ELECTIONS
La Reconstruction, un programme aux mains des candidats
PORT-AU-PRINCE, 12 Septembre - On parle de programme des candidats comme s'il n'en existait pas déjà un. Toujours notre incorrigible absence de suivi! C'est la première fois au contraire qu'il existe un programme. Tout un programme. Il s'appelle le PDNA qui a été mis au point au lendemain du séisme du 12 janvier. Une évaluation des besoins post désastre dressés, chiffrés, revus et corrigés. Coût total: 11 milliards de dollars. Avec des promesses de financement de l'ordre de 10 milliards sur les prochaines années.
Mais dont moins de 10% pour cent ont été jusqu'à présent rendus disponibles.
Première question aux candidats: quel est votre plan pour obtenir les 10 milliards qui nous ont été promis par la communauté internationale?
Pas de fuite en avant. Vous n'étiez pas d'accord, votre secteur n'avait pas été consulté. Avez-vous les moyens de faire mieux? Evidemment, non. Alors ne nous éternisons pas. Au suivant!
Pas moyen de contourner ce programme-là …
Ecoutons l'un des membres internationaux de la CIRH (Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti) composée de 30 personnalités, moitié d'haïtiens, moitié d'étrangers. Notre garantie, dit-il, c'est notre forte présence dans cette commission. Aucun gouvernement ne pourra faire capoter le processus. A bon entendeur!
Donc pas moyen de contourner ce programme-là qui est déjà sur la table. Ou comme disait De Gaule à Sékou Toure, le seul président de l'Afrique noire nouvellement indépendante qui avait refusé les conditions de la décolonisation: 'vous n'aurez pas un kopek!'.
Faut-il souligner que le PDNA (Post Disaster Needs Assessment ou évaluation des dommages, pertes et besoins provoqués par le séisme) ne concerne pas seulement la réhabilitation du centre-ville de Port-au-Prince qui fait l'actualité en ce moment. Mais le pays tout entier. Et dans tous les domaines: bassins versants, ports et aéroports, campus universitaires. Etc.
Qui dit mieux!
Tous les candidats ont accès au programme …
Mieux que ça. Le gouvernement a annoncé que tous les candidats auront accès au programme.
Le président René Préval se charge de le leur dire dans le cadre de son très médiatisé programme de visites aux candidats et candidates.
Toutes les commissions qui ont planché sur la reconstruction dans tous les domaines (économique, compétitivité, justice, éducation, agriculture, santé, nouvelles technologies etc) ont été rameutées.
Tous les ministères se tiennent prêts à dresser un état des lieux complet aux 19 prétendants au fauteuil bourré.
Bref, jamais on n'avait encore vu candidats aussi soignés sur le plan programme.
Mais on continue à parler de programme comme s'il n'en existait pas un, comme s'il n'y avait pas un 'programme commun' (c'est bien le cas de dire), comme si de rien n'était …
C'est à croire que la majorité des candidats se fiche de leur programme (pour une fois qu'ils en ont un) comme de l'an quarante.
Candidat à la suprême magistrature …
Pour l'instant le PDNA reste bloqué. Même l'ex-président Clinton, son principal animateur, qui vous le dirait.
D'abord le financement ne vient pas. Ou pas assez vite.
Que proposez-vous, vous le candidat à la suprême magistrature, pour activer le processus?
N'ayez peur de parler. On ne vous volera pas vos idées. Nous sommes là comme juges.
Ensuite, le foncier, le principal blocage, plus encore que le trop lent déblocage des fonds.
Que proposez-vous pour libérer les vastes domaines restés vacants et dont on a besoin pour relocaliser, construire des espaces industriels, agrandir ports et aéroports?
La nationalisation. Nationaliser tout le pays? La méthode dessalinienne. Aux grands maux, les grands remèdes. Soyez hardis! C'est ce qui nous manque le plus.
Ou racheter aux propriétaires qui sont en règle? A quel taux?
Dieu merci il y a aussi des notaires parmi les candidats!
Egarés sous les décombres! …
Puis il y a le plus gros morceau: la population, dans son ensemble, n'est pas motivée par la reconstruction. Le primum vivere domine. On vit tous dans les camps, physiquement ou mentalement. Egarés sous les décombres!
Ne reprochez pas au gouvernement de ne l'avoir pas fait, la conscientisation. Il fallait faire vite. Que proposez-vous vous-mêmes comme candidat (c'est votre tâche, c'est à votre tour maintenant) pour créer l'esprit de reconstruction? L'esprit-reconstruction, sans quoi c'est peine perdue. Sinon c'est Duvalier-ville, Cité Simone, toutes ces réalisations fort onéreuses et sans lendemain.
Donc voilà, vous avez un programme, et un de formidable à accomplir.
Par où allez-vous l'attaquer? Allez y! On vous écoute. Ben oui, c'est ça. Comme ils disent, on ne se bouscule pas au portillon. On n'est pas pressé, hein.
Eh bien, mesdames et messieurs les candidates et candidats, mille excuses, mais vous n'y couperez pas. Le micro est prêt, le public aussi.
L'esprit-reconstruction …
Comment débloquer les milliards de la reconstruction?
Comment garantir la primauté de l'intérêt de la Nation?
Comment faire pour que toutes les catégories se retroussent les manches sans que l'intérêt d'aucune d'elles soit négligé, voire oublié, remis aux calendes grecques?
Comment mettre tous les Haïtiens la main à la pâte sans que ce soit le même blabla de réconciliation nationale comme on l'entend déjà faute d'avoir quelque chose d'intéressant à dire?
Comment créer l'esprit-reconstruction pas pour les milliards mais pour refaire Haïti pour les Haïtiens et par les Haïtiens!
Sans quoi l'Allemagne et le Japon, les vaincus de la Deuxième guerre mondiale, seraient encore des pays sous occupation étrangère?
Justement pour finir, comment sortir notre pays de cette occupation qui n'ose pas dire son nom? Cette occupation sale, oui ou non!
En comprenant que la solution 'koupe tèt, boule kay' (coupez les têtes, brûlez les villas) c'est d'une autre époque et que seule solution c'est reconstruction partout.
Voici le challenge. Sinon, messieurs les candidats, passez votre chemin.
Mélodie 103.3 FM, Port-au-Prince