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 Gros plan sur le règne de l’impunité

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Sasaye
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MessageSujet: Gros plan sur le règne de l’impunité   Gros plan sur le règne de l’impunité EmptyJeu 26 Déc - 20:05

Gros plan sur le règne de l’impunité


Le Nouvelliste | Publié le : 23 décembre 2013


Par Claude Bernard Sérant


La caméra d’Arnold Antonin a mis en pleine lumière les victimes de la dictature de Duvalier. Elles avaient toutes un mot à cracher sur ce régime. Gros plan sur « Le règne de l’impunité ».

« Je m’appelle Mackenson. Je suis étudiant à l’Université d’État d’Haïti, âgé de vingt ans. Chez moi, on parle de Duvalier comme un héros. On me dit que sous son régime, les choses allaient beaucoup mieux en Haïti. Mais à partir de ce film j’arrive à percevoir mieux cette réalité », déclare l’étudiant après la projection du film documentaire d’Arnold Antonin à la FOKAL. « Le règne de l’impunité », ce documentaire du cinéaste haïtien (1h 5 mn) suscite des débats.

Le jugement des témoins
Mackenson veut savoir où Antonin a puisé autant de courage pour s’attaquer à Duvalier. Aussi s’inquiète-t-il pour lui.

Le cinéaste souligne qu’il n’a reçu aucune menace pour la réalisation de ce documentaire. Toutefois, il regrette « de n’avoir recueilli de témoignages de militaires, de tortionnaires proches du régime. » Il les a rencontrés. Aucun n’a voulu se prêter à l’exercice de l’interview qui aurait donné un son de cloche différent dans le recueil de témoignages.

Cette vérité qui s’élabore dans le jugement des témoins qui prennent tour à tour la parole correspond-elle à ce qui a vraiment eu lieu ?

Jean-Claude Duvalier, lors de son interpellation, avait demandé des comptes : « Qu’avez-vous fait de mon pays ? » Sa question avait irrité plus d’un parmi ceux qui ont dilapidé les caisses de l’État, elle avait agacé ceux qui se sont acharnés à monopoliser le pouvoir. Duvalier avait mortifié ceux qui ont employé toute leur énergie à empêcher les institutions démocratiques de prendre pied en Haïti. Dans leur vision étriquée de l’État, ceux-là mêmes se persuadent que de telles institutions mineraient leurs intérêts individuels.

Question de mémoire en Haïti
Jusqu'à ce que ce jeune ait vu le film d’Antonin, Duvalier demeurait un héros dans son esprit comme pour beaucoup de jeunes d’Haïti. Vingt-sept ans se sont écoulés et aujourd’hui encore cette jeunesse ne voit pas en quoi ceux qui fustigent le régime de Duvalier sont meilleurs que lui.

Comment est-on arrivé là ? Question de mémoire dans ce pays qui élève l’histoire à la hauteur d’un culte. Mais de quelle histoire parle-t-on s’il y a éternellement un complot contre la mémoire ? Antonin se désole de cette attitude adoptée face aux événements qui devraient nous permettre de projeter une lumière sur notre présent.

Les jeunes d’aujourd’hui ont-ils vu trop de crimes impunis ? Ont-ils entendu trop de personnes qui auraient dû avoir honte prendre la parole en leur nom ? Les jeunes ont-ils les yeux scotchés sur l’état de délabrement du pays ? Ce qui se fait ici et maintenant les empêche-t-ils de prendre du recul en vue de regarder dans le rétroviseur de l’histoire ?


La banalisation du mal
« Le terrorisme duvaliériste peut être assimilé à la terreur hitlérienne. Duvalier voulait faire de nous des sous-hommes, des larves. Il y a une banalisation du mal dans ce pays », s’indigne le cinéaste, reprenant l’expression d’Hannah Arendt.

Connu pour son engagement politique, social et culturel en Haïti et à l’étranger, ce n’est pas sans raison que cet infatigable septuagénaire a pris son bâton de pèlerin pour sensibiliser la jeunesse haïtienne. Il revenait juste d'une rencontre avec des étudiants de l'université de Limonade et ceux d’une faculté de droit au Cap-Haïtien, dans le Nord du pays. Il avait consenti à animer les débats à la FOKAL dans une salle Unesco pleine comme un œuf.

«Un étudiant, estimant qu'ici il y a trop d’anarchie, souhaite le retour à la dictature en Haïti après avoir vu le film. Ma foi, j’estime que ce dernier n’a pas compris le film ! Vous savez, nous avons essayé tous les régimes politiques possibles : empire, royaume, président à vie, dictature civile, militaire. Un enfant est même devenu président. Il n’y a que le régime démocratique que nous n’avons pas encore essayé. Depuis 1986, on tente de l’instituer, jusqu’à présent cela n’aboutit pas. Mais la démocratie se base sur une chose : la division des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le pouvoir judiciaire doit être autonome, indépendant. Trois ministres de la justice ont défilé dans ce film, tous ont dit la même chose », fait remarquer Antonin.

Le documentaire produit et réalisé par Arnold Antonin, et monté par Kharméliau Moïse tisse de bout en bout le destin tragique de tout un peuple. Les jeunes ne vivent pas ce passé si présent comme une histoire. Ils sont en plein dans la tragédie : impunité, misère, chômage, délabrement physique et moral du pays, dislocation des institutions, anarchie sauvage des villes qui n’ont pour toute alternative que la politique ‘’lese grennen’’ du bidonville pour asphyxier la population.

Un jeune se lève : « Quand est-ce qu’on va oublier tout ce qui nous est arrivé ? Est-ce que le sujet d’un tel film documentaire ne frustre pas ? Le consensus que l’on réclame en ce moment n’exige-t-il pas qu’on oublie tout ? »

Arnold Antonin, cet intellectuel dans le cinéma haïtien, qui réfléchit sur le matériau social et qui en fait un travail d’archéologie visuelle en filmant, souligne que cette histoire douloureuse qui a marqué les Haïtiens dans leur chair ne s’effacera pas d’un trait. Aussi invite-t-il la société haïtienne à s’inspirer d’une série d’expériences qui ont eu lieu dans le monde pour tirer des leçons positives. Il a pris en exemple l’Afrique du Sud de Mandela et le leadership de cet homme politique pour résoudre les problèmes qu’on croyait même insolubles.

Et pourquoi pas Haïti ? « Notre société est pourrie et fonctionne sur la pourriture. Depuis 1986, nous agissons de la même manière parce que nous refusons de voir la vérité en face », regrette Antonin. Par ailleurs, il a fait cette remarque au jeune homme : « Je peux manifester l’idée de me réconcilier avec toi, mais si je t’avais brutalisé, si j’avais tué ton enfant et ta mère sous tes yeux, même si tu avais un cœur immense pour me pardonner, me pardonnerais-tu ? Sur la base de cette réconciliation que tu réclames, il faudrait que je fasse amende honorable, c’est-à-dire reconnaître mes torts. Mais si je deviens arrogant, l’idée de la réconciliation ne sera que pure illusion. »

serantclaudebernard@yahoo.fr


Claude Bernard Sérant

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