Forum Haiti : Des Idées et des Débats sur l'Avenir d'Haiti
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 Vodou : véhicule d’évasion, outils de l’« ailleurs », corvéable à merci S’il

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piporiko
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Jeu de rôle: L'impulsif

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MessageSujet: Vodou : véhicule d’évasion, outils de l’« ailleurs », corvéable à merci S’il   Vodou : véhicule d’évasion, outils de l’« ailleurs », corvéable à merci     S’il EmptyJeu 7 Mai 2009 - 10:00

Vodou : véhicule d’évasion,
outils de l’« ailleurs », corvéable à merci





S’il ne fait aucun doute des
fonctions sociales des pratiques
cultuelles, les raisons qui poussent l’humain à avoir recours à un « au-delà »
imaginaire font l’objet d’âpres discussions et controverses. L’une des
hypothèses les plus sérieuses renvoie à deux idées fondamentales : « la
faiblesse humaine » et le fait que l’humain ait conscience de lui-même et
de son entourage. Dans une nature truffée de grands mammifères prédateurs l’homme
apparaît bien faible. Pour survivre il doit se défendre face aux dangers dont
il est en permanence objet. C’est une nécessité qui le pousse à développer des
compétences et aptitudes de survie et d’autoconservation.


Le fait qu’il ait conscience de
lui-même et du monde qui l’entoure le met en face d’événements heureux (la naissance d’un enfant), d’événements
malheureux (la mort d’un proche) ou des phénomènes naturels et environnementaux
(les tonnerres, le vent, les éclairs, etc. bref, le déchainement de la nature).
L’humain sera « vite » capable de se demander « pourquoi je vis ?
Pourquoi mes proches meurent ? D’où viennent les orages ? »


Ce sont des phénomènes qui le
dépassent. Son imagination va créer différents « êtres » capables d’expliquer
ces phénomènes. Ces « êtres » vont être des arbres, le soleil et des
êtres invisibles. Ils seront considérés comme étant à l’origine des malheurs,
des bonheurs et l’ensemble des phénomènes que l’humain ne sait pas expliquer.
Ils seront intégrés dans l’ensemble des activités humaines. Les êtres vont
jusqu’à être utilisés en politique pour légitimer l’action du politique et la
domination de ceux qui ont accaparé les capitaux sur les hommes et les femmes.


Dans un processus de monopolisation
certaines sociétés vont réduire jusqu’à l’unité le nombre de ces êtres dénommés
dieux. Certaines d’entre elles lui attribueront une morphologie humaine avec
des attributs humains. On l’imagine dans un royaume, comme c’est désormais le
cas dans la plupart des sociétés humaines, avec des servantes et des serviteurs
parfois baptisés anges.


Les formes et les manières attribuées
à ces divinités ne surgissent pas ex
nihilo
. Elles sont le fruit de l’imagination humaine, elle-même tributaire
de l’expérience humaine et des conditions matérielles d’existence des humains.
Ces divinités lui permettent de s’évader en l’espace de quelques instants et de
s’extraire de ses soucis et de ses conditions humaines.


L’humain dont toute l’essence humaine
est perdue à cause de sa déshumanisation par ses propres congénères peut
toujours s’oublier quelques temps, s’abandonner à cet être ou ces êtres et
ainsi avoir une certaine sensation de bonheur. Dans la colonie l’esclave dont l’espérance
de vie est de cinq ans environ peut la nuit s’extraire de sa piteuse condition
de non-humain et de non-étant grâce au culte vodouesque offert aux divinités.


Le colon dispose de nombreuses armes
pour asservir physiquement et détruire
psychologiquement l’esclave. Ce dernier qui n’en a quasiment aucune va utiliser
le vodou comme outil de pression psychologiquement sur le colon. Pour que cet outil soit efficace l’esclave
doit faire peur au colon. Le vodou sera dans ce cas utilisé comme outil de la
peur. On lui attribuera des vertus qu’il n’a pas forcément (comme le pouvoir de
métamorphose) . Les empoisonnements ou d’autres coups purement physiques portés
au colon seront attribués au vodou, ce qui multiplie sa capacité phobique.
Cette capacité à faire peur au colon est la condition réelle ou supposée de son
efficacité en tant qu’outil de résistance.


Il est évident qu’une telle recette
ne fonctionnera que si elle est secrètement gardée. La capacité à garder le
secret sera une des compétences nécessaires à la fonction de prêtre vodou. Le
colon de son coté n’hésitera pas à utiliser le vodou comme outil de marginalisation des déshumanisés. Il le
fera connaitre en tant qu’instruments maléfiques dont usent les esclaves contre
leur maître.


