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 LA QUESTION DE COULEUR DANS L'HISTOIRE D'HAÏTI

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MessageSujet: LA QUESTION DE COULEUR DANS L'HISTOIRE D'HAÏTI   LA QUESTION DE COULEUR DANS L'HISTOIRE D'HAÏTI EmptyDim 10 Juil 2011 - 4:37

Par Micheline LABELLE

L'interprétation de l'histoire haïtienne ne peut manquer de se heurter à l'omniprésence de la question de couleur, de façon directe ou indirecte. Le piège consiste à présenter et à expliquer événements et courants d'idées en termes de rivalités entre « noirs » et « mulâtres ». L'occultation de la lutte de classes imbriquée dans le procès économique national, lui-même imbriqué dans des rapports avec l'« extérieur », exerce ainsi sa fonction de reproduction des rapports économiques, politiques et idéologiques existants. Ainsi, la pensée de Duvalier constitue un prototype excellent de l'articulation ratée qu'on peut faire subir aux variables de classe et de couleur dans ce contexte précis ; elle le fait en récupérant le sens des faits d'histoire au profit d'une interprétation dualiste et mécanique (deux couleurs, deux classes, deux élites) et en privilégiant la variable de couleur comme déterminante des problèmes sociaux.

La colonie de Saint-Domingue

L'importance des colonies du Nouveau-Monde, des comptoirs d'Afrique et d'Orient et de l'esclavage comme « catégorie économique de la plus haute importance » dans le procès d'accumulation du capital européen, est un fait démontré.

Cette importance s'apprécie en termes quantitatifs, d'une part : masse énorme du capital-argent accumulé dans les métropoles par l'écoulement des produits coloniaux ; et qualitatifs, d'autre part : rôle des colonies dans la division internationale du travail, au profit de quelques métropoles, [p. 45] et rôle du commerce, combiné à des contradictions internes spécifiques aux métropoles, dans la désagrégation des rapports féodaux et la constitution de nouvelles classes sociales. Que représente Saint- Domingue dans ce cadre général ? Une richesse fabuleuse. En 1797, Moreau de Saint-Méry la décrit ainsi :

La partie française de l'île de Saint-Domingue est, de toutes les possessions de la France dans le Nouveau-Monde, la plus importante par les richesses qu'elle procure à sa métropole et par l'influence qu'elle a sur son agriculture et sur son commerce (Moreau de Saint-Méry, 1958 : 25).

Selon Césaire, elle était à l'économie française du XVIIIe siècle ce que l'Afrique entière est à l'économie française du XXe siècle (Césaire, 1961 : 20). En 1776, « elle produisit pour la France plus de richesses que toute l'Amérique espagnole pour l'Espagne » (Pierre-Charles, 1972 : 21), et, en 1789, son commerce extérieur assurait le tiers du commerce extérieur français, équivalant même à celui des États-Unis (Hector et Moïse, 1962 : 92). La masse totale des exportations atteignait alors 75 millions de dollars. À la même époque, la production de sucre atteignait 70 000 tonnes, celle du café, 35 000 tonnes.

La population de l'époque compte 400 000 esclaves, 28 000 affranchis et 40 000 colons. Comme le souligne judicieusement Moreau de Saint-Méry :

Ce serait même prendre une idée bien fausse de cette colonie que de croire à chacune de ces trois classes un caractère propre, qui sert à la faire distinguer tout entière des deux autres (Moreau de Saint-Méry, 1958 : 29).

