Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti
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 Eske KREYÒL lan se ""REVOLUTION SILENCIEUSE"" vre?

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Joel
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MessageSujet: Eske KREYÒL lan se ""REVOLUTION SILENCIEUSE"" vre?   Eske KREYÒL lan se ""REVOLUTION SILENCIEUSE"" vre? EmptyVen 25 Avr 2014 - 11:05

Haiti : La révolution silencieuse

mercredi 23 avril 2014

23

Par Marcel Duret*

Soumis à AlterPresse le 22 avril 2014

Anba frechè limyè zetwal
Nan randone boujon bèl flè ak rizèt lawouze
Samdi 24 jiyè a setè diswa nan Legliz Sakrekè
Yasmin ak Bòb ta kontan kè kontan
Pou tout lafanmi Titis ak Dirèt ak zanmi toupatou
Ta la ansanm pou ride yo trese
Yon bouke riban lanmou san bout
Texte de Rassoul Labuchin

C’était en juillet 1981 et c’était l’un des premiers cartons d’invitation à un mariage écrit en créole. Il y en a eu certainement d’autres depuis mais le phénomène restait très rare à l’époque. Un ami ayant reçu le carton m’avait appelé pour me dire qu’il n’en comprenait pas le libellé. Je lui ai lu le contenu à haute voix pour qu’il puisse comprendre la langue maternelle qu’il parlait mais ne lisait pas.

A l’avance, j’avais signifié au prêtre célébrant mon mariage que je ne voulais pas d’un mot français prononcé durant la cérémonie. Je suppose qu’il est sorti ravi de l’expérience, car son sermon en créole a été applaudi, chose inédite dans une église catholique à Port-au-Prince.

Ma plus grande satisfaction d’avoir choisi de faire une cérémonie en créole m’est venu de façon insolite. Deux ans plus tard, 1h45 de l’après-midi, je suis au bureau de douane de Port-au-Prince et je me résignais déjà à ne pas pouvoir dédouaner un conteneur avant la fermeture à 2h. Un employé de la douane m’approche et me demande s’il pouvait m’aider. Surpris je lui dis, avec beaucoup d’audace, qu’il fallait absolument que je sorte ce conteneur de la douane avant la fermeture. Il m’a regardé avec un sourire et m’a dit : « Vous ne me connaissez pas, mais moi je vous connais. Je suis un membre de la chorale de l’église du Sacré-Cœur et j’ai beaucoup apprécié que vous ayez exigé que toutes les chansons chantées durant votre cérémonie de mariage soient en créole. Je vais vous aider ». J’ai réussi in extremis à sortir le conteneur.

Depuis, le créole a fait son petit bonhomme de chemin et a conquis ses lettres de noblesse dans la culture et la société ainsi que dans les communautés haïtiennes d’outre-mer. On se souvient de Radio Haïti Inter où feu Jean Dominique a été l’un des pionniers dans la diffusion de nouvelles en créole. Aujourd’hui, le créole occupe une plus grande place que le français dans toutes les stations de télévision et de radio. Les responsables de communication dans le pays ont fini par accepter que la langue parlée par la majorité des haïtiens est sans nul doute le créole et l’ont pris pour acquis. Très peu de publicités sont diffusées en français. Le phénomène Bicha a fait école. Au rythme des musiques racines ou konpa, il existe des spots publicitaires en créole qui sont des chefs-d’œuvre musicaux et littéraires ; feu François Latour a marqué de très belle manière la publicité en créole. Le succès retentissant qu’a connu la pièce de théâtre « Pèlin Tèt » de Frankétienne demeure mémorable dans l’histoire du théâtre haïtien avec un record de 33 représentations. Les contributions du linguiste Pierre Vernet et de la réforme de Joseph Bernard sont inestimables et demeurent pertinentes. Qu’il s’agisse de l’église catholique, protestante, baptiste, adventiste, pentecôtiste ou autres, grâce au créole, la parole de Dieu est devenue, au sens propre et au figuré, musique à l’oreille des fidèles. Longtemps avant ces églises, le vodou s’est approprié naturellement la langue. La bible a été traduite en créole. Les documents comptables, les procès verbaux des réunions ainsi que toutes autres pièces de certaines organisations paysannes comme les mutuelles de solidarité de KNFP (Konsèy Nasyonal Finansman Popilè) sont strictement en créole, d’autant plus que toutes les décisions sont prises dans ces mutuelles en assemblée générale dans cette seule langue qui facilite ainsi la vraie démocratie. Les leaders politiques s’évertuent à utiliser la langue créole comme outil de communication alors qu’auparavant on pourrait parier qu’ils voulaient s’assurer que le peuple ne comprenne rien de leur discours en français. La constitution de 1987 reconnait le créole comme langue officielle. En 1992, le passeport haïtien est émis pour la première fois en créole et en français. A date, c’est le seul acte de l’état civil qui soit en créole. Autant de jalons qu’a posés le créole après une longue traversée du désert.



