Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti
Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti
Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.

Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti

FOROM AYITI : Tèt Ansanm Pou'n Chanje Ayiti.
 
AccueilAccueil  GalerieGalerie  PortailPortail  ÉvènementsÉvènements  PublicationsPublications  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
-49%
Le deal à ne pas rater :
Roborock S5 max
274 € 542 €
Voir le deal

 

 CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol)

Aller en bas 
2 participants
AuteurMessage
Joel
Super Star
Super Star


Masculin
Nombre de messages : 17129
Localisation : USA
Loisirs : Histoire
Date d'inscription : 24/08/2006

Feuille de personnage
Jeu de rôle: Le patriote

CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) Empty
MessageSujet: CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol)   CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) EmptyDim 29 Mar 2015 - 20:15

CASTRO DESROCHES se yon bon LODYANSE ki ekri pou HAITI LIBERTE.






Le Candidat Dans Tous Ses États

« Je est un autre. » Arthur Rimbaud.
Humour Rose…


Par : Castro Desroches


castro desroches pic-haiti-news-haitialternative-martelly-castro desroches pic-evans paul_black

« Si Micky a pu devenir Président, moi je serai à coup sûr…Sissi Impératrice! » C’est avec ces propos très peu équivoques que la Première dame de la République, son Excellence Sophia Martelly a annoncé avec fracas son intention de remplacer son époux à la Première magistrature de l’État. Mais, rassurez-vous bonnes gens. Il n’y aura pas de coup d’État matrimonial ! D’après les rumeurs dignes de foi qui circulent sur Internet, Sophia aurait la ferme intention de participer en bonne et due forme aux joutes électorales du mois d’octobre. Si cette volonté de continuité dans le change/ment devait se matérialiser, elle aurait à faire face à une phalange d’adversaires très redoutables. À cette liste déjà trop longue, vient juste de s’ajouter aujourd’hui…votre très humble serviteur.

En tant que leader incontestable et incontesté de l’opposition radicale en ex-île, je prends plaisir à vous annoncer officiellement ma candidature à la Présidence d’Haïti. C’est une décision irrévocable à laquelle j’ai abouti après de longues années de gymnastiques intellectuelles, de réflexions téléologiques et philosophales. Afin que nul n’en ignore, je viens de ce pas d’inscrire mon Parti sur la page Facebook du Conseil Électoral Provisoire. J’ai pris, envers Moi-Même, la ferme résolution de faire mieux que les candidats les plus éminents qui se sont distingués à rebours au cours des élections pestilentielles de l’année 2006 :
1.Docteur Hubert de Ronceray : 0.95% des voix.
2.Marc Louis Bazin : 0.68%.
3.Maître Gérard Gourgue : 0.30%.
4.Colonel Himmler Rébu : 0.19%.

Je suis déjà parti gagnant parmi les membres de ma famille. J’ai eu la chance immense de ne pas avoir de musiciens parmi les miens. D’après les sondages scientifiques menés par la firme américaine Ipsos, je serais carrément le candidat le plus populaire dans le Canton de Nassau. Bibil, mon principal conseiller politique (qui est interné depuis un bon bout de temps dans un asile psychiatrique à New Heaven) suit de près l’actualité nationale et m’a donné la garantie de pouvoir remporter les élections dès le premier tour. Evidemment, je n’ai aucune raison de mettre en doute une prédiction aussi bienveillante. Il me fait un rapport détaillé et quotidien sur les moindres faits et gestes, les moindres prises de position dans la Presse de mes potentiels con/currents. En dépit de son état mental lamentable, ses réflexions lumineuses dépassent de loin la logique pathétique des politologues du dimanche. La folie serait-elle un masque que portent les gens intelligents pour échapper à l’indigence du temps présent?

Ma ravissante copine est très excitée à l’idée de devenir Première dame de la République. Elle qui postulait un rôle de figurant dans la pièce Evita à Broadway ; elle ne pense plus désormais qu’à un titre réel et solennel dans une île baignée de soleil. Avec le plus grand sérieux du monde, elle a déjà commencé à m’appeler Excellence par-ci, Président par-là. Elle me rappelle de temps en temps un passage qu’elle a probablement trouvé dans un roman de Dany Laferrière : « Picasso n’a pas attendu d’être Picasso pour se prendre pour Picasso. » Je perds souvent la tête dans la forêt luxuriante de son érudition.

