créé la désolation et appellent cela la paix. »
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