Prenant conscience de sa situation, Joe Jack a tout misé sur l'éducation avec l'inconditionnel support de son père, qui a remué ciel et terre pour offrir à son fils une bonne instruction. "Son entêtement a porté ses fruits. Il a réussi à me dénicher une place à l'Ecole Saint-Vincent à Port-au-Prince, une institution pour enfants handicapés". Avec tenacité et un courage pathétique, il a réussi à poursuivre ses études à Perkins School for the Blind, à Boston aux Etats-Unis, où il a connu pour la première fois les préjugés raciales. "Loin de ma famille, de mes amis, seul dans un milieu où je ressentais l'hostilité, le mépris, l'isolement et l'indifférence".
Mû par un grand élan de patriotisme, il reviendra vivre par la suite en compagnie de sa femme Mercédès, qui avait décidé de fuir l'enfer qu'était devenu Haïti avec François Duvalier. Ayant quitté son emploi d'enseignant au pays, il se retrouve aux Etats-Unis sans un sou. C'est par le grand hasard qu'un ami lui a offert un accordéon électrique qui a valu son entrée dans la musique haïtienne "sa seule porte de sortie", avec qui il a fait fortune et lui apportera la gloire plus tard. Talentueux, enjoué, étonnament créatif et simple, Joe Jack a su charmer toute une génération d'amateurs de musique.
Amoureux de Montréal, où il a roulé sa brosse après les mauvaises expériences vécues aux Etats-Unis secoués par un mal terrifiant, le racisme. «Du racisme, c'est du racisme, entendons-nous bien. Mais aux Etats-Unis, la démarcation est beaucoup plus tranchée,...», écrit Joe Jack, qui a 73 ans, fait la paix avec lui-même.
Ce roman autobiographique se veut autant un plaidoyer pour le respect des droits des handicapés qu'un hymne à la vie. Ces personnes dont on ignore trop souvent leur présence. « Un aveuge est un être humain à part entière, avec un coeur, une âme, et que les aveugles sont des gens normaux.» Ce livre selon l'auteur, pourrait accompagner les gens qui ont des enfants handicapés, et les éducateurs, en leur fournissant des indices et des éléments de vie: «Je me considère pas comme un pionnier, un cobaye qui raconte son itinéraire de cobaye. Si un seul aveugle n'avait pas à subir les souffrances que moi-même j'ai subies, s'il pouvait être regardé comme un être humain, j'en serais heureux. Et ce témognage prendrait tout son sens ».
Angie Marie Beeline Joseph