J’essaie autant que faire se peut de m’ajuster à cette nouvelle notoriété au sein de mon propre foyer. Je bombe la poitrine. Je soigne ma diction. Je mémorise des citations célèbres. Je fais de la r’cherche. Je ronfle avec éloquence. Sans prendre de laxatifs, je remplis mes devoirs de citoyen en déposant mes bulletins avec une régularité admirable. J’arrive à peine à reconnaître l’image que me renvoie le miroir. Je suis devenu étranger à Moi-Même. Le chat s’est métamorphosé en lion.

Lorsque je chat/ouille avec nonchalance le clavier de mon ordinateur, je la surprends souvent en train de me lorgner avec des clins d’œil furtifs de féline. Je feins de ne pas la voir mais je sais qu’elle est entrée dans une nouvelle phase d’infatuation à cause de mon regain d’énergie…politique. N’avais-je pas déjà obtenu son vote enthousiaste, en ce mardi du mois d’octobre où nos regards d’éternels romantiques s’étaient étreints dans cette classe de français à Fordham University?

Elle veille sur mon sommeil avec une vigilance renouvelée. Elle surveille mes moindres écarts de langage qui ne font pas présidentiels. Elle a toujours eu de la classe, ma belle. Elle lit et relit au lit mon discours d’investiture et mes futures adresses à la Nation. C’est elle qui a corrigé ces centaines, voire ces milliers d’articles percutants que j’ai publiés dans les magazines les plus prestigieux de l’État d’Alaska. Je suis un zélé plumitif mais un très mauvais dactylo. Excepté, bien sûr, lorsque mes doigts en quête d’aventure dessinent doucement sur son corps en émoi les lettres sibyllines de l’alphabet du désir.

C’est elle qui met la dernière main à cette vingtaine de manuscrits que je m’apprête finalement à publier aux Éditions C3. C’est elle qui finalise aussi mon modeste CV de trente-deux pages. Nous faisons des préparatifs fébriles afin d’être fin prêts à aller ensemble au rendez-vous de l’Histoire. Dans cette douillette chambre à coucher où nous nous engageons souvent dans la petite guerre à deux, nous avons installé un grand drapeau national et une splendide photo du Palais reconstruit pour la plus belle.

J’ai cru un instant, qu’à la fin de l’année, on allait organiser un troisième carnaval au lieu des élections présidentielles. Depuis la publication du calendrier électoral, je me porte comme un charme. Je rêve avec impatience de ma propre révolution d’octobre par la voie des urnes. Je suis dans un état d’extase et de douce euphorie. Mardi dernier, au cours de mon examen médical annuel, cette charmante infirmière a été surprise de constater une montée en flèche de mon taux de testostérone. Un peu gêné par cette turgescence soudaine et têtue, j’ai dû m’excuser auprès d’elle en confessant candidement que je suis…candidat à la Présidence d’Haïti ! Elle a bien vite compris que le Pouvoir, réel ou anticipé, est un très grand aphrodisiaque…

Les rumeurs persistantes qui se sont répandues sur les réseaux sociaux au sujet de ma candidature ont provoqué pas mal d’effervescence dans ma vie autrefois si sereine. J’ai reçu par UPS une proposition de financement du Sénateur dominicain Fulgencio Dinero, actionnaire principal dans la compagnie Photoshop Construction Inc. J’ai dû même décliner une proposition du Département d’État d’assurer ma sécurité rapprochée. Je ne sais pas si je deviens un peu paranoïaque, mais dans mon quartier, je remarque des voitures de police avec une fréquence inusitée. Le chihuahua de ma voisine nicaraguayenne a cessé de japper dès que je l’ai regardé droit dans les yeux. De parfaites inconnues me dévisagent dans les rues avec une curiosité toute enfantine. Les seins se dressent religieusement pour saluer mon passage. Serait-ce une simple coïncidence ? Serais-je en train de porter soudain une auréole de gloire qui attire l’attention et réclame la révérence la plus absolue ?

Le nombre de mes amies intimes à Facebook a atteint son sommet. Les nouvelles demandes de tendre amitié arrivent, sans sommation, des endroits les plus exotiques : Les Îles Vierges, Sainte Lucie, Les Seych/elles, Les Pays/Bas, Le Monté/négro, La Gé/orgie, La Grenade, Mayotte, La Côte d’Ivoire, Costa Rica, Puerto Rico, La Sibérie, L’Antarctique, et cetera. En prévision de mon raz-de-marée électoral, j’ai déjà reçu plusieurs demandes en mariage, des billets doux et même des propositions…indécentes. Je reçois des résumés, des photos en tenue légère, des certificats de santé et de bonne vie et mœurs, des demandes de réconciliation de mes anciennes épouses. On m’y mêle. On me twitte. On me cuisine à petit feu. On me massage dans le sens du poil avec des messages câlins sur Messenger. Moi, je garde la tête froide. Je joue au Bel Indifférent de Jean Cocteau.