Inutile de chercher la véracité de
cet énoncé puisque le seul fait pour l’esclave de se rebeller contre son maître
est déjà condamné par la bible et la société coloniale. La véracité des
pouvoirs accordés au vodou n’a non plus d’importance. Le seul fait de se
revendiquer d’autres dieux que le dieu des blancs est déjà condamnable et
condamné.


Le vodou fait partie intégrante de l’esclave
avec tout ce qu’il a en termes de savoirs et de savoir-faire non-occidentaux.
Les pratiques médicinales d’origine africaine seront intégrées dans le vodou.
On attribuera aux « remèdes-feuilles » utilisés une dimension
mystique conçue comme condition de l’efficacité de la guérison.


L’ensemble de ces représentations et
de fonctions attribuées au vodou forme
désormais son image. Une image partagée dans toutes les couches de la société.
Il ne faut pas croire que la société des vodouisants est une société égalitaire
et parfaite. Le houngan détient un pouvoir « magique » qu’il exerce
sur ses subalternes. Pour que ce pouvoir soit vu et perçu comme légitime, il
faut que les subalternes y croient.


Le houngan a tout intérêt que la
croyance au pouvoir maléfique et bénéfique du vodou soit maintenue. Il faut
donc faire valoir le pouvoir d’avoir un accès privilégié aux esprits. Grace à
ces accès privilégié et au pouvoir magique qui lui est reconnu, le houngan peut
jouer la fonction de maître. Fonction qui est dans la plupart des cas dans le
monde colonial réservée aux blancs.


Le vodou sert de liaisons, de lien de
rencontre entre les esclaves. Il les lie aussi à la terre ancestrale qu’est l’Afrique.
Cette Afrique n’est pas forcément l’Afrique continentale. C’est une Afrique
construite par opposition au monde colonial qui le déshumanise. Elle est aux
antipodes du calvaire de la traversée océanique où l’esclave est attaché dans une
cale de navire dans l’odeur suffocante de ses propres excréments.


L’Afrique exprimée dans le vodou
haïtien est un « ailleurs ». Le vodou est le véhicule permettant d’atteindre
cet ailleurs, l’espace d’une nuit en dehors du calvaire de la plantation. Dans
la colonie la religion dominante est celle du maître. En ce sens les croyances
vodouesques relèvent de la superstition. Dans la mesure où elles « vont à
l’encontre des doctrines et pratiques attestées par les fractions dominantes »
de la société coloniale [Askevis-Leherpreux , 1998].


Je me focalise ici sur Haïti avec le
présupposé que les lecteurs savent déjà que les superstitions et la sorcellerie
vont bien au-delà de nos frontières. Favre-Saada a fait un travail très
remarquable autour de la sorcellerie en France dans le Bocage. Au cours d’un
entretien un désensorceleur français lui a déclaré : « on dit qu’ils
sont sauvages en Afrique ; mais plus sauvages que nous, est-ce que vous en
connaissez, vous qui avez tout lu ? Ici, on est tout de suite pris à mort :
la mort on en connait que ça chez nous ».


On n’est pas ici en Haïti ni à l’époque
médiévale : on est en France, en 1985 ! « Les paysans
(français) expliquent leur malheur par la jalousie qui aurait poussé leur
voisin à leur jeter un sort ; ils s’adressent à un désenvouteur qui les
protègent de leur agresseur imaginaire en utilisant des rituels secrets »
[Favret-Saada, 1985].


En Haïti, suite à la révolution de
1804, on aurait pu s’attendre à deux logiques concernant le vodou. Soit les
haïtiens adoptent le vodou et ses croyances en rejetant le christianisme. Soit
ils adoptent le christianisme et l’attitude savante occidentale qui relègue les
croyances dont le vodou est porteur au rang de « l’application erronée de
la loi de causalité » [Arnold va Gennep, 1938].


Les élites haïtiennes ne suivront
aucune de ces deux logiques. Ils choisiront le christianisme qu’ils grefferont
sur les croyances qui appliquent de manière erronée la loi de causalité
(attribuée au vodou), tout en marginalisant le vodou. Enorme paradoxe !
Les nouveaux leaders politiques continueront à jouir des croyances dans leur
pouvoir magique.