En effet les groupes sociaux sont hétérogènes, selon la place des agents dans la production, en termes de propriété, de statut, d'acquis juridiques et de couleur. Les esclaves sont majoritairement noirs, mais pas tous ; on trouve des « gens de couleur » parmi eux. En 1789, on évalue les esclaves mulâtres à 17 000 soit 2,6% du total des esclaves (Bastien, 1968 : 9). La division du travail instaure une hiérarchie entre :

- commandeurs, esclaves des ateliers, esclaves domestiques, ou esclaves de jardins ; esclaves des villes ou des habitations ; esclaves créoles (nés dans la colonie, sous- entendu « civilisés ») et esclaves « bossales » ou « nègres-Guinée » (frais arrivés d'Afrique, porteurs de « signes », de [p. 46] mœurs et de coutumes spécifiques) ; esclaves marrons qui fuient dans les montagnes ou « à l'Espagnol » (c'est-à-dire dans la partie Est de l'Île) pour constituer des communautés de résistance, productives et auto-subsistantes, basées sur la culture du café et des vivres.

Les affranchis, noirs ou « sang-mêlé » (ces derniers appelés aussi « jaunes » ou « hommes de couleur ») occupent eux-mêmes des places très diverses dans le procès de production et de circulation : petits affranchis, encore très proches de l'esclavage, qui exercent les petits métiers (pêcheurs, bouchers, cordonniers, etc.) ou constituent la masse des domestiques, lavandières, tâcherons occasionnels et chômeurs ; moyens affranchis distribués dans l'armée, le petit commerce, les métiers plus rentables (orfèvres, perruquiers, arpenteurs, économes, etc.) eux-mêmes déjà possesseurs d'esclaves ; enfin affranchis planteurs, propriétaires d'exploitations moyennes (80, 100, 200 hectares) en général des mulâtres, spécialisés dans le café plus que dans le sucre, possesseurs d'une force de travail servile importante, ayant des intérêts antagonistes avec ceux des grands planteurs souvent absentéistes du sucre (Hector et Moïse, 1962 : 101).

Enfin les colons représentent un vaste éventail : « petits blancs » (appelés « blancs manants », terme encore utilisé en Haïti), soit les petits producteurs non propriétaires de leurs moyens de production, les petits artisans et gens de métier qui appartiennent aux « couches moyennes » ; plus au-dessus, les petits et moyens commerçants, employés, petits et moyens fonctionnaires, gens des professions libérales, artistes et gros artisans ; et enfin les classes dominantes : grands planteurs, négociants indépendants ou représentants des grandes maisons commerciales françaises, hauts fonctionnaires et hommes politiques.

Les gens de couleur, fils de croisements divers, ont, à l'époque, des assises économiques plus solides que les affranchis noirs. Ils ont aussi plus d'instruction et de prestige, étant souvent envoyés en France pour être éduqués. Ces privilèges ont été cumulés tout au long du XVIIe siècle, finissant par représenter une menace directe pour les classes concurrentes de colons. C'est pourquoi leur situation politique et juridique ne gagne pas de terrain, alors que les vexations discriminatoires se multiplient contre eux. Leur situation se détériorera pour culminer, à l'aide du contexte révolutionnaire français dans la révolte de 1790. À Saint-Domingue, en 1789, les affranchis de couleur détiennent un tiers des terres, un quart des esclaves, un quart de la propriété immobilière, une bonne situation dans le commerce et les métiers, et un grand prestige militaire, du fait de leur participation à la guerre d'indépendance des États-Unis (Césaire, 1961 : 111-112). Leur supériorité économique et sociale relative sur le secteur noir des affranchis et sur la masse des esclaves de toutes couleurs, de même que leur infériorité relative par rapport aux classes possédantes de colons, se pose donc avec une acuité toute chargée d'intérêts de plus en plus divergents.

Les noirs libérés après l'abolition de l'esclavage (1794) constituent à leur tour divers groupes sociaux. En particulier, la couche privilégiée des « nouveaux libres » comporte les cadres et les militaires de haut rang de l'armée de Toussaint Louverture. Ils deviendront à leur tour grands propriétaires et gérants de plantation après le départ des colons. Cette couche de « nouveaux libres » de même que les anciens affranchis propriétaires formeront les nouvelles couches dirigeantes autochtones avec lesquelles la métropole devra compter entre 1793-1804 (Moïse, 1972 : 128-129).

