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 Les idees americaines menacent t-elles la cohesion francaise

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Joel
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MessageSujet: Les idees americaines menacent t-elles la cohesion francaise   Les idees americaines menacent t-elles la cohesion francaise EmptyMer 10 Fév 2021 - 7:44

C'est un article assez interessant publie sur le NEW YORK TIMES

http://nytimes.com/fr/2021/02/09/world/europe/France-universites-decolonialisme-woke.html

Les idées américaines menacent-elles la cohésion française?
Venues des États-Unis, les théories sur la race, le genre et le post-colonialisme sont un affront à l’identité de la France et la république françaises, selon certains politiques et des intellectuels de renom.

Une manifestation contre le racisme et les violences policières à Paris l’année dernière, inspirée, comme  d’autres à travers la France, par le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis.
Une manifestation contre le racisme et les violences policières à Paris l’année dernière, inspirée, comme d’autres à travers la France, par le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis.Credit...Mohammed Badra/EPA, via Shutterstock
Norimitsu Onishi
By Norimitsu Onishi
Feb. 9, 2021
Read in English
The New York Times traduit en français une sélection de ses meilleurs articles. Retrouvez-les ici.

PARIS — La menace serait existentielle. Elle nourrit le séparatisme. Ronge l’unité nationale. Encourage l’islamisme. Porte atteinte au patrimoine intellectuel et culturel de la France.

Quelle menace ? “Certaines théories en sciences sociales totalement importées des États-Unis d’Amérique”, affirme le président Emmanuel Macron.

Certains politiciens, d’éminents intellectuels et nombre de journalistes français avertissent que les idées progressistes américaines — notamment sur la race, le genre, le post-colonialisme — sont en train de saper leur société. “Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines”, prévient le ministre de l’éducation de M. Macron.

Enhardis par ces propos, des intellectuels de renom se regroupent pour contrecarrer ce qu’ils perçoivent comme une contamination par le mouvement “woke” gauchiste et incontrôlé venu des campus américains, et la “cancel culture” qui l’accompagne.

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Ils font face à une jeune garde plus diversifiée pour qui ces théories sont des outils aidant à éclairer les angles morts d’une nation de plus en plus diversifiée qui rechigne encore à faire mention de la race, qui ne s’est toujours pas confrontée à son passé colonial et qui associe souvent les aspirations des minorités à des politiques identitaires.

Ces conflits qui n’auraient autrement pas attiré beaucoup d’attention ont pris de l’ampleur dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le nouveau directeur de l’Opéra de Paris, qui a annoncé lundi son intention de diversifier le recrutement du personnel et d’interdire le “blackface”, s’est vu vivement critiqué non seulement par la cheffe de l’extrême droite Marine Le Pen, mais aussi dans les colonnes du Monde car, bien qu’étant allemand, il a travaillé 10 ans à Toronto et aurait “baigné dix ans dans la culture américaine".

Dans un livre paru ce mois-ci, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, spécialistes chevronnés en sciences sociales, critiquent le principe des études raciales. L’ouvrage s’est attiré les foudres de jeunes universitaires et a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Pour M. Noiriel, la race est devenue un “bulldozer” qui écrase les autres sujets. Dans une réponse par courriel, ce dernier ajoute que l’étude de ce sujet à l’université en France est discutable car la race n’est pas officiellement reconnue par les institutions et n’est qu’une “donnée subjective”.

Alors qu’on assiste au déclin progressif de l’influence américaine dans de nombreux coins du monde, la virulence du débat autour d’une poignées de disciplines universitaires enseignées sur les campus américains peut surprendre. D’une certaine manière, c’est un combat par procuration autour de questions qui sont parmi les plus brûlantes au sein de la société française, celles notamment de l’identité nationale et du partage du pouvoir. Dans un pays où les intellectuels ont toujours une place centrale, les enjeux sont importants.

Si cette bataille qui reflète les guerres culturelles américaines a commencé dans les universités françaises, elle prend désormais de l’ampleur dans les médias. Les hommes politiques s’y engagent de façon croissante, d’autant plus que l’année écoulée a été mouvementée, marquée par une série d’événements qui ont remis en cause les principes de la société française.