Pourtant, la marche à la Présidence ne sera pas chose facile. Je vais devoir affronter dans un combat titanesque des adversaires de haut vol. Voyons un peu parmi les grands favoris…

Sophia Martelly
Elle a souvent été présentée par ses ennemis intimes comme la Dame de Fer et une femme à tout faire. Ce qui est certain, c’est que ses références duvaliéristes sont impeccables. Ceci constitue un grand atout auprès des pays « amis » d’Haïti. Elle a aussi l’avantage d’être déjà au pouvoir et de disposer à sa guise de la caisse publique. Par contre, elle n’a pas de formation académique connue au-delà du Certificat d’Études Primaires. Selon la propagande officielle elle serait plus ou moins…économiste. Ce certificat…additionnel lui aurait été accordé en hommage à ses longues nuits de veille à amasser du fric dans les bals de Sweet Micky. Au cours d’une émission télévisée, le Premier ministre Rosevans Paul, a candidement affirmé que, dans sa jeunesse, Sophia voulait être urologue afin de prodiguer des soins gratuits aux…déshérités du sort. Moi, je dis que c’est tout à son honneur. La très prestigieuse Université des Gonaïves offre, sur Internet, des cours accélérés pour dirigeants qui manquent de formation. Le président Micky y serait déjà en troisième année de Droit. Cette institution offre également un Master en Instruction Civique et Morale.

Selon la loi électorale en vigueur, Sophia Martelly souffre également d’un déficit d’haïtianité. Elle est citizen. Toutefois, cela pourrait s’arranger facilement avec le président du CEP, M. Pierre-Louis Opont, qui saura apprécier à sa juste valeur une infusion massive d’argent liquide. La candidate du pouvoir « kale tèt » aura à faire face aux graves accusations de détournements de fonds des « petits avocats pauvres » qui, entretemps, avalent du terrain électoral. En tant que Première dame, elle avait reçu une autorisation officielle, publiée dans le Moniteur, en vue de « décherpiller » la caisse publique.

Sauveur Pierre-Etienne
Secrétaire général de l’OPL (le parti crée par Gérard Pierre-Charles, une icône de la gauche haïtienne), Sauveur est détenteur d’un doctorat en sciences politiques. Toutefois, la « Radiographie » de ses prises de position révèle une faiblesse généralisée au niveau de la colonne vertébrale. Au cours des quatre dernières années, son attitude vis-à-vis du gouvernement kleptomane et autoritaire de Sweet Mimi a été très ambiguë. Il commet souvent des erreurs de calcul et ne maîtrise pas encore les notions élémentaires de l’arithmétique, de la proportion et de la vraisemblance tout court. Il a accusé René Préval d’avoir vendu le poste de Président à Michel Martelly pour la somme de (tenez vous bien)…500 millions de dollars US ! À son actif, il faut aussi ajouter la création d’une nouvelle science sociale qualifiée de « Radotologie ». Il aime s’entendre parler et ré/péter (ad nauseam) les mêmes rengaines. À l’en croire, il aurait le vent en poupe…

Sauveur est probablement un excellent professeur d’université mais un lunatique qui se laisse aller à des déclarations nébuleuses, à l’emporte-pièce. À tort ou à raison, il croit en son étoile. Sur la Toile et dans la classe…politique, il est devenu un vaste sujet de plaisanteries. Toutefois, il lui arrive parfois de dire des choses sensées lorsqu’il ne raconte pas des conneries. Le grand défi sera pour lui de transformer les grands mots en bulletins électoraux. Un brutal réveil l’attend lorsque les résultats des élections présidentielles seront proclamés. S’il n’arrive pas à franchir le cap de 7% des voix, il risque de perdre et le sac et les crabes. Selon les révélations confidentielles de mon houngan politique Diab Nan Ravine, il aura à faire face, avant ou après les élections, à une rébellion au sein de l’OPL.