Ces intérêts de classes, de couches ou de fractions de classe ne sont pas particuliers aux « noirs » et aux « mulâtres 1 ». L'histoire des luttes sociales qui marquent Saint-Domingue, parallèlement à la révolution française de 1789 (luttes pour les droits politiques des affranchis, pour l'abolition de l'esclavage, et plus tard pour l'indépendance) abonde de stratégies, d'alliances, de revers opposant les groupes sociaux métropolitains, coloniaux, de même que les nations adverses en présence. James, dans les Jacobins noirs (1949), jette un éclairage passionnant sur toutes ces trames du processus révolutionnaire qui a abouti à la Constitution [p. 48] de la République d'Haïti en 1804 2 processus inscrit dans des niveaux de contradiction diverses :

1) Cadre de la rivalité inter-impérialiste entre la France, l'Espagne, l'Angleterre, les protagonistes en Haïti utilisant ces rivalités selon leurs intérêts respectifs et selon la conjoncture entre 1790 et 1804.

2) Cadre de la lutte colonie-métropole opposant d'abord les grands planteurs autonomistes contre la France révolutionnaire, républicaine et anti-esclavagiste, et par la suite affranchis et esclaves alliés dans une guerre d'indépendance contre la France napoléonienne redevenue pro-esclavagiste.

3) Cadre des luttes de classes internes à la colonie dans lesquelles le problème de couleur s'inscrit activement et impose sa marque définitive pour l'évolution ultérieure des rapports de force et des idéologies dans l'Haïti indépendante : contradictions entre petits et grands blancs, entre grands planteurs créoles et négociants métropolitains, entre grands planteurs absentéistes et moyens planteurs créoles, entre affranchis noirs et de couleur, entre affranchis de couleur et blancs, etc.

Né de l'inégalité et de l'exploitation de la force de travail et de la variable ethnique attachée à la distribution de cette force dans le procès et les rapports sociaux de production, le préjugé de couleur, dès l'époque coloniale, se constitue sur de solides bases idéologiques.

_______________________

1 Le terme mulâtre (qui correspond à un type physique assez précis dans la colonie, distinct du marabout, du griffe ou du quarteron) finit par être utilisé comme synonyme de gens de couleur. Moreau de Saint-Méry précise en effet : « ... parmi les Affranchis, trouve-t-on deux sixièmes de Nègres, trois sixièmes de Mulâtres ou de Marabous, de Griffes et de Sacatras, que l'on confond avec les Mulâtres, et un dernier sixième d'individus des nuances supérieures, à compter du Quarteron exclusivement. Dans la propre opinion des Affranchis, il y a une grande distance entre les Affranchis nègres et les autres, qui relativement aux nègres semblent se réunir tous en une seule classe... Les plus nombreux, ceux-mêmes qui le sont assez pour que leur nom soit donné dans l'usage ordinaire à tout ce qui n'est pas Nègre ou Blanc, ce sont les Mulâtres » (Moreau de Saint- Méry, 1958 : 102-103).

2 Voir aussi Étienne Charlier (1954), Aimé Césaire (1961), Edner Brutus (1968).

(A SUIVRE)
Source: http://haitireconstruction.ning.com/profiles/blogs/la-question-de-couleur

_________________
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MessageSujet: Re: LA QUESTION DE COULEUR DANS L'HISTOIRE D'HAÏTI   LA QUESTION DE COULEUR DANS L'HISTOIRE D'HAÏTI EmptyDim 10 Juil 2011 - 10:57


J'ai deja proposé que pour trouver nos vraies racines il faut retourner à la chaudière coloniale de Saint-Domingue .Prendre la fuite vers d'autres cieux ne changera jamais la matrice conflictuelle de nos problèmes.Haiti est nee de Saint-Domingue .
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