ImageDes militantes féministes manifestant l’année dernière contre la nomination par M. Macron d’un ministre de l’intérieur accusé de viol et d’un ministre de la justice qui a critiqué le mouvement #MeToo.
Des militantes féministes manifestant l’année dernière contre la nomination par M. Macron d’un ministre de l’intérieur accusé de viol et d’un ministre de la justice qui a critiqué le mouvement #MeToo.Credit...Francois Mori/Associated Press
En France, des manifestations de grande ampleur contre les violences policières, suscitées par l’assassinat de George Floyd, remettaient en cause la non-reconnaissance institutionnelle de la race et le racisme systémique. Une génération #MeToo de féministes s’est dressée à la fois contre le pouvoir masculin et contre les féministes plus âgées. La répression qui a suivi une série d’attaques islamistes a soulevé des interrogations sur le modèle français de laïcité et l’intégration des immigrés des anciennes colonies de la France.

Certains y voient un écho des politiques identitaires et des théories des sciences sociales américaines. Des parlementaires de centre-droite ont appelé à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les “excès idéologiques” dans les universités et ciblé sur Twitter des universitaires “coupables”.

M. Macron — qui manifestait jusque-là peu d’intérêt pour ces questions mais courtise la droite à l’approche des élections de l’année prochaine — est intervenu en juin dernier, reprochant aux universités d’encourager “l’ethnicisation de la question sociale”, qui reviendrait à “casser la République en deux”.

“J’ai été agréablement étonnée”, dit Nathalie Heinich, une sociologue qui a participé le mois dernier à la création d’un “observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires”. Réunissant des personnalités de renom, dont beaucoup sont à la retraite, le groupe a lancé des mises en garde contre les théories sociales d’inspiration américaine dans des grands médias comme Le Point et Le Figaro.

Pour Mme Heinich, les événements de l’année dernière sont venus s’ajouter au militantisme qui a importé dans les universités française des controverses nées à l’étranger sur l’appropriation culturelle et le black-face. À la Sorbonne, des militants ont empêché la représentation d’une pièce d’Eschyle car ils y contestaient le port de masques et le maquillage en noir d’acteurs blancs; ailleurs, des conférenciers renommés ont vu leur invitation annulée suite à la pression des étudiants.

“C’est une série d’incidents qui ont été extrêmement traumatisants pour notre communauté et qui tous relèvent de ce qu’on appelle la cancel culture”, regrette Mme Heinich.

Pour d’autres, s’en prendre à ce qu’ils perçoivent comme l’influence américaine a révélé encore autre chose, à savoir que l’establishment français serait incapable de se confronter à un monde en mutation, surtout dans un contexte où la mauvaise gestion par le gouvernement de la pandémie de coronavirus vient renforcer un sentiment de déclin inéluctable de ce qui fut autrefois une grande puissance.

“C’est le symptôme d’une petite république effrayée, déclinante, provincialisée, mais qui par le passé et encore aujourd’hui a cru à sa mission universelle et qui donc cherche les coupables de son déclin,’’ estime François Cusset, expert de la civilisation américaine à l’université de Paris Nanterre.


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Une étudiante rentrant chez elle dans le quartier de la Sorbonne le mois dernier.
Une étudiante rentrant chez elle dans le quartier de la Sorbonne le mois dernier. Credit...Andrea Mantovani for The New York Times
La France a longtemps revendiqué une identité nationale fondée sur une culture commune, des droits fondamentaux et des valeurs essentielles comme l’égalité et la liberté, rejetant les principes de diversité et de multiculturalisme. Les Français considèrent souvent les États-Unis comme une société fracturée en guerre contre elle-même.

Mais nombre des principaux penseurs à l’origine des théories des genres, de la race, du post-colonialisme et de la théorie queer, loin d’être des Américains, venaient de la France — ainsi que du reste de l’Europe, d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Inde, explique Anne Garréta, une écrivaine française qui enseigne la littérature dans des universités en France et à Duke University, aux Etats-Unis.