Déjà 2 heures 12, l’heure d’aller casser la croûte avec ma Ouanga Négresse. D’après les informations fournies par radio fouille-apporte, la liste des candidats à la Présidence a déjà dépassé plusieurs feuilles de papier. Serait-il redondant d’ajouter que la plupart des candidats manquent une feuille ? Personnellement, je n’ai pas l’intention de mener campagne. Les bains de foule me laissent froid. Les promesses creuses et les envolées lyriques me donnent le vertige. Farouche partisan du regretté professeur Leslie F. Manigat, je crois dur comme fer que : « Si je prends le pouvoir, le peuple viendra à Moi. »



castrodesroches@haitialternative.org





* Castro Desroches enseigne le français à l’université aux États-Unis depuis dix ans. Observateur attentif de la politicaillerie haïtienne, il a déjà publié de nombreux articles humoristiques sur la folie du Pouvoir. Il vient de lancer aux Éditions Educa Vision une « lodyans » intitulée : Les Enfants Malades de Papa Doc. Ce livre est disponible à Amazon.com








1 Comment


FacebookTwitterGoogle+

Cahier de Retour du Candidat de la DiasporaFrom Rags to Riches: Michel Martelly and the Haitian El Dorado
Revenir en haut Aller en bas
Joel
Super Star
Super Star


Masculin
Nombre de messages : 17129
Localisation : USA
Loisirs : Histoire
Date d'inscription : 24/08/2006

Feuille de personnage
Jeu de rôle: Le patriote

CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) Empty
MessageSujet: Re: CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol)   CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) EmptyLun 30 Mar 2015 - 18:40

Yon lot LODYANS Pwofese CASTRO DESROCHES
http://www.haitialternative.org/actualites/cahier-de-retour-du-candidat




Humour Rose…

Par : Castro Desroches*

« C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née


C’est de leurs premiers traits que je fus abattu… »

François Maynard (1582-1646)



castro desroches pic-haiti-news-haitialternative-martelly-castro desroches pic-evans paul_black





« Excellence, vous pouvez avoir mon vote autant de fois que vous voulez. » C’est avec ces paroles très peu ambiguës que cette charmante créature manifesta son soutien à la noble cause que je venais…d’embrasser.

Dans la fièvre du samedi soir, je sirotais une bière dans un bar perdu de la banlieue de Nassau, lorsqu’elle est venue à moi comme dans Hadriana dans tous mes Rêves de René Depestre. « Seriez-vous par bonheur le Candidat de la Diaspora qui fait tant parler de lui. » Je n’en croyais pas…ses yeux. Je n’en croyais pas sa bouche. J’étais déjà en état d’apothéose…

C’était une « apparition » dans la plus pure acception de Maurice Sixto. Ses deux trésors fermement exposés par un fin corsage de flanelle faisaient des dettes pour toute la République. À mon sens, elle était en état de grâce. Sans crier gare, son parfum de femme en fleur à l’orée du printemps prit possession de mon bon ange. Je n’en croyais pas ses narines frémissantes de bonheur anticipé. Ma langue fragilisée par une douce émotion, trouva pourtant assez d’élan pour répondre avec une pointe de candeur et d’élégance du temps longtemps : « Pour vous servir, mademoiselle ! » Le reste, vous l’avez sans doute deviné. Ce ne fut que…romance. Une douce idylle dans la magie de la nuit. Sur la piste de danse où l’obscurité étalait généreusement ses charmes impudiques, son corps se nouait à mon corps tandis qu’elle vouvoyait à mes oreilles de la poésie pure: « Excellence, je suis à vous…à vie.»

Depuis ce samedi soir, sa rue Rose Avenue, au cœur du quartier de Floral Park, est devenue ma terre…d’élection. Je suis devenu le gouverneur de la rosée de ses arbres musiciens.

Je la surprends souvent sous la douche en train de fredonner des airs du bon vieux temps :

« Tant que l’amour inond’ra mes matins
Tant que mon corps frémira sous tes mains
Peu m’importent les problèmes
Mon amour, puisque tu m’aimes

J’irais jusqu’au bout du monde

Si tu me le demandais… »

Je piaffe d’impatience quand elle est loin de Moi. Serait-il redondant d’ajouter que lorsque je pense à elle, je vois la vie…en Rose ?

L’incroyable nouvelle de Ma candidature à la Présidence d’Haïti a suscité dans la Diaspora et au pays natal un enthousiasme délirant. C’est devenu, le sujet favori des programmes les mieux écoutés. Émotions. Passion. Choc. Les nerfs sont à fleur de peau. Récemment à l’émission Ranmase, mon ami d’enfance Francis a failli faire un malheur sur un petit malin, portant bracelets roses, qui croyait pouvoir me critiquer. « Kite li vini, non. Mwen pare pou li ! » L’animateur Jean Monard Metellus a dû intervenir vigoureusement en vue de mater les belligérants.