…………..

*Ex Ambassadeur d’Haïti à Tokyo

[1] NDLR : Pas valable pour AlterPresse

(première partie)



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MessageSujet: Re: Eske KREYÒL lan se ""REVOLUTION SILENCIEUSE"" vre?   Eske KREYÒL lan se ""REVOLUTION SILENCIEUSE"" vre? EmptyVen 25 Avr 2014 - 11:08

Mais, le créole écrit tarde à emboiter le pas au créole parlé. En effet, depuis Dezafi de Frankétienne, combien de romans en créole ont été publiés par nos écrivains haïtiens ? Combien de livres didactiques ont été publiés en créole ? Combien de journaux ou magazines sont édités en créole ? Existe-t-il un concours pour les œuvres en créole ? Pourquoi l’Académie du Créole est-elle encore en gestation ? Le fait même que je doive écrire en français pour parler du créole, donne une idée sur la complexité des rapports que la société haïtienne tisse avec sa propre langue maternelle : cet article aurait très peu de chances d’être publié s’il était écrit en créole ! [1]

Par bonheur, il se passe silencieusement quelque chose d’extraordinaire dans l’utilisation de la langue créole écrite en Haïti. Une certaine libération de la parole et de la pensée est en train de provoquer un divorce de fait avec la langue française. L’introduction du téléphone portable et des messages (SMS, BBM etc.) dans les coins les plus reculés du pays, a provoqué une nouvelle manière de communiquer entre une grande majorité d’haïtiens de toutes les couches sociales. Puisque le SMS, par exemple, est moins cher et qu’après 5 communications payées on en obtient 50 gratuitement, il est devenu le moyen de communication par excellence pour beaucoup d’haïtiens plus particulièrement pour les jeunes. Ainsi le créole écrit, de plus en plus, en vient à occuper un espace certain dans les coutumes et la manière de penser pour beaucoup d’haïtiens. Sans aucune inhibition, sans retenue, en abréviation improvisée et sans se soucier des fautes de grammaire ou d’orthographe, une grande majorité de créolophones sont en train de se défaire du carcan de la langue française pour s’exprimer librement avec toute l’inventivité de cette langue imagée. Le créole est réinventé, repensé et, avec, la société haïtienne elle-même.

L’histoire de la colonisation nous apprend que les langues ont été et sont encore un outil de domination des peuples. Imposer une langue étrangère à une population, est une manière d’essayer de lui transmettre une façon de penser et d’être qui n’est pas la sienne ; en quelque sorte la soumettre. S’exprimer dans une langue qui est sienne et sans se sentir dévalorisé, est une révolution dans toute l’acception du terme. Il y a là une estime de soi qui est fondamentale pour tout être humain et pour tout peuple.

Si la révolution de 1804 a triomphé par les armes et la force, celle qui se passe aujourd’hui en Haïti est silencieuse mais tout aussi profonde et significative. A l’instar de la période d’isolement et d’ostracisme d’Haïti après 1804, une nouvelle langue prend corps et évolue en Haïti sans tuteur, sans aucune influence, ou presque, de l’extérieur.

Face à un matraquage systématique de cultures et de langues étrangères venant de divers horizons « blan », les haïtiens se sont retranchés derrière ce qu’ils ont de plus sacré et qui les caractérise le mieux : leur langue créole.

…………..

*Ex Ambassadeur d’Haïti à Tokyo

[1] NDLR : Pas valable pour AlterPresse



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MessageSujet: Re: Eske KREYÒL lan se ""REVOLUTION SILENCIEUSE"" vre?   Eske KREYÒL lan se ""REVOLUTION SILENCIEUSE"" vre? EmptySam 26 Avr 2014 - 9:51

Se ankourajan ke DURET kòmanse ap pale FÒS KREYÒL LAN.
An palan de KREYÒL lan ,te gen yon gwoup ENTELEKTYÈL lan MATINIK ak GWADLOUP lan fen lanne 2000 yo te envite AYISYEN pou yo patisipe lan sa yo rele yon ""HAUT CONSEIL DE LA LANGUE ET LA CULTURE CREOLES""

Pa t gen repondong e san prezans AYITI ,yon konsèy kon sa pa gen SANS .Men sa yo te di.
Pran l sa pou l ye paske yo te ekri l sa gen preske 15 ZAN de sa!