“C’est tout un monde d’idées qui circule à l’échelle mondiale”, precise-t-elle. “Il se trouve que les campus qui sont les plus cosmopolites et les plus mondialisés à ce stade de l’histoire sont les campus américains. ’’

L’État français ne recueille pas de statistiques raciales, illégales, dans le cadre de son engagement affiché en faveur de l’universalisme et du traitement égal de tous les citoyens au regard de la loi. Mais pour nombre de spécialistes de la question raciale, cette réticence s’inscrit dans une longue histoire de négation du racisme en France, du passé colonial et de la traite négrière du pays.

“Qu’est-ce qu’il y a de plus français que la question raciale dans un pays qui s’est construit autour de ces questions-là?”, s’interroge Mame-Fatou Niang, qui partage son temps entre la France et les États-Unis, où elle enseigne les études françaises à l’université Carnegie Mellon.

Mme Niang a mené campagne pour faire retirer, à l’Assemblée Nationale, une fresque où figurent deux personnages Noirs dépeints avec de grosses lèvres rouges et des yeux globuleux. Les opinions qu’elle exprime en public au sujet de la race ont souvent fait d’elle une cible sur les réseaux sociaux, notamment de la part d’un des législateurs qui a fait pression pour une enquête sur les “excès idéologiques” dans les universités.

L’historien Pap Ndiaye, qui s’efforce de faire établir un cursus de Black Studies en France, estime que ce n’était pas une coïncidence si la vague actuelle de rhétorique anti-américaine est apparue au moment même où se tenaient les premières manifestations contre le racisme et les violences policières, en juin dernier.


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Des manifestants contre les violences policières lors d’affrontements avec les forces de l’ordre à Paris, l’année dernière.
Des manifestants contre les violences policières lors d’affrontements avec les forces de l’ordre à Paris, l’année dernière.Credit...Mohammed Badra/EPA, via Shutterstock
“Il y a bien cette idée qu’on parle trop des questions de race en France,” dit-il. “Ça suffit."

Les trois attentats islamistes à l’automne dernier sont venus rappeler que le terrorisme reste une menace en France. Ils ont également fait porter l’attention sur un autre domaine de recherche très sensible, l’islamophobie, et comment l’hostilité envers l’islam en France, ancrée dans son expérience coloniale du monde musulman, continue de marquer la vie des musulmans français.

Abdellali Hajjat, un expert en islamophobie, dit qu’il est de plus en plus difficile de se consacrer à son sujet depuis 2015, date des attaques terroristes dévastatrices qui avaient frappé Paris. Le financement public de la recherche s’est tari. Les chercheurs sur cette matière se voient accusés de faire l’apologie des islamistes et même des terroristes.

Il y a deux ans, fuyant l’ambiance qu’il trouvait oppressante, M. Hajjat est parti enseigner à l’Université libre de Bruxelles, en Belgique, où il dit jouir d’une plus grande liberté académique.

“Sur la question de l’islamophobie, il n’y a qu’en France qu’il y a une telle violence des discours pour rejeter le terme”, affirme-t-il.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation de M. Macron, a accusé les universités, sous influence américaine, d’être complices des terroristes en fournissant une légitimation intellectuelle de leurs actes.

Dans une lettre ouverte de soutien au ministre publiée dans Le Monde, un groupe de 100 universitaires réputés a fustigé les théories “transférées des campus nord-américains”.


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L’année dernière, une marche honorait Samuel Paty, l’enseignant décapité par un homme furieux qu’il ait montré en classe des caricatures du prophète Mahomet.
L’année dernière, une marche honorait Samuel Paty, l’enseignant décapité par un homme furieux qu’il ait montré en classe des caricatures du prophète Mahomet.Credit...Dmitry Kostyukov for The New York Times
L’un des signataires, l’expert de l’islam Gilles Kepel, considère que l’influence américaine a conduit à “une sorte d’interdiction dans les universités de réfléchir au phénomène de l’islam politique au nom d’une idéologie de gauche qui le considère comme la religion des défavorisés".

Avec l’islamophobie, c’est par “l’importation totalement artificielle” en France de la “question noire à l’américaine” que certains tentent de présenter une fausse image d’une France coupable de “racisme systémique” et de “privilège blanc”, renchérit de son côté Pierre-André Taguieff, historien et grand critique de l’influence américaine.