Sur les ondes des radios pirates, ma popularité a atteint sa vitesse de croisière. On parle et reparle de Moi avec un engouement sans précédent. Je fais la une de l’actualité dans les colonnes du journal Le Matin, le plus grand quotidien de la capitale. Mon nom qui, à lui seul sonne comme un manifeste politique, est apparu en grandes manchettes sur la couverture de l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir. L’espace d’un cillement, je suis devenu très « populire » ; un phénomène médiatique sans précédent dans les annales de la politicaillerie haïtienne.

Des journalistes étrangers me citent et me sollicitent en vue d’obtenir mon opinion sur les grandes questions nationales. On croit pouvoir me poser des questions difficiles. Des pièges à cons. « Auriez-vous l’intention de ressusciter l’Armée défunte ? » En général, je réponds aux questions par des questions: « L’Armée d’Haïti avait-elle levé le petit doigt pendant les vêpres dominicaines ? L’Armée avait-elle protégé la population contre les Macoutes pendant les 29 ans de la dictature des Duvalier ? » Lorsque le cœur m’en dit, je réponds aussi avec des formules laconiques et lapidaires : « L’Armée d’Haïti était une armée d’occupation…indigène. Ce n’est pas Haïti qui possédait l’Armée. C’est l’Armée qui possédait Haïti. Paix à son arme ! »

Ce qui fait surtout ma force dans la compétition électorale, c’est la concision de mes déclarations. Avec tout le respect que je lui dois, j’ai horreur de…la radotologie. Ce que le Dr Sauveur Pierre Étienne dirait en dix heures d’antenne, ce qu’il écrirait en deux ou trois cents pages de sciences po, je l’exprime avec plus de force, de clarté et d’élégance en deux ou trois phrases anodines.

Dans la Presse, on se plaint amèrement de tous ces lunatiques qui se sont inscrits au Conseil Électoral Provisoire et qui n’ont aucune chance de succès face à Ma candidature d’Homme Providentiel. Je soupçonne ces candidats de s’intéresser surtout au financement promis aux partis politiques. Ce sont pour la plupart des brasseurs sans envergure qui dirigent des particules de circonstance. Sur leurs cartes de visite, ils ont fait imprimer à l’avance : candidat malheureux aux élections de 2015. Mais, en Haïti, le ridicule ne tue pas. L’absence de pudeur s’étale dans toute sa splendeur.

« Ne m’oubliez pas, non. Moi, c’est le Ministère du Tourisme que je veux. » Ainsi me parlait cette jeune femme de vingt-sept ans qui disait avoir fait des études de zoologie aux Îles Caïmans. Difficile à vérifier, hum ? Certains de mes partisans refusent de comprendre qu’il est trop tôt pour Moi d’assigner des postes et de former Mon cabinet ministériel. Je n’ai pas très bien compris lorsqu’elle m’a dit qu’elle voulait révolutionner l’industrie hôtelière en remplaçant les 5 étoiles par 5 hibiscus. J’ai dû demander à l’un de mes consultants de traduire pour moi ce discours cousu de fil rose. À l’avenir, lorsqu’on sollicite un poste dans Mon gouvernement, il faudra être clair comme de l’eau de roche.

J’avais l’intention d’utiliser M. Mulet comme cheval de bataille électorale, mais il s’est laissé prendre dans une sale affaire de trafic d’enfants à la mamelle. Ces alliés internationaux, c’est comme les diapers. Il faut les changer de temps en temps. J’ai dû donc me rabattre sur une firme…sicilienne en vue de diriger sur le terrain ma campagne présidentielle. Il m’a été conseillé de publier des articles régulièrement et de ne pas me faire de soucis au sujet des candidats qui parlent…en piles à la radio. Ils croient avoir le vent en poupe, mais ils se trompent profondément. La parole est d’argent mais…l’écriture est d’or. Selon les premières recommandations de cette firme, je devrais calibrer mon message en vue de plaire davantage à la gent féminine qui constitue la majorité des votes.