Articles & débats
 
Le créole à travers les âges de l'oral à l'internet, en passant par l'écrit

par Daniel Barreteau, Jean Bernabé & Raphaël Confiant

Jean Bernabé
Jean Bernabé - 1981 : 6éme anniversaire du GEREC-F.
Dans cet article, nous n'aborderons pas l'histoire de la constitution du créole, pas plus que l'histoire de l'écriture de cette langue, ni de ses représentations ou, du moins, ne ferons-nous qu'effleurer ces questions. Ces thèmes, qui ont déjà été au centre de nombreuses recherches passionnantes, mériteraient plus d'espace pour être retraités.
Nous nous intéresserons ici au fonctionnement du créole du point de vue de ses modes de transmission et d'acquisition. Qu'en est-il de la situation du créole par rapport au développement des supports de communication modernes? A l'heure de l'institution d'un CAPES de créole, comment dynamiser la pratique et l'enseignement du créole? Est-ce que les NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication) peuvent jouer un rôle efficace pour la promotion de la langue et de la culture créoles? Oui, sans nul doute.

1. De l'oral à l'écrit

Comme toute langue "naturelle", le créole a d'abord été et est une langue orale, avec tout ce que cela implique de théâtres multiples d'opérations vivantes, où le sujet parlant est en contact direct, multi-sensoriel, avec un vis-à-vis. La situation de parole suppose, normalement, la présence effective, sur le champ, au moins de deux interlocuteurs. Les autres modes de communication, plus "modernes" (écrit, téléphone, radio, télévision, internet...) n'ont pas cet avantage considérable de la présence concomitante d'une personne qui parle et d'une autre personne qui écoute et qui réagit.
Le bilinguisme et le multilinguisme ne posent pas vraiment de problèmes à l'oral, dans la communication inter-personnelle, informelle, où tellement de moyens et d'alternatives s'offrent pour échanger. Dans une telle situation de bilinguisme, les réflexes pour réagir, dans la seconde même, à un contexte donné, s'acquièrent dès la naissance (passage d'une langue à une autre, mixage des langues, utilisation de gestes...).
Le régime de diglossie, malgré la minoration qu’il implique pour le créole, n’échappe pas fondamentalement à ce fonctionnement. Mais on ne peut circonscrire le créole dans son oralité, ni dans des rapports interpersonnels directs. Les difficultés commencent lorsque l'on veut fixer l'écrit et que l'on essaie de profiler une politique linguistique et éducative.
Le créole écrit est jeune, même si, depuis sa constitution, on sait qu'il a "subi" de nombreuses tentatives de transpositions. La fixation moderne de sa transcription date des années 70 et 80, avec des prolongements et des débats encore d'actualité.
Par parenthèses, ces débats sont tout à fait dans l'ordre des choses. La standardisation d'une langue est une opération de longue haleine. Il faut, certes, s'arrêter à un moment donné de manière à fixer un mode d'écriture et à produire des documents de référence (textes, dictionnaires, grammaires, manuels didactiques...) qui feront autorité mais sans bloquer les réflexions et les débats. C'est en multipliant les pratiques, c'est en observant l'évolution même de la langue et en étudiant l'acceptation ou le rejet des principes par les usagers que l'on en viendra, peu à peu, à la nécessité de réformes (plus ou moins importantes). Il n'y a donc pas lieu de créer, pour l’heure, par une sorte de mimétisme, une "académie de la langue créole", ni d'arrêter, définitivement, par décret, l'orthographe de cette langue, à un moment donné.
En revanche, il convient de lancer le projet d'un "Haut conseil de la langue et la culture créoles", fédérant un ensemble de "Conseils régionaux" (Conseil de la langue et de la culture créoles des Antilles et de la Guyane, de Haïti, de la Réunion, etc.) qui auraient pour objectifs:
d'encourager, de faire connaître et de rassembler les recherches sur la langue et la culture créoles;
d'organiser des rencontres de manière à avancer de concert sur la standardisation, la normalisation et la modernisation des différents parlers créoles;
d'encourager l'édition et la diffusion de documents;
de veiller à la qualité de la formation (des futurs enseignants et des élèves);
d'encourager tous modes de diffusion par les média;
de créer et d'alimenter des centres de documentation (sur les lieux mêmes où l'on parle et où l'on enseigne le créole).
La constitution de ce Haut conseil de la langue et de la culture créoles (non réservé à des linguistes) impliquerait que les créoles, créolophones, créolisants, créolistes et créolophiles fassent l'effort de dialoguer pour travailler, ensemble, au développement de cette langue et de cette culture, même si, au départ, certains points de vue semblent divergents (attitudes bien humaines qui tiennent davantage à des ambitions personnelles parfois excessives qu'à des divergences réelles).
2. L'assimilation de l'écrit