Dans ses réponses envoyées par courriel, M. Taguieff écrit que les chercheurs sur la race, l’islamophobie et le post-colonialisme sont motivés par “la haine de l’Occident, en tant que civilisation blanche”.

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“Le programme commun de ces ennemis de la civilisation européenne tient en trois mots: décoloniser, démasculiniser, déseuropéaniser,” résume M. Taguief. “Le ‘mâle blanc hétérosexuel’, voilà le coupable à condamner et l’ennemi à éliminer.”

Derrière les attaques contre les universités américaines — menées par des intellectuels hommes, blancs, âgés — se cachent les tensions d’une société où le pouvoir établi est bousculé, estime de son côté Éric Fassin, un sociologue qui a été l’un des premiers chercheurs, il y a une quinzaine d’années, à s’intéresser à la question raciale et au racisme en France.

À l’époque, les spécialistes des questions raciales étaient généralement des hommes blancs comme lui, explique-t-il. Il ajoute qu’il est souvent traité de traître et a été la cible récemment d’un extrémiste de droite condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir menacé de le décapiter.

Mais l’émergence de jeunes intellectuels — dont certains sont Noirs ou musulmans — nourrit l’assaut contre ce que M. Fassin appelle “l’épouvantail américain”.

“C’est ça qui fait basculer les choses,” résume-t-il. “C’est pas simplement les objets dont on parle, mais c’est aussi les sujets qui parlent.”
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MessageSujet: Re: Les idees americaines menacent t-elles la cohesion francaise   Les idees americaines menacent t-elles la cohesion francaise EmptyMer 10 Fév 2021 - 8:24

Un autre article

http://nytimes.com/fr/2020/06/24/world/europe/france-racisme-esclavage-traite-bordeaux-colbert.html


La mort de George Floyd oblige la France à réexaminer son passé esclavagiste
Pour certains Français, un travail de mémoire et d’explication du passé vaut mieux que de l’oblitérer en renversant des statues.

Une grande partie de la richesse de Bordeaux, ses monuments et son architecture, provient de son rôle dans la traite d’esclaves.
Une grande partie de la richesse de Bordeaux, ses monuments et son architecture, provient de son rôle dans la traite d’esclaves.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
Norimitsu Onishi
By Norimitsu Onishi
June 24, 2020
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BORDEAUX, France — À la courbe du fleuve, une succession de majestueux édifices de pierre, tous plus imposants les uns que les autres, s’étire sur la rive gauche. Leurs élégantes façades du XVIIIe siècle ont contribué à faire classer Bordeaux, déjà réputé pour ses vins, au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

“Cette façade, c’est un patrimoine monumental extraordinaire et une sorte de métaphore scénographique”, reconnaît Laurent Védrine, directeur du Musée d’Aquitaine. “Allons voir derrière cette façade de pierre: d’où provient cette richesse?”

Cela fait plus de dix ans que Bordeaux, à rebours d’une grande partie de la France, a entrepris de creuser la question, réalisant que ses majestueux immeubles avaient été en partie financés par la traite d’esclaves. L’esclavagisme se lisait jusque sur ses monuments et dans son architecture. La ville se confrontait à son passé, mais au lieu de détruire les traces de sa terrible histoire, elle fit poser des plaques qui la reconnaissent et l’expliquent.

D’autres villes européennes avec un passé similaire ont opté pour le silence. Mais la mort de George Floyd aux mains d’un policier à Minneapolis a désormais élargi et redonné du souffle au débat sur le long, brutal et lucratif passé de l’Europe en Afrique, et l’a ponctué récemment par le renversement de statues de figures de l’époque coloniale.

Le long passé esclavagiste et colonialiste de la France a longtemps été éclipsé par un récit national et une identité propre qui faisait du pays un champion révolutionnaire des droits universels de l’homme.

ImageKarfa Diallo, fondateur d’une association qui a poussé la ville à reconnaître son histoire, guide des visiteurs sur des parcours qui retracent le rôle de Bordeaux dans la traite d’esclaves transatlantique.
Karfa Diallo, fondateur d’une association qui a poussé la ville à reconnaître son histoire, guide des visiteurs sur des parcours qui retracent le rôle de Bordeaux dans la traite d’esclaves transatlantique.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
Mais le passé colonial de la France est un sujet aussi sensible que celui de l’esclavage aux États-Unis. Derrière les façades raffinées d’une grande partie de l’Europe, la région la plus touristique au monde, se dissimule une richesse générée par la traite transatlantique d’esclaves et la colonisation de l’Afrique qui s’en est suivie.