192 partis politiques se sont inscrits en vue de participer aux élections. Haïti a battu son palmarès dans le grand livre Guinness des records. Le CEP risque de ne pas avoir assez de 0% pour distribuer à tous ces candidats. J’ai été le seul à soumettre ma candidature sur Facebook. J’ai été surpris de trouver dans le formulaire des questions bizarres : « Savez-vous chanter ? Savez-vous descendre votre pantalon en public ? Savez-vous dire des mots sales ? » Je ne savais pas que cela faisait partie des qualifications du Président de la République. Bon…je ne sais pas. Je suppose que je pourrais essayer. Ma copine bon chic bon genre en serait horrifiée. Mais, à la guerre comme à la guerre.

Au cours des semaines qui viennent, il faut s’attendre à beaucoup de défections au sein de plusieurs partis. Jusque-là, les nouvelles demandes d’adhésion à ma Personne sont allées au-delà de mes espérances. Dans le camp de mes con/currents, c’est la débandade généralisée.

J’ai été, paraît-il, le dernier à appréhender l’ampleur de ma popularité. Selon mon correspondant sur place à Port-au-Prince, à chaque fois qu’un avion passe dans l’aire aérienne de la capitale, tout le monde lève la tête. Je suis devenu malgré Moi l’homme providen/ciel. Mes zélés partisans attendent mon retour avec une impatience insoutenable. Les brassards roses sont sur le qui-vive. Ils s’arrachent les cheveux. Ils font des tentatives d’intimidation et des menaces de…mots : « Deyò, deyò nèt ! » Ils m’accusent d’avoir écrit des articles attentatoires à la bonne marche des institutions et d’avoir violé les droits du Président Sweet Mimi à voler en toute sérénité. Selon le journal officiel Micky Pinky News, mon certificat de décès a été déjà imprimé. Je serai placé à l’article de la mort, si j’ose pointer le nez en Haïti ou continuer à distance à fourrer ma bouche dans ce qui me regarde. Ils voient déjà mon camoquin de cadavre exposé au Salon de l’Ange Bleu des Pompes Funèbres Paret Pierre-Louis. Eux qui faisaient tant de propagande au sujet des nouvelles lignes aériennes, le bruit de Jet Blue soudainement les dérange. À Port-au-Prince, il est devenu subversif de regarder le ciel. Mais, il n’est que d’attendre. Ma première mesure en tant que Président sera de faire peindre en rose les cellules du pénitencier en vue d’enlever à Sweet Mimi toute idée d’évasion.


Blackout

Depuis l’annonce officielle de Ma candidature, je n’arrive plus à trouver le sommeil. Je rêve debout de Te Deum dans les ruines de la Cathédrale de Port-au-Prince. Libérée des carcans du quotidien, mon imagination vogue sur les hautes vagues. Je rêve de discours d’investiture à la lumière des baleines. L’ancien Premier ministre Lolo Lamothe avait promis le courant pour le 31 février, mais qu’importe. Au moins, il nous a fait grâce de son autobiographie. Il n’a jamais prétendu d’être…une lumière. Je rêve de tapis rouge sous mes pas de Papa tout d’un coup. Je rêve de musique martiale par la fanfare du Palais de Sans Souci. Je me vois déjà en train de recevoir la con/sécration de Monseigneur Kébreau en tenue de Ku Klux Klan. Je vois des pasteurs très peu protestants venant au secours de Ma victoire. Ils me réclament comme l’un des leurs malgré mes relations privilégiées avec mes loas Mondongues et mon bòkòr Diab Nan Ravine. Ils affirment avec véhémence qu’ils ont toujours su que j’allais me convertir…en Président.

Les appels téléphoniques arrivent de partout. Des chercheurs d’or du Colorado font la queue sur la ligne en vue d’échanger quelques mots avec Moi. Des investisseuses allemandes de Vankokengladbach et de Düren posent des questions incessantes sur la qualité de nos bananes plantain. La plupart du temps, je me retrouve avec trois téléphones en main, essayant désespérément de les renvoyer aux calendes grecques.

Il y a autour de moi une atmosphère de triomphalisme qui excite les adhérents les plus timides. Qu’on le veuille ou non, je suis le Candidat qui offre…une alternative. Des amis qui hier encore me maronnaient à cause de mes tendances mégalomaniaques m’envoient maintenant des messages urgents. Le culte de Moi a finalement commencé. « Vous êtes un camarade qui…Vous êtes un leader que… C’est la première fois qu’on…» Mes censeurs d’hier sont devenus encenseurs. L’encens me monte à la tête jusqu’à me donner le vertige de la Citadelle Laferrière. Parfois, je me vois à l’Académie Française assis à la gauche de Dany. À ce rythme, je risque de passer à l’asile psychiatrique avant d’arriver aux abords du Palais aux 365 portes, le 7 février 2016.