Il est tout à fait évident que le créole est marqué par un déficit énorme en matière de pratique de l'écrit, c'est-à-dire de lecture et d'écriture, cela du moins dans les Départements français d'Amérique.
Le passage par l'écriture et l'assimilation de l'écrit sont pourtant des stades obligés du développement moderne des langues. Pour conserver les traces du passé, pour accumuler des connaissances, pour moderniser des champs d'activités, pour enseigner des réalités nouvelles, pour communiquer à distance, une langue a nécessairement besoin de l'écrit. Et les écrits doivent être lus et assimilés par les locuteurs (en masse), qui deviendront des "scripteurs", voire des "écrivains" en puissance.
A défaut de cette assimilation par une masse importante de "pratiquants", le développement de l'écrit resterait une œuvre sans lendemain. Il ne servirait à rien de publier des textes, de développer une norme, d'élaborer des dictionnaires de néologismes si ces données ne devaient pas être réapropriées, "digérées" et réutilisées par les usagers de la langue. En d'autres termes, pour être vivante, une langue doit s'apprendre et se pratiquer, elle doit se renouveler constamment, répondre aux besoins du moment. Elle doit réagir mais aussi se reproduire.
Dans la période de mondialisation que nous vivons, quelques cinq à six mille langues sont confrontées, chaque jour, à l'assimilation de techniques et de notions nouvelles qui sont diffusées à très grande vitesse (essentiellement à partir de l'anglais). Toutes les langues peuvent s'adapter à des situations nouvelles, certes ; elles peuvent se moderniser, mais à condition que cela se fasse progressivement. Les procédés sont bien connus: dérivation, composition, calques, emprunts... En revanche, il est clair que la modernisation des langues ne peut pas se faire si les acteurs d'une langue sont trop peu nombreux ou manquent de dynamisme. Il ne servirait à rien, par exemple, de traduire des articles de physique nucléaire de l'anglais au créole, de créer des néologismes dans ce domaine, s'il n'y a pas de communauté qui puisse s'incorporer ces techniques. On voit que jouent plusieurs critères dans la modernisation des langues: adaptabilité, créativité mais aussi "digestibilité" par la socialisation. Le créole peut se moderniser mais tout effort de modernisation doit être validé par les locuteurs.
La langue créole n'est pas une langue particulièrement difficile à lire et à écrire, pourvu que l'on ait suivi un minimum de formation initiale. Pour qui sait lire et écrire en français et qui a déjà des notions de transcription phonétique, l'acquisition des principes d'écriture ne semble pas poser de problèmes insurmontables. D'où la possible démultiplication rapide des lecteurs et scripteurs, dans la perspective ouverte avec le CAPES de créole. Des espoirs sont donc permis de ce côté. Il faudra les "transformer".
3. De l'écrit à l'internet