Six décennies après l’accession à l’indépendance de la plupart des pays africains, ce passé n’a toujours pas été complètement accepté, que ce soit en Europe ou en Afrique. Les personnes d’origine africaine en Europe sont les premières victimes de ce silence et doivent composer avec un racisme tenace, une peur quasi-hystérique de l’immigration et l’échec des politiques d’intégration de générations d’immigrants — des phénomènes qui ne peuvent être séparés de ce passé irrésolu.

“C’est l’incapacité à faire la lumière sur le passé qui entretient le racisme et l’impunité de la police, et l’impunité de tous ceux qui, devant l’emploi, devant le logement, vont se baser sur des critères physiques pour refuser à un Français ses droits parce qu’il est noir, parce qu’il est arabe”, estime Karfa Diallo, né au Sénégal et fondateur de Mémoires et Partages, une association qui a oeuvré pour que la ville de Bordeaux reconnaisse pleinement son passé. “Ce n’est jamais dit très clairement comme ça mais c’est une question qui est vraiment au coeur”.


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La place de la Bourse symbolise la richesse de la ville de Bordeaux.
La place de la Bourse symbolise la richesse de la ville de Bordeaux.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
Des Bordelais avaient fait fortune en envoyant des navires en Afrique, où les Français troquaient leurs marchandises contre des esclaves qu’ils emmenaient ensuite dans les colonies françaises des Caraïbes, de l’autre côté de l’Atlantique. Là, ils étaient vendus et forcés à travailler dans les plantations, y produisant des marchandises destinées à être transportées à Bordeaux et vendues en Europe.

En 2009, le Musée d’Aquitaine a créé une exposition permanente qui explique en détail le rôle de la ville dans le commerce français lié à la traite d’esclaves. De 1672 à 1837, 180 armateurs bordelais organisèrent 480 expéditions négrières, transportant près de 150 000 esclaves d’Afrique vers les colonies françaises des Caraïbes et faisant de Bordeaux le deuxième port de commerce d’esclaves derrière Nantes.

La municipalité a reconnu ce passé de manière tangible dès 2006, en faisant poser une modeste plaque sur un quai de la Garonne pour commémorer l’histoire de l’esclavage. Depuis, ces rappels se sont multipliés et rapprochés des lieux de vie. L’année dernière, une statue à l’effigie de Modeste Testas, une esclave achetée par deux frères bordelais, a été érigée sur les bords du fleuve.

En juin, la ville a ajouté des plaques explicatives sur cinq rues nommées d’après des Bordelais célèbres ayant participé à ce commerce. Sur l’une d’entre elles, rue Gramont, on lit que Jacques-Barthélémy Gramont, ancien maire de Bordeaux, a financé une expédition esclavagiste en 1783, puis deux autres en 1803.

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En 2020, Bordeaux a fait poser des plaques explicatives sur des rues nommées d’après des armateurs négriers.
En 2020, Bordeaux a fait poser des plaques explicatives sur des rues nommées d’après des armateurs négriers.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
Selon Marik Fetouh, maire-adjoint à Bordeaux, la ville a toujours estimé que le passé devait être rappelé et expliqué, contrairement à ceux, de plus en plus nombreux, qui appellent à renverser des statues en Europe et aux États-Unis.

“Des choses épouvantables ont été faites — mais supprimer les statues ne va pas effacer le crime”, dit M. Fetouh. “Non seulement on ne change pas l’histoire mais en plus on se prive des moyens de l’expliquer”.

M. Diallo estime cependant que Bordeaux — et la France — doit faire davantage, particulièrement au vu de la colère que suscite la mort de M. Floyd. S’il pense que l’option d’une réparation financière est politiquement irréaliste, il trouve l’idée moralement justifiée: la France avait bien compensé financièrement les esclavagistes suite à l’abolition de l’esclavage en 1848. Dans une bien moindre mesure, il dit souhaiter que la ville modifie le nom d’au moins une de ses rues, un “symbole fort”.

