Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti
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 Surplace !

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MessageSujet: Surplace !   Surplace ! EmptyDim 24 Juil 2011 - 18:03

Surplace !
Par Daly Valet

Le Matin : 22 au 28 juillet 2011

Le Palais national est l’hôte, depuis le 14 mai 2011, d’un président atypique. Une petite révolution, côté spectacle. Ce sacre de l’audace est venu consacrer, en Haïti, l’ancrage du politique dans un apolitisme dépouillé. Les choix individuels et les politiques publiques ne dérivent plus des grands clivages sociaux et idéologiques qui, jadis, structuraient peu ou prou la vie politique haïtienne. Aucune grande conviction ne les fonde ni ne les légitime. On se perd en litanies oiseuses autour d’individualités. De Rouzier à Gousse. Les positions fluctuent au gré du vent. Pas d’assises partisanes cimentées dans des arrangements institutionnels durables. Les proximités ne sont point idéologiques. Elles s’ordonnent, plutôt, selon des modalités tribales, contractuelles et marchandes. Si l’idée de partage des responsabilités gouvernementales émanant du groupe majoritaire au Parlement est politiquement légitime, elle vise, parallèlement, à pérenniser la politique du ventre et du patronage clientéliste. Du patrimonialisme en puissance. Du flou partout. De l’approximatif. De l’équivoque. Des quiproquos. Cette permanence de l’entre-deux, ce refus de la clarté autorisent tous les chevauchements. Des plus arbitraires aux plus ridicules. Le Parlement comme bric-à-brac. Les autres institutions publiques comme auberges espagnoles. Le sérieux qu’il y a dans l’acte de choisir et de ratifier un Premier ministre devient, dans pareilles conditions, une farce. Il offre surtout l’occasion, aux acteurs de premier plan engagés dans ce processus, de faire valoir leur droit inaliénable à de l’infantilisme irresponsable dans la conduite des affaires de la République. Périsse Haïti pourvu que survivent nos fantasmes et nos clans ! Quelle saga !

Nous avions cru qu’il n’y a pas pire drame, pour un pays, qu’un séisme de la magnitude de celui qu’a connu Haïti en 2010. Mais c’était mal évaluer l’amplitude de nos misères et mal cerner leurs causes profondes. À l’origine de tout, une grande sécheresse en termes de leadership humain. Des crises, des malheurs, des misères qui ont essentiellement les Haïtiens eux-mêmes comme source génératrice. Les catastrophes naturelles, la malchance ne sauraient tout expliquer. Plus qu’une carence dans l’ordre des moyens pour faire face aux impondérables, il s’agit avant tout d’une défaillance collective du leadership haïtien dans la gestion des moyens.

Des flux incessants de rhétorique verbeuse nous déferlent dessus comme des avalanches. Mais, allez chercher un discours structuré. Un plan. Un agenda. Une programmation. Une cohérence entre le dire et l’agir. Chronophagies. Le temps, ah oui ? Nous n’en avons que faire ! La République est en mode autopilotage. Les pouvoirs d’État deviennent des attrape-tout. L’espace d’un cillement, n’importe qui s’institue votre juge, votre sénateur, votre député, votre président. On peut n’avoir pour pedigree que d’abjectes références et sa mégalomanie. On peut n’être qu’une fourmi avec des ambitions d’éléphant. Ça passera ! C’est Haiti.

Ce pays, dans sa trajectoire erratique, est à l’ère du n’importe quoi. Les partis politiques ne sont désormais que des marais desséchants. Désertion et désertification. Ils n’ont même plus de cadres pour encadrer leur transformation en vecteurs de projets et de modernité. Tous des entités momifiées. Voire insignifiantes. Leurs discordes aux mille voix ont fini par faire d’eux des créatures aphones. Ils ne sont ni entendus ni écoutés. Battus, abattus, ils ont abdiqué. Ainsi, par défaut, la rue dégoûtée, des forces occultes, et un secteur frustré et enchanté de l’international, cet international plus faiseur de rois qu’accompagnateur, nous dictent leurs lois.

L’histoire singulière de la récente élection présidentielle est assez caractéristique de la perversion du processus politique. Le Parlement est l’institution haïtienne, par excellence, qui cristallise, en condensé, ces dévoiements. Confusion de pouvoirs. Usurpation de prérogatives. Notre régime constitutionnel mixte prend la forme caricaturale d’un régime d’assemblée, par lequel l’instance parlementaire s’octroie, de fait, des attributions exécutives. Ce dessaisissement de l’exécutif de ses moyens et prérogatives risque de déboucher sur un État monocéphale au sein duquel un organe unique cumule des fonctions législatives et régaliennes. En fait, le groupe Inite/GPR veut faire de Michel Martelly un président par procuration. Il serait, ainsi, physiquement au Palais national, voyageant, dansant, blaguant, tâtonnant, tournoyant, éructant de colère, et se débattant avec ses projets improvisés, mais ceux qui contrôlent le Parlement entendent demeurer et s’imposer comme les vrais maîtres de l’appareil gouvernemental.

Le pays ne peut que faire les frais de cette bataille rangée entre Martelly et Inite. Il s’agit d’un choc entre des minorités qui tentent de se neutraliser. Le président Martelly n’a pas d’existence parlementaire. Cela ne semble pas être un vrai souci pour lui. Il pense pouvoir se mettre uniquement à chanter pour que les parlementaires se mettent à danser à sa cadence. Erreur. Inite, de son côté, n’a pas la faveur de l’électorat ni de l’opinion publique. Mais ses chefs s’estiment suffisamment enhardis par les failles de Martelly pour lui dicter ses choix et ses grandes orientations. Autre erreur. Ils sont tous deux condamnés à cohabiter au pouvoir. À gouverner ensemble. Avec ou sans Bernard Gousse. Ils ont bien fait d’initier des discussions pour débloquer le pays et constituer un gouvernement fonctionnel et légitime. Chacun dans le respect des pouvoirs constitutionnels de l’autre. Et sans bravades. Sinon, ce sera du surplace. Avec de hauts dirigeants sans hauteur ni grandeur.

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