Récemment, des intellectuels martiniquais (Patrick Chamoiseau, Gérard Delver, Édouard Glissant, Bertème Juminer) ont proposé un "Manifeste pour un projet global" (publié dans Antilla, le 14 janvier 2000, avant qu'une autre version ne paraisse dans Le Monde).
Aujourd'hui, s'il est encore concevable de dépasser ce "projet global", nous voudrions aller plus loin dans cette utopie d'une Martinique biologique en formulant le rêve d'une communauté de créoles, créolophones, créolisants, créolistes et créolophiles, soucieuse de défendre la biodiversité culturelle de l'espace créolophone autant que son environnement naturel.
Dans une époque où la communication ne semble avoir de valeur que par le nombre, c'est-à-dire à l'échelle planétaire, en opérant une réduction drastique des langues à vocation véhiculaire, l'Europe a fait de la résistance en prenant le chemin du respect de la diversité culturelle (voir l'année européenne des langues 2001) ; la France (après des siècles d'un centralisme aveugle) a suivi cette même voie et cherche maintenant à accompagner et à encourager le développement des langues régionales.
Dans ce contexte historique nouveau, c'est à nous d'agir, maintenant, pour donner vie à l'espace créolophone, nous tous, créoles, créolophones, créolisants, créolistes et créolophiles.
Mais de quels moyens disposons-nous? Les moyens modernes de communication peuvent-ils nous aider ou bien, entrons-nous dans une ère de fausses facilités?
Le créole commence à s'implanter au théâtre, à la radio et à la télévision (donc à l'oral), mais encore trop peu à l'école, dans les écrits, dans la signalisation, la publicité ou sur internet (exceptions faites de quelques rares sites).
Sans chercher à décrire cette situation (qui mériterait d'être examinée régulièrement, d'être étudiée scientifiquement, de manière à suivre, effectivement, l'évolution de la dynamique de cette langue), selon nous, il conviendrait certainement de valoriser, grâce à l'internet et aux moyens audio-visuels, les très nombreux travaux qui ont été menés sur la langue et la culture créoles.
Nous pensons, notamment, aux nombreuses et importantes publications mais aussi aux guides didactiques que le GEREC-F (Groupe d'études et de recherches en espace créolophone et francophone) est en train de préparer pour le concours du CAPES de créole.
Des présentations sommaires, des extraits pourraient être "offerts" aux internautes (avec l'agrément, bien sûr, des auteurs et des éditeurs): dictionnaires en ligne, cours de créole, passages de littérature, etc. Des CD-ROM pourraient reprendre l'essentiel des documents écrits, sous des formes plus interactives, plus ludiques.
Cette perspective nous semble d'autant plus intéressante à développer que la majorité des collèges et lycées de l'espace créolophone sont maintenant reliés à l'internet.
Propositions

En résumé, en étant bien conscient qu'un "état des lieux" reste à faire, nous pouvons d'ores et déjà profiter de la situation extrêmement dynamique offerte par l'institution du CAPES de créole pour faire quelques propositions, qui pourraient trouver des applications à l'échelle de l'ensemble de l'espace créolophone.
Il nous paraît intéressant, urgent et de l'ordre du possible d'entrevoir les opérations suivantes:
regrouper nos forces au sein d'un Haut conseil de la langue et de la culture créoles qui fédéreraient un ensemble de conseils régionaux;
encourager de toutes les manières possibles (notamment avec les NTIC) le passage à l'écrit afin de donner une autre dimension, sociale, de la pratique du créole;
rêver et faire rêver d'un espace créolophone dynamique, cette utopie prenant corps dans un projet politique (au sens le plus noble et le plus général du terme) de respect de la biodiversité culturelle.
La recherche, l'enseignement et la communication ne font pas toujours bon ménage. Traditionnellement, dans le monde de la recherche, la communication n'intervenait que lorsqu'un programme de recherche était abouti. Il en va différemment aujourd'hui: dans la période que nous vivons, nous devons communiquer pour faire partager nos questionnements, pour monter nos projets autant que pour divulguer et valoriser les résultats de nos recherches.
Nous avons maintenant les NTIC pour nous aider à mener à bien toutes ces opérations, de bout en bout. A nous de les utiliser au mieux. C'est nous qui en ferons des techniques efficientes ou qui les laisseront se dégénérer. A nous de soigner, notamment, nos sites institutionnels et de les faire connaître. Avec la reconnaissance du créole comme langue d'enseignement, il faut avancer très vite pour que cette expérience in vivo soit suivie du succès que l'on attend; pour que la perception du rôle et du statut de la langue créole évolue dans le bons sens. Rien n'est statique. Pour cela, il est indispensable de faire preuve d'imagination, de dynamisme et de cohésion pour avancer, collectivement.
Si le GEREC-F se trouve au cœur de cette réforme, il va de soi que beaucoup d'autres acteurs seront appelés à jouer un rôle essentiel dans cette vaste entreprise, en particulier les politiques, l'élite intellectuelle, le corps enseignant et les média.
Cet article est donc, finalement, un appel à collaboration multiple (à structurer), pour une démultiplication d'acteurs engagés et résolus en faveur du développement de la langue et de la culture créoles. Le moment est venu de nous manifester positivement.
Daniel Barreteau - Jean Bernabé - Raphaël Confiant

Viré monté


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