Pour M. Fetouh, au contraire, renommer les rues provoquerait la colère des résidents et les braquerait à l’idée de revisiter leur passé. Mais partout en Europe, le sentiment qui domine n’est pas en faveur du statu quo.

Après la mort de M. Floyd, une foule à Bristol arrachait de son piédestal la statue d’Edward Colston, un marchand d’esclaves au XVIIe siècle. À Anvers, en réponse à la montée des protestations, les autorités locales ont fait retirer une statue de Léopold II, le roi des Belges, dont l’expoitation de ce qui est devenu la République Démoratique du Congo avait causé des millions de morts et dont les ambitions avaient déclenché la ruée colonialiste des Européens en Afrique.

Aux États-Unis, la rapidité avec laquelle nombre de statues ont été déboulonnées sidère et inquiète une grande partie de l’élite française. Après s’en être pris à des monuments de Confédérés de la Guerre de Sécession, les manifestants ont élargi leur actions à d’autres figures historiques, dont des présidents américains comme Andrew Jackson, un propriétaire d’esclaves qui fit déplacer des Amérindiens de leurs territoires, et Woodrow Wilson, connu pour ses opinions racistes et pour avoir réintroduit la ségrégation parmi les employés fédéraux.

Une fresque sur le plafond d’un théâtre à Bordeaux qui montre la richesse de la ville au XVIIIe siècle, qui reposait en partie sur la traite d’esclaves.
Une fresque sur le plafond d’un théâtre à Bordeaux qui montre la richesse de la ville au XVIIIe siècle, qui reposait en partie sur la traite d’esclaves.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
En France, beaucoup de manifestants s’en prennent à Jean-Baptiste Colbert, l’homme d’État du XVIIe siècle célébré encore aujourd’hui pour son importante action économique et politique, mais qui est aussi l'initiateur du Code Noir, un édit royal de 1685 régulant le commerce des esclaves dans les colonies. Mardi, un manifestant a projeté de la peinture rouge sur une statue de Colbert devant l’Assemblée Nationale et a taggé ‘négrophobie d’État’ sur le piédestal.

Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et ancien premier ministre, désormais président de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, a incité le gouvernement à retirer le nom de Colbert de salles ou de bâtiments importants. L’idée a rapidement été écartée, notamment par le Président de la République qui affirma lors d’une adresse aux Français que la France “n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire”, ajoutant qu’elle “ne déboulonnera pas de statues”.

Avant même ces événements, Emmanuel Macron avait déclaré qu’en tant que premier président né après la fin de l’ère coloniale française, il n’était pas “otage du passé”, et voulait “un partenariat d’égal à égal” avec les anciennes colonies.

Mais la France — dont la puissance diplomatique repose en grande partie sur l’influence qu’elle exerce auprès de ses ex-colonies d’Afrique — a davantage de difficultés que d’autres nations européennes à faire face à son passé impérialiste.


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Des maquettes de bateaux exposés au Musée d’Aquitaine. Beaucoup de Bordelais firent fortune en envoyant des navires en Afrique, où ils échangeaient des biens contre des esclaves.
Des maquettes de bateaux exposés au Musée d’Aquitaine. Beaucoup de Bordelais firent fortune en envoyant des navires en Afrique, où ils échangeaient des biens contre des esclaves.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
Achille Mbembe, expert camerounais de l’histoire post-coloniale française, dit que ces efforts sont rendus compliqués par la façon dont la France se perçoit en tant que nation, ainsi que par sa tendance à se faire porte-parole de valeurs universelles telles que la liberté et l’égalité.

“Il n’y a pas beaucoup de pays dans le monde qui se croient profondément investis d’une mission universelle”, explique M. Mbembe, qui enseigne à l’université de Witwatersrand à Johannesbourg. “Les Etats-Unis en sont un. La France est l’autre”.

“C’est l’idée d’universel fondé sur le concept qu’il y a une seule race humaine”, ajoute-t-il. “Mais les Français confondent l’horizon avec la réalité existante. L’écart est immense”.

