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 La vraie question et les fausses reponses

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kakakok
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MessageSujet: La vraie question et les fausses reponses   Dim 30 Mai 2010 - 14:19

La vraie question

La véritable question qu’il faudrait poser est la suivante : croyons-Nous que, si Nous leur en laissions la chance, les Haïtiens auraient l’intelligence requise pour organiser une société viable et prendre en charge leurs besoins matériels ou autres ?

Du bout des lèvres, tout le monde répondrait « oui » mais les « mais » suivraient rapidement : pas tout de suite, pas sans support, pas sans le concours de la diaspora, etc. Bref, peut-être des Haïtiens le pourraient-ils mais il faudrait d’abord que, d’une façon ou d’une autre, quelqu’un leur apporte un quelconque ingrédient magique tel que « l’éducation ».

Et pourtant, dans l’histoire de l’humanité, la grande majorité des pays ont été créés par des humains sans « éducation », au sens où nous l’entendons de nos jours…

En observant de loin la mise en œuvre des secours dépêchés en Haïti en janvier dernier, il m’a semblé clair que pour la quasi totalité des intervenants et commentateurs, « les Haïtiens » étaient des corps souffrants ou indemnes, affamés ou pas, et aussi des êtres dotés d’émotions humaines mais jamais des personnes douées de compétences qui auraient pu être mises à profit dans l’organisation des secours. Ainsi, plus de deux semaines après le séisme, le maire de Port-au-Prince confiait à un journaliste de La Presse qu’il devait s’en remettre à la gentillesse de tel ou tel employé de l’ONU pour pouvoir utiliser un moment un ordinateur ou faire quelques appels téléphoniques. On avait transporté sur place des dizaines de milliers de secouristes et des tonnes d’équipements mais personne, semble-t-il, n’avait cru utile de fournir des équipements de base à un leader élu pour qu’il puisse mettre ses compétences à profit.

Plus récemment, quand les « bailleurs de fonds » ont annoncé le total de leurs investissements à venir (plus de dix milliards de dollars), la même logique prévalait, même si on a pu demander la signature du Président ou du Premier ministre sur un quelconque document d’acceptation. Tout le problème d’Haïti est là, dans son statut de bénéficiaire n’ayant pas un mot à dire dans les décisions qui le concernent. En attendant, l’avenir qui lui est préparé est à peu de choses près celui du plus grand camp de réfugiés sur la planète – des réfugiés dans leur propre pays.

Les Haïtiens, comme tous les autres peuples de la planète, possèdent de façon innée les compétences nécessaires pour créer des cultures, façonner des institutions et prendre en charge leurs propres besoins – c’est là un simple constat factuel. Ils l’ont fait aussi longtemps qu’ils n’en ont pas été empêchés. Ils n’ont besoin que de liberté, de responsabilité réelle et d’une dignité reconnue mais si on les prive de ces trois ingrédients essentiels pour les réduire à l’état de dépendance, leurs compétences sont momentanément réduites ou anéanties. Si Nous souhaitions vraiment qu’ils puissent prendre leur destin en main, Nous ferions en sorte de reconnaître et de respecter cette dignité, cette liberté et cette responsabilité. Nous cesserions de tout leur imposer, en prétendant assumer nous-mêmes, par pure grandeur d’âme, la responsabilité de leur bien-être ou de leur simple survie.

Nous pourrions faire preuve de solidarité en cas de coup dur, comme nous le faisons lorsqu’une tempête de verglas désorganise temporairement nos services, mais nous n’en profiterions pas pour remettre en place des régimes de dépendance et de déresponsabilisation qui sont ultimement fondés sur la croyance inavouée en l’inaptitude des assistés.

Denis Blondin
Anthropologue
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