En tant que candidat, je vais devoir affronter, malgré Moi, de vieilles connaissances. La vie réserve parfois des surprises embarrassantes. En 2006, j’ai renoncé à la Présidence parce que l’un de mes anciens élèves était candidat. Par élégance de gentilhomme, je n’avais pas voulu l’affronter mano à mano. Je ne voulais pas être accusé de « child abuse » par mes collègues américains. Il venait d’avoir 35 ans et je ne voulais pas « exploiter sa jeunesse et son inexpérience » à des fins bassement politiciennes. Dans un élan de grandeur d’âme et de générosité, j’ai sacrifié mes ambitions personnelles pour lui permettre de gagner à ma place. À ma grande surprise, il remporta…0.16% des voix. Je n’avais pas de bouche pour parler. En fin de compte, je crois avoir changé un petit peu. Je suis devenu un peu plus pragmatique. Je suis prêt maintenant à affronter n’importe qui. Comme disait l’autre Papa D… : Je ne veux voir personne sur mon chemin excepté Moi-Même.

Parmi mes compétiteurs, il y a cette fois mon ancien condisciple de classe Me Jean Henry Céant. C’est bien malheureux mais c’est comme ça. Je dois concéder qu’il fut un élève brillant tandis que Moi j’étais en rupture de ban au Collège Frankétienne. Je maronnais les cours à cause de ces fameuses déclinaisons latines : rosa, rosam, rosae. Je me refugiais souvent avec les belles demoiselles dans les champs de canne à sucre de : agri, agròs, agrorum. Pendant que Céant suait sang et eau pour maintenir la première place, moi je riais en catimini de la tête à massacre du regretté Me Pongnon. Je me croyais intelligent lorsqu’en camoquin précoce, je déclamais avec mes camarades d’airain Le Cancre de Jacques Prévert :

« …Malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur. »

C’est bon pour moi ! Céant est devenu le notaire le plus notoire de la République. Moi, j’ai été réduit à un obscur petit poste de professeur de province qui touche soixante dollars. Il a non seulement monopolisé la place de premier, il a eu également le toupet d’épouser la fille la plus ravissante de cette classe de quatrième. Le succès scolaire mène à tout, même au bonheur conjugal. J’ai été tellement jaloux de ses succès que cela m’a donné ce matin encore une aigreur d’estomac. Mais la revanche est un plat qui se mange avec du piment ou du Tabasco. Je n’arrive plus à trouver les mots en créole ou en français pour lancer mon défi : I am the comeback kid. Let’s get ready to rumble. I shall return!

Monsieur Pongnon aurait été heureux de savoir que deux de ses anciens élèves sont en même temps candidats à la Présidence. Qui sait s’il n’y a pas une centaine de plus parmi les 192 partis inscrits au CEP ? Il aurait eu la consolation d’accomplir son propre rêve présidentiel par personne interposée. Évidemment, il se serait trompé sur le futur gagnant, mais « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » En souvenir de toutes ces années de déclinaisons latines, d’analyses grammaticales et logiques ; en souvenir du point-virgule et des points de suspension ; en souvenir des tragédies françaises ; en souvenir des Andromaque, des Esther, des Hermione et des Chimène de nos classes de français, j’ai l’intention d’offrir à Me Céant le poste de son choix. À l’exception, bien sûr, de la Primature que je réserve pour ma poupée de luxe, une femme « for me…formidable. » J’ai promis à ma belle, le plus beau cadeau jamais conté. Et, Elle compte sur Moi…


Elections

Je vais devoir affronter, paraît-il, mes anciens condisciples de l’École Normale Supérieure : Pépé Dumont et Tony St Pierre. Ils sont membres du RDNP et conseilleurs spéciaux de l’ancienne Première dame, Mirlande Manigat. C’est bien dommage mais c’est comme ça. Je crois qu’elle aurait dû se retirer après sa déconvenue télévisée face à Sweet Mimi. Personnellement, je me sentirais très humilié de me faire coiffer au poteau par un primaire de la classe de Martelly. Après ce désastre médiatique, elle ne sera même pas en mesure de dire comme Leslie : « C’est mon âge qui fait mon avantage. » Le hic, c’est que jusqu’à présent, on ne connaît pas le vrai résultat des dernières élections. Je ne fais que répéter M. Opont Pierre-Louis, actuel président du CEP. Il a été rappelé sur le lieu du crime pour bien signifier à ceux qui ont des yeux pour entendre et des oreilles pour voir qu’on n’a pas l’intention d’organiser d’élections honnêtes en Haïti. Il se trompe amèrement s’il croit pouvoir m’enlever ce qui me revient de droit : le Palais national. Opont ou pas, je me prépare à vaincre et à con/vaincre.