Cet écart était d’autant plus facile à passer sous silence que le commerce d’esclave et le colonialisme se déroulaient loin de la France métropolitaine, ajoute M. Mbembe: “Cela a toujours été une entreprise off-shore, en quelque sorte”.

Même dans ses territoires ultramarins, la France a mis du temps à reconnaître son passé.

L’aéroport principal de Guyane — un département d’Outre-mer sur la côte nord de l’Amérique du Sud que les Français peuplèrent au XVIIe siècle d’Africains asservis — porta longtemps le nom de “Rochambeau", héros de la guerre d’indépendance des Etats-Unis mais dont le fils introduisit des chiens en Haïti pour réprimer des esclaves rebelles, et encouragea qu’on nourrisse les chiens de chair humaine.

Christiane Taubira — la députée de Guyane à l’origine d’une loi en 2001 reconnaissant le commerce d’esclaves comme relevant de crimes contre l’humanité, et première femme noire ministre de la Justice en France — avait poussé à ce qu’on change le nom de l’aéroport dès les années 2000.

“Il y avait tellement de résistance — des historiens, des élus, même dans la population — que je me suis dit ‘je mets ça dans les mains de la prochaine génération’”, se souvient l’ancienne ministre lors d’une conversation téléphonique depuis la Guyane, sa voix recouvrant le vacarme d’une tempête tropicale. “Mais nous avons gagné après 9 années de bataille”.


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Un modèle réduit d’une plantation de canne à sucre dans la colonie de Saint-Domingue, vers 1774, au Musée d’Aquitaine.
Un modèle réduit d’une plantation de canne à sucre dans la colonie de Saint-Domingue, vers 1774, au Musée d’Aquitaine.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
En 2012, l’aéroport fut rebaptisé en souvenir de Félix Eboué, un descendant d’esclaves nommé gouverneur de Guadeloupe en 1936, à l’époque une autre colonie française aux Caraïbes.

La France et ses anciennes colonies entretiennent des liens tenaces qui imprègnent encore les esprits des Africains francophones, même des décennies après l’indépendance.

De jeunes et pauvres migrants africains persistent à risquer leur vie en traversant le Sahara ou la Méditerranée, attirés par l’aura vague — et un peu magique — de la France, dans l’espoir de s’y établir.

Les élites africaines, quant à elles, détiennent des appartements à Paris et y envoient leurs enfants à l’école.

“Je dirais que pour la strate la plus élevée des Africains francophones, leur plus profond désir aurait été d’être français”, dit M. Mbembe, l’historien. “C’est une structure profonde de désir qui a toujours été là — d’être en quelque sorte français ou d’être reconnu par les Français”.

“D’où l’importance de décoloniser l’imaginaire”, ajoute-t-il.

M. Diallo, l’activiste bordelais né au Sénégal, a quitté l’Afrique il y a 25 ans avec en tête les écrits de Léopold Senghor et d’Aimé Césaire. En France, il a construit sa vie sur une courbe du fleuve, faisant de cette ville, aussi, la sienne.

“Le désir d’Europe est plus fort que le désir d’Afrique,” dit M.Diallo. “Nous-mêmes n’en sommes pas du tout absents. Nous sommes venus faire nos études ici et finalement nous sommes restés. Nous sommes devenus français”.

Une place nommée d’après Toussaint Louverture, héro haïtien dont le buste, réalisé par l’artiste haïtien Ludovic Booz, comprend une explication du rôle de Bordeaux dans la traite esclavagiste.
Une place nommée d’après Toussaint Louverture, héro haïtien dont le buste, réalisé par l’artiste haïtien Ludovic Booz, comprend une explication du rôle de Bordeaux dans la traite esclavagiste.Credit...Andrea Mantovani pour The New York Times
Manifestations Anti-Racistes en Europe


George Floyd Protests Stir a Difficult Debate on Race in France
June 16, 2020

In an English City, an Early Benefactor Is Now ‘a Toxic Brand’
June 14, 2020

How Statues Are Falling Around the World
June 24, 2020
Norimitsu Onishi is a foreign correspondent on the International Desk, covering France out of the Paris bureau. He previously served as bureau chief for The Times in Johannesburg, Jakarta, Tokyo and Abidjan, Ivory Coast.
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