Le fait qu’un siècle après l’indépendance
seulement environ 2 % des enfants en âge scolaire sont scolarisés renforce les
croyances et l’application erronée de la loi de causalité. Le vodou sera l’interlocuteur
privilégié d’une masse d’anciens déshumanisés qui n’ont toujours pas accès à la
chose politique. En s’appropriant ces croyances sans se soucier des conditions
matérielles d’existence de la masse paysanne, l’élite notamment politique se
dote d’un double pouvoir : le pouvoir magique conféré par le Vodou d’une
part et le pouvoir socio-économico- politique d’autre part.


Avec l’arrivée des courants religieux
nés en Amérique du nord se revendiquant des réformes luthériennes et
calvinistes, le vodou jouera un nouveau rôle. Celui de légitimer ces courants
protestants. En effet, dans le monde social toute activité se doit d’être
justifiée, tout acteur exerçant un pouvoir quelconque se trouve dans un
impératif de justification du pouvoir exercé. Il doit clairement prouvé sa
raison d’être. Les esprits vodouesques pourvoiront cette raison d’être à ces
courants.


Les religieux protestants vont se
donner une mission de « déchouqueurs (du français dessoucher) de malheurs ». Le
principal responsable des malheurs est naturellement le vodou.


Etant donné qu’en Haïti le malheur ce
n’est pas ce qu’il manque, les églises vont pousser comme des champignons. De
la culpabilisation du vodou, ce nouveau business va prospérer. Et des chefs
religieux s’enrichiront sur le dos des pauvres. Dans ces églises on peut même
trouver des malades du sida internés prétextant que la prière a déjà guéri des
personnes atteintes du Sida et que ces malades peuvent avec la foi bénéficier
de cette guérison. Plus les témoignages sont rocambolesques, plus ils font
sensations et plus le business marche.


Dans le monde politique, se faisant
passer pour un adepte du vodou qui a du pouvoir, F. Duvalier utilise la peur qu’éprouvent
les gens pour endiguer toute velléité de contestation. Par ailleurs la
non-intégration dans l’esprit des gens d’un système judiciaire crédible les
pousse à chercher justice ailleurs à travers une forme de vengeance
personnelle.


Le Vodou est ainsi utilisé à des fins
diverses. Sa non-institutionnali sation le dépouille de toute influence
politique directe. Il est corvéable à merci. On s’en sert tout en le
marginalisant. Et ce n’est pas avec une société dont le taux d’analphabétisme
avoisine les 60 %, une université qui a du mal
à produire un savoir anthropologique crédible sur le vodou, des élites
appliquant à l’envers la loi de causalité que cette situation est prête de
changer. Reste à espérer que les « sans-parts » réclament un jour leur
part.





Renald LUBERICE


Paris, 06 mai 09
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MessageSujet: Re: Vodou : véhicule d’évasion, outils de l’« ailleurs », corvéable à merci S’il   Vodou : véhicule d’évasion, outils de l’« ailleurs », corvéable à merci     S’il EmptyJeu 7 Mai 2009 - 10:31

"reste à esperer qu'un jour les"sans parts"reclament un jour leur part."Renald Luberice.

Oui il le faut coute que coute qu'ils le font, sinon ils vont tous mourir de sida ,de tuberculose, de malaria et de toutes les maladies eradiquées dans les autres pays.mais quand reclameront-ils (les sans parts) leur part si des inconscients leur maintiennent toujours dans l'ignorance.

Je viens de lire sur le site du Nouvelliste un texte consacré à l'enseignement en haiti.C'est incroyable la détérioration du système scolaire haitien.En lisant ce qui se passe au Lycée Daniel Eustache Fignolé on se demande s'il y a une main invisible qui pousse ce pays vers l'abime en aveuglant les haitiens par un mirroir d'allouette qui leur reflète une image deformante de leur realité.On a qu'a lire ce texte pour comprendre la raison de notre déchéance.C'est ce qui explique nos croyances et superstitions.mais comment l'auteur explique-t-il les croyances des savants comme Einstein,Martin luther, benjamin Franklin etc?

Les croyances en des dieux sont-elles réellement le corollaire de l'ignorance comme le pretendent certains intellectuels?Oui c'est facile d'attribuer les croyances des haitens au vodou à l'ignorance ,mais comment expliquer celles des societés beaucoup plus evoluées que la notre.L'auteur nous dit meme en france il y a aussi des croyances qui reconfortent les humains mais qui ne sont pas logiques.Alors si le vaudou peut causer une certaine cohesion parmis les anciens esclaves n'est-il pas nécéssaire de le debarrasser de la sorcellerie pour l'elever au rang de religion comme les autres.ne sommes-nous pas tous des superstitieux?
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