Face à l’imminence de mon raz-de-marée électoral, la décision la plus intelligente pour Mirlande Manigat serait de se rallier à ma cause et de supporter Ma candidature. En toute humilité, je dirais que le moment est venue pour l’honorable professeure de se retirer avec élégance afin de faciliter le renouvellement de la…classe politique. Dans le parfait anonymat, je l’ai vue de près une fois à Port-au-Prince. J’étais en train de tester le terrain avant de me lancer à l’assaut du Pouvoir. Je n’étais pas encore…le Candidat le plus populaire et le plus marrant. Aujourd’hui, elle m’aurait reconnu à un kilomètre de distance. Je ne la connais pas vraiment mais je la soupçonne d’être une personne très décente.

Je partage ces confidences avec vous sur mes voyages clandestins à Port-au-Prince en sachant que Martelly ne lit pas. N’allez surtout pas traduire pour lui mes écrits en langage élémentaire. J’envoie de l’eau, je ne mouille personne. N’allez surtout pas l’inciter à placer mon nom sur la liste rose de l’aéroport…

Mon anniversaire arrive au mois d’aimer. J’ai l’intention de « sauter » cette année afin de célébrer en grandes pompes, en 2016, au Palais présidentiel. Si par malheur je ne gagnais pas les élections (le mal existe, le monde est méchant), je ne vais pas faire de vieux os dans la politicaillerie. Parfois, il faut se méfier de ce l’on souhaite. On obtient le poste tant convoité et on devient misérable. Evidemment, je parle des chefs d’État qui ont un minimum de science et de conscience…

Je me demande pourquoi, autant d’individus apparemment normaux se sont décidés, à la toute dernière minute, à manifester leurs ambitions présidentielles. Où étaient-ils passés, lorsque d’autres voix, sur le terrain, dénonçaient à leurs risques et périls, les exactions, le pillage et le gaspillage du gangster Michel Martelly ? Je présume qu’ils étaient en réserve, assis sur les bancs de touche, cachés dans les vestiaires. Encore une fois, le terrain de « Je » est bel et bien rempli par les egos de toutes sortes. Égaux dans l’obtention des zéros. 192 partis politiques? Serait-ce l’appât du chèque promis par le CEP ? Où est le chic dans tout ça ? Cela a-t-il provoqué un choc dans la conscience collective ? Serait-ce un virus tropical qui porte les masochistes à aller s’immoler aux urnes ? Serait-ce une nouvelle forme de superstition qui porte les illuminés à être les seuls à croire en leurs étoiles ? Autrefois, on les appelait les Comédiens de Graham Greene. Récemment, ils ont été rebaptisés. On les appelle maintenant…Les Enfants Malades de Papa Doc.



castrodesroches@haitialternative.org



*Castro Desroches enseigne le français depuis dix ans à l’université aux États-Unis . Observateur attentif de la politicaillerie haïtienne, il a déjà publié de nombreux articles humoristiques sur la folie du Pouvoir. Il vient de lancer aux Éditions Educa Vision une « lodyans » intitulée : Les Enfants Malades de Papa Doc. Ce livre est disponible maintenant à Amazon.com


2 Comments


FacebookTwitterGoogle+

PrevLe Candidat Dans Tous Ses États





2 thoughts on “Cahier de Retour du Candidat de la Diaspora
Revenir en haut Aller en bas
Sasaye
Super Star
Super Star
Sasaye

Masculin
Nombre de messages : 8252
Localisation : Canada
Opinion politique : Indépendance totale
Loisirs : Arts et Musique, Pale Ayisien
Date d'inscription : 02/03/2007

Feuille de personnage
Jeu de rôle: Maestro

CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) Empty
MessageSujet: Re: CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol)   CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) EmptyLun 30 Mar 2015 - 21:36


Chapo ba pou Kastwo Dewòche.
Misye kapte tout sans plezantri ak karikati ak imè lan lespri ayisyen.
Se yon bèl ekzanp litereti ayisyen an franse ayisyen.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) Empty
MessageSujet: Re: CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol)   CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol) Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
CASTRO DESROCHES-KANDIDA A LA PREZIDANS (lol)
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti :: Blogue :: Esprit Critique-
